La nouvelle venue illuminera-t-elle nos nuits ce printemps ? Il est trop tôt pour le dire, mais la découverte est suffisamment rare pour être notée. Ce 13 janvier, vers une heure du matin heure de Santiago, une nouvelle comète du groupe de Kreutz a été découverte par l’astronome amateur Alain Maury et ses coéquipiers du programme MAPS (pour Maury, Attard, Parrott, Signoret). Baptisée 6AC4721 en attente d’une dénomination officielle, elle a été repérée à plus de 300 millions de kilomètres du Soleil, près de trois mois avant son passage au plus près de notre étoile.
Le groupe de Kreutz est une famille de comètes identifiée par l’astronome allemand Heinrich Kreutz à la fin du XIXe siècle, qui ont pour caractéristique de passer très près du Soleil (moins de deux rayons solaires de son centre, soit moins de 700 000 km de sa surface). Elle a donné lieu, dans l’Histoire, a de très beaux spectacles. Notamment ceux offerts par la Grande Comète de 1843, ou la comète Ikeya-Seki, visible en plein jour en 1965.
Avant 6AC4721, aucune comète du groupe de Kreutz n’avait été repérée si tôt avant son passage au périhélie. Par ailleurs, c’est seulement la quatrième comète de cette famille à être découverte avec un observatoire terrestre depuis 1970. L’immense majorité de ces objets sont en effet repérés au moment de leur passage au plus près du Soleil, dans le champ de vue des télescopes spatiaux qui surveillent son activité, comme par exemple Soho.
Une méthode d'analyse ingénieuse
La découverte précoce de 6AC4721 ne signifie pas qu’elle sera forcément brillante. Il est trop tôt pour le dire. Simplement, ses découvreurs ont su mettre au point une méthode de détection efficace.
MAPS, en activité depuis 2020, utilise 4 télescopes de 28 et 36 cm de diamètre en fonctionnement automatique. Installés par Alain Maury sur le site de son observatoire de San Pedro de Atacama, ils sont capables en un mois de scanner une grande partie du ciel austral.
Mais c’est surtout la méthode d’analyse de données utilisée par MAPS qui a permis la découverte. Plutôt que chercher à repérer un objet qui bouge sur un champ fixe, la méthode traditionnelle de détection des petits corps du Système solaire, les observateurs Alain Maury, Georges Attard et Florian Signoret s’appuient sur la technique du suivi synthétique (co-inventée par Daniel Parrott, indépendamment de l’équipe du Pr. Mike Shao au JPL), expliquée dans l'article p.66-71 de notre numéro 605 (actuellement en kiosque).
Cette méthode a permis au programme MAPS de découvrir 318 astéroïdes géocroiseurs et 7 comètes depuis sa mise en route.
Comète à suivre
6AC4721 est certainement la plus prometteuse de toutes. Selon des analyses préliminaires, elle pourrait passer à 190 000 km du Soleil début avril. Mais brillera-t-elle fort avant ce passage rapproché ? Et y survivra-t-elle ? Tout est possible à ce stade, il faut donc suivre son évolution.
En 2011, la comète Lovejoy était passée à 140 000 km de la surface de notre étoile et avait survécu, offrant un très beau spectacle. Elle était, justement, l’une des très rares comètes du groupe de Kreutz découvertes depuis 1970 depuis la surface de la Terre.
