La Nasa fait tout pour lancer la mission Artemis 1 le 23 septembre

Les réparations sont en cours sur le SLS d'Artemis 1 le 8 septembre. © Nasa/C.Siwik
La réparation de la fusée SLS sur aire de lancement est en cours. Et l’agence spatiale américaine envisage de la tester dès le 17 septembre 2022 pour un lancement avant la fin du mois.

« Nous voulons éviter de ramener la fusée au VAB. Cela procure au lanceur plus de stress que n’importe quoi d’autre. » Cette phrase prononcée le 1er septembre 2022 par John Honeycutt, directeur du programme SLS, a visiblement gardé toute son importance dans l’esprit des responsables de la mission Artemis 1. Après la deuxième tentative de lancement avortée, le 3 septembre 2022, tout semblait indiquer que la nouvelle fusée lunaire américaine allait devoir retourner dans son hall d’assemblage. D’une part, parce qu’il allait falloir réparer un joint défectueux de 20 cm de diamètre permettant le remplissage de l’hydrogène dans son réservoir. D’autre part, car la certification du système d’autodestruction de l’engin, nécessaire pour protéger les zones habitées en cas de perte de contrôle lors de l’ascension, était arrivée à expiration.

La réparation doit être testée

En décidant de changer le joint de « déconnexion rapide » sur l’aire de lancement, la Nasa a forcé sa chance. L’opération était en cours le 8 septembre 2022, comme le montre la photo ci-dessus. Une structure souple (une tente) a été montée à la base de la fusée pour protéger des intempéries la partie en réparation. Dans le même temps, un autre joint, de 10 cm de diamètre, permettant de faire couler une partie de l’hydrogène liquide du réservoir sur les quatre moteurs RS-25 afin de les refroidir, a été également changé. Ceci, vraisemblablement, afin d’avoir de meilleures garanties que cette opération de refroidissement se déroule bien — un doute sur celle-ci avait été à l’origine de l’abandon du lancement le 29 août 2022.

La SLS, la nouvelle fusée lunaire américaine. © Nasa/Ciel & espace
La SLS, la nouvelle fusée lunaire américaine. © Nasa/Ciel & espace

Une fois les nouveaux joints en place, ils seront testés, idéalement le 17 septembre 2022 dans des conditions de fonctionnement cryogéniques. Autrement dit, un remplissage du réservoir d’hydrogène liquide à -253°C sera effectué. Pour cela, pas besoin de remplir le réservoir en entier ; seuls 15% suffisent pour s’assurer de l’étanchéité des joints. Toutefois, Mike Bolger, directeur des systèmes sol d'exploration au Kennedy Space Center, a annoncé qu'un remplisage complet de tous les réservoirs, y compris ceux de l'étage supérieur, serait accompli. Cet essai peut être réalisé facilement sur l’aire de lancement 39B du Kennedy Space Center alors qu’il n’aurait pas été possible dans le VAB (Vehicle Assembly Building). Et il permettra de tester d'autres opérations de la chronologie, comme le refroidissement des moteurs RS-25 par écoulement d'hydrogène. En faisant le choix de réparer sur le complexe de lancement, la Nasa s’est donc donnée toutes les chances de connaître l’état réel du lanceur pour sa prochaine tentative. En outre, elle évite de le soumettre à des contraintes mécaniques néfastes lors d’un déplacement à l’aide du crawler jusqu’au VAB.

Artemis 1 sur son aire de lancement le 5 septembre 2022. Crédit : Philippe Henarejos.
La fusée SLS d’Artemis 1, vue depuis la réserve naturelle National Seashore, au nord du Centre spatial Kennedy, le 5 septembre 2022. © P. Henarejos

Un dernier feu vert à obtenir

Reste que, pour lancer Artemis 1, il faut que le Space Launch Delta 45, l’unité militaire chargée de veiller aux conditions de sécurité pour les décollages sur la côte est des États-Unis, accorde une extension de certification au FTS. Le FTS, c’est le Fligh Termination System, ou système qui permet de mettre fin au vol par autodestruction de la fusée. Le FTS fonctionne sur des batteries autonomes dont la fiabilité est garantie 20, voire 25 jours. La Nasa avait déjà obtenu une certification maximale de 25 jours afin de pouvoir lancer Artemis 1 jusqu’au 5 septembre 2022.

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Cette fois, l’agence spatiale demande une nouvelle extension en vue d’un lancement le 23 septembre ou le 27 septembre. Dans son dernier communiqué, elle indique donner toutes les informations sur l’état du lanceur à la Space Launch Delta 45. La décision de celle-ci est attendue dans les prochains jours. Si le feu vert est donné de ce côté-là et que le test cryogénique du 17 septembre (voire jusqu’au 19) se montre satisfaisant, alors le décompte sera à nouveau enclenché.

Deux prochaines dates de lancement possibles

En décollant avant la fin septembre, Artemis 1 éviterait la saison des ouragans en Floride, qui est sur le point de commencer. Toutefois, la fenêtre de tir reste étroite. En théorie, elle va du 19 septembre au 4 octobre. Mais la date du 29 septembre est « interdite » car impossible techniquement pour Orion. Comme celle du 30 : une fusée Delta IV part de l’aire 41. Pareil le 3 octobre : l’équipage Crew 5 s’envole vers l’ISS depuis l’aire 39A. Le 26 septembre aussi est impossible : les antennes de communication du Deep Space Network, utiles pour Artemis, seront mobilisées pour recevoir les données de la sonde DART qui doit percuter l’astéroïde Dimorphos.

Donc, si la Nasa réussit la réparation et qu’elle obtient une extension pour le FTS, elle peut lancer uniquement à deux dates :

  • Le 23 septembre à partir de 6 h 47 en Floride (12 h 47 en France), et ce, pour une fenêtre de 2 heures. Si la mission décolle, elle rentrera sur Terre le 18 octobre.
  • Le 27 septembre à partir de 11 h 35 en Floride (17 h 35 en France), et ce pour 70 minutes. En cas d’un décollage ce jour-là, la capsule Orion d’Artemis 1 reviendrait sur Terre le 5 novembre.

Si l’extension du FTS n’est pas donnée, il faudra rentrer la fusée au VAB et viser la fenêtre de tir qui s’ouvre le 17 octobre. Dans tous les cas, Ciel & espace couvrira en direct le lancement, comme cela a été le cas pour les tentatives du 29 août et du 3 septembre. Rendez-vous sur Twitch, Facebook et YouTube.

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