L’étoile Bételgeuse a-t-elle touché le fond ?

La constellation d’Orion, le 17 janvier 2020. © Emmanuel Beaudoin
Depuis plusieurs semaines, Bételgeuse n’est plus l’étoile la plus brillante de la constellation d’Orion. Victime d’une spectaculaire baisse de luminosité, elle pourrait retrouver son éclat bientôt.

Cela fait plusieurs semaines que les astronomes observent Bételgeuse avec plus d’assiduité que d’habitude. Cette supergéante rouge arrivée au stade ultime de son évolution avant son explosion en supernova était jusque-là neuvième étoile la plus brillante du ciel. Sa magnitude était en effet de 0,5, avec de légères variations. Mais depuis le début du mois de décembre 2019, les astronomes ont constaté une baisse très importante de son éclat. Actuellement, l’étoile distante de 640 années-lumière pointe en 23e place, juste derrière Régulus (dans le Lion) avec une magnitude voisine de 1,5.

Le 17 janvier 2020, depuis la région parisienne, l’astronome amateur Emmanuel Beaudoin (par ailleurs collaborateur régulier de Ciel & Espace) a pris cette photo de la constellation d’Orion. L’affaiblissement de Bételgeuse (située en haut au centre) est très nettement perceptible. On remarque qu’elle est plus faible que Rigel (de couleur blanche, en bas au centre) et même qu’Aldébaran (visible en haut à droite), étoile principale du Taureau, qui est, du coup, remontée de la 13e à la 12e place des étoiles les plus brillantes. Cette photo pourrait être l’une de celles qui montrent Bételgeuse à son éclat minimal. Car celui-ci devrait remonter progressivement…

Un nuage de poussière devant l’étoile ?

Les astronomes ne savent pas encore dire avec certitude qu’est-ce qui est à l’origine de cette baisse d’éclat de Bételgeuse, sans précédent depuis au moins 50 ans. Toutefois, l’hypothèse la plus probable est que l’étoile aurait relâché brusquement une partie de son enveloppe comme cela lui est déjà arrivé plusieurs fois. Le gaz ainsi éjecté se serait condensé en poussière qui agirait comme un voile entre l’étoile et la Terre. Une observation vient étayer cette théorie : dans la longueur d’onde de l’infrarouge, Bételgeuse. Pour Pierre Kervella, astronome à l’observatoire de Paris, « le fait que la luminosité soit stable en infrarouge est l'argument principal indiquant que de la poussière masque la lumière de l'étoile, mais que l'étoile elle-même n'a pas varié fortement. On sait que la poussière est transparente en infrarouge (longueur d'onde plus grande que les grains de poussière), mais qu'elle diffuse la lumière en visible (et particulièrement aux courtes longueurs d’onde). Elle est donc plutôt opaque en visible. Si l'étoile avait changé de taille (pulsation), ou bien de température (baisse de luminosité de surface) par exemple, cela aurait dû être observé à la fois en visible et en infrarouge. »

Une remontée d’éclat attendue

Actuellement, la baisse de luminosité de Bételgeuse semble s’être arrêtée. Et si c’est bien un nuage de poussière qui est à l’origine du phénomène, son éclat devrait progressivement remonter au cours des prochaines semaines. Pierre Kervella le suppose : « Une remontée est ce qui collerait le mieux au scénario de la formation de poussière. On pense que la poussière s'éloigne maintenant de l'étoile et donc la “fumée” va se dissiper. L'étoile devrait réapparaître progressivement et la forme de la courbe de lumière nous donnera des indications sur la densité et la vitesse de la poussière. » Il n’y a plus qu’à observer. Sans oublier qu’une surprise reste toujours possible : « Un nouvel épisode de perte de masse pourrait arriver et conduire à une nouvelle baisse de lumière. Il y a aussi du hasard dans cet évènement », conclut l’astronome.

 

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