Mission Insight : un plan pour sauver la taupe martienne

NASA/JPL-Caltech
Coincé dans le sol de la planète rouge depuis fin février, le thermomètre-foreur de la sonde martienne Insight devrait être bientôt libéré de son enveloppe, l'instrument HP3. Une opération délicate qui lui permettra, peut-être, de fonctionner à nouveau.

La présence de vie sur Mars a beau être improbable, le sol de la planète rouge est un vrai piège à taupe. Pas l’insectivore aveugle qui malmène les gazons entretenus, mais la foreuse de l’instrument HP3 (Heat Flow and Physical Properties Package) de la sonde Insight et surnommée, donc, « la taupe » (« the mole » en anglais). Elle est coincée à 30 cm de profondeur depuis le 28 février 2019, quelques heures seulement après sa mise en service. Après des mois de cogitation intense, les chercheurs du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa et leurs homologues allemands du DLR ont annoncé le 5 juin 2019 qu’ils ont un plan afin de permettre à ce gros thermomètre, d’une quarantaine de centimètres de long, de trouer à nouveau les entrailles martiennes dans le but d’en mesurer les flux de chaleur interne.

Une premère étape, fin juin

D’après les données récoltées, cette foreuse censée s’enfoncer jusqu’à 5 m de profondeur ne serait même pas totalement sortie du tube vertical qui la contenait. Dans une vidéo, Troy Hudson, l’ingénieur qui supervise la mission Insight à la Nasa, explique en effet qu’un morceau de 10 cm s’y trouve certainement encore. La taupe présenterait par ailleurs une inclinaison d’environ 20° dans le sol. Du conditionnel qui s’explique par le fait que l’instrument dans lequel elle était insérée cache cette dernière aux appareils photo embarqués sur Insight.

Pour en avoir le cœur net, il faut donc déplacer HP3 à l’aide du bras robot de la sonde en prenant grand soin de ne pas bouger le gros clou. Le scénario catastrophe serait de l’extraire par accident du sol martien : le bras d’Insight serait alors incapable de le repositionner dans la galerie qu’il a à peine commencé à creuser. C’est ce à quoi vont s’employer les ingénieurs à la fin du mois de juin. L’opération, délicate, devrait durer une semaine.

Cette première étape achevée, il faudra encore du temps pour déterminer quelle suite donner à cette opération de sauvetage. « Nous devrions nous décider mi-juillet », explique Tilman Spohn, de l’agence spatiale allemande, qui a livré HP3 à la Nasa. Pourquoi cette vitesse d’escargot ? À cause des moyens réduits consacrés à Insight, « qui est une mission du programme Discovery de la Nasa, explique Troy Hudson, sur le site de l’agence américaine. Cela veut dire qu’elle doit être moins onéreuse que les grandes missions amirales de la Nasa, mais s’expose à un plus grand niveau de risque que celles-ci. »

Comment relancer la machine ?

Il est envisagé d’utiliser le bras robot d’Insight, muni d’une sorte de pelle, pour tasser le sol autour de la taupe. En effet, les Américains et les Allemands formulent cette hypothèse commune : si la foreuse n’est pas en mesure de remplir son office, c’est parce que le sol n’est pas aussi meuble que prévu. Hors, le marteau a besoin que le sol percé s’écoule et crée des frottements, sans quoi l’effet-rebond qui lui permet de creuser n’opère plus : il fait du sur-place. « Le sol est trop compact pour bien s’écouler. La taupe a peut-être créé une cavité en frappant le sol et n’a plus la friction nécessaire pour avancer », résume Tilman Spohn. Tasser le sol aurait pour but de remplir les cavités pour relancer la machine.

Voici comment la foreuse se trouverait enfoncée dans le sol : inclinée à 19 ou 20°, elle serait encore en partie coincée dans le tube vertical de la structure du HP3. © Nasa/JPL-Caltech/DLR

Bien sûr, la taupe peut aussi avoir frappé une roche, même si la surface lisse où s’est posée InSight en novembre 2018 laissait espérer que le sous-sol serait pauvre en cailloux. Si la foreuse est actuellement coincée entre une pierre et la structure support, alors le retrait de cette dernière permettra au marteau de changer son inclinaison et de poursuivre son chemin. À moins que la roche ne soit trop grosse, et donc impossible à contourner, auquel cas il n’y aura plus rien à faire. Un scénario qui n’amuserait vraiment pas la galerie.

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