Manœuvre de la dernière chance pour la taupe martienne d’Insight

Crédit : Nasa
Au cours des derniers mois, l’instrument de forage de la sonde Insight n’a pas réussi à pénétrer de façon durable dans le sol de Mars. À deux reprises, il a rebondi ! Les responsables de la mission américaine envisagent maintenant une ultime stratégie, plus risquée, mais qui semble la seule capable de sauver l’expérience.

Jusqu’ici, l’histoire de la « taupe » de la sonde Insight est une histoire à rebondissements. Et cela ne fait pas le bonheur des scientifiques qui comptaient sur cet instrument de forage pour aller récupérer des mesures à plus de 2 mètres de profondeur dans le sol martien. Car aujourd’hui, la taupe demeure dans une position délicate, à moitié à l’air libre, inclinée et surtout, très peu enfoncée dans le sable. Au point que, constatant l’échec de toutes les tentatives précédentes pour l’aider à s’enfoncer, le responsable de l’instrument, Tilman Spohn, du DLR (le centre spatial allemand), annonce l’essai d’une nouvelle méthode, jusqu’ici considérée comme très risquée : appuyer sur la taupe avec la pelle mécanique de la sonde Insight.

Un feuilleton catastrophe

Le bras mécanique de la sonde Insight, arrivée sur Mars le 26 novembre 2018, a déposé sur le sol l’instrument HP3 en février 2019. Le boîtier a ensuite libéré la taupe qui a commencé à s’enfoncer sans le sable de la planète rouge. Mais le 28 février 2019, elle s’est retrouvée bloquée en biais. Au terme de longs mois de réflexion, les responsables de la mission ont décidé de retirer le boîtier de HP3 afin de voir la taupe à moitié enfoncée. Puis, ils ont repris les opérations en l’aidant de la pelle de la sonde. Le 21 octobre 2019, la taupe était presque entièrement fichée dans le sol martien. Mais six jours plus tard, elle avait « rebondi » et se trouvait à nouveau à moitié à l’air libre.

Après s'être enfoncée presque entièrement dans le sol... © Nasa
... l’outil de forage d’Insight a soudain rebondi. © Nasa.

De l’extérieur, la taupe ressemble à un burin. Mais à l’intérieur, c’est en partie un tube dans lequel une masse peut coulisser et ainsi donner des sortes de « coups de marteau » vers le bas, ce qui la fait s’enfoncer. En mettant la pelle d’Insight contre le flanc de la taupe, les scientifiques espéraient augmenter la friction et ainsi, l’aider à progresser dans un sol qui semblait trop meuble.

En octobre 2019, avant le rebond, cela avait fonctionné. Une nouvelle tentative a eu lieu en janvier 2020 et a d’abord semblé encourageante. Pourtant, à la fin, la taupe avait à nouveau rebondi : après s’être enfoncée de 1,5 cm sous l’effet de 20 coups de marteau, elle avait reculé de 3,5 cm à l’issue des 110 suivants ! Il faut donc changer de stratégie…

L’ultime stratégie

Les scientifiques envisagent maintenant la solution qu’ils voulaient à tout prix éviter : « appuyer directement sur la mole pour l’enfoncer et passer la zone très friable qui empêche la progression », confirme David Mimoun, de l’ISAE, à Toulouse, coresponsable de la mission Insight. Car cette stratégie en apparence pleine de bon sens présente un inconvénient jusque-là considéré comme majeur : elle pourrait abîmer irrémédiablement le câble d’alimentation de la taupe situé à l’arrière de celle-ci. Pour cette raison, elle est qualifiée par David Mimoun de « dernière chance ». Le 17 février 2020, la pelle s’approchait à nouveau pour se mettre en position…

Le même jour, Tilman Spohn diffusait un mail dans lequel, après avoir confirmé la nouvelle stratégie, il expliquait : « Notre confiance a grandi après que les équipes manœuvrant la pelle aient considéré que le risque d’endommager accidentellement la longe (avec ses câbles d’alimentation et de transfert de données) était assez faible pour être accepté. »

La pelle est donc maintenant juste au-dessus de l’arrière de la taupe et elle ne devrait plus tarder à pousser vers le bas pour lui faire traverser les couches de sable récalcitrantes. Tilman Spohn détaille : « Avant de la positionner, l’équipe a utilisé la pelle pour faire deux expériences en préparation à un possible remplissage de la cavité. Premièrement, il a été démontré que les murs du trou pouvaient être effondrés en appuyant dessus avec la pointe de la pelle. Deuxièmement, il a été montré que la pelle pourrait être utilisée pour gratter le sable meuble sur la surface et le pousser vers le trou. Les deux techniques pourraient éventuellement être utilisées pour remplir le trou et ainsi permettre de tasser la surface qui a été remplie pour procurer de la friction pour la taupe située en dessous. »

Sans qu’aucune date n’ait été donnée, les opérations devraient commencer très prochainement…

 

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