J’observe le ciel à ma fenêtre (2) : vers le sud

Même confiné, il y a un moyen de sortir à plus d’un kilomètre de son domicile : en explorant le ciel ! Voici donc un éventail d’observations à réaliser de chez vous, par la fenêtre ou depuis un balcon.

Après les astres visibles à l’ouest au fil de la nuit, voici le spectacle qui s’offre à vous si vous êtes exposé plein sud. Les conseils d’observation donnés au début du précédent article restent les mêmes.

Vers le sud , en début de nuit

Dans le ciel du soir, Sirius est inmanquable. Elle fait partie des étoiles brillantes qui vous aideront à repérer M42, la nébuleuse d'Orion.

L’étoile Sirius, phare céleste

Sirius, de la constellation du Grand Chien, est l’étoile la plus brillante de tout le ciel nocturne ! Sa masse est le double de celle du Soleil, mais Sirius se trouve bien plus loin : 8,6 années-lumière. C’est très loin comparé au Soleil (8 minutes-lumière). Cependant, c’est l’une des étoiles les plus proches de nous.

Sirius est à regarder à l’œil nu. Pointez des jumelles vers elle pour percevoir encore mieux son scintillement de toutes les couleurs, dû principalement au fait qu’elle se trouve basse sur l’horizon, donc très sujette à la turbulence atmosphérique. Une naine blanche l’accompagne. En théorie, elle est perceptible dans un télescope de 100 mm de diamètre, mais à cause de l’éblouissant éclat de Sirius, elle reste invisible. Il faut un télescope d’au moins 400 mm pour espérer la deviner.

La nébuleuse d’Orion, M 42

Dans l’épisode 1 « Vers l’ouest », nous vous parlions de Bételgeuse. La brillante étoile d’Orion vous servira de repère pour trouver la nébuleuse M 42 est encore assez haute dans le ciel crépusculaire pour être observée à l’œil nu, aux jumelles et au télescope. Même en ville, on parvient à la discerner tant elle est proche (1500 années-lumière) et brillante.

Les observations les plus intéressantes de cette région de formation d’étoiles la plus proche de la Terre doivent être faites au télescope. Avec un grossissement moyen (de 50 à 100 x), la région centrale, dite de Huygens, apparaît sans ambiguïté. Et un groupe d’étoiles formant un trapèze se révèle en son cœur. Avec des instruments de plus de 150 mm, l’exploration de ces étoiles jeunes, qui illuminent la nébuleuse, devient très intéressante !

La nébuleuse d’Orion M42, photographiée au télescope de 2,2 m de La Silla. © ESO/Igor Chekalin

En milieu de nuit

L’étoile Algieba, dans le Lion

Voir carte ci-dessous et lire « Vers l’ouest, en milieu de nuit »

Porrima, dans la Vierge

Cette étoile visible à l’œil nu dans la constellation de la Vierge est très intéressante à observer à la lunette. Ses deux composantes d’égale magnitude, bien que tournant en une période assez longue de 169 ans, décrivent une orbite assez elliptique. Comme elles sont passées au plus près l’une de l’autre en 2005 (à moins de 1”), elles s’éloignent maintenant assez vite. Elles sont maintenant à 3’’ l’une de l’autre. Cette valeur va continuer à augmenter jusqu’au double vers 2075…

Dans la constellation de la Vierge, Porrima se trouve sur la droite de la brillante Spica (l’Épi).

Avant l’aube, un trio de planètes

Jupiter, Mars et Saturne en cortège

Vers le sud, vous êtes idéalement placé pour viser trois planètes d’un coup… à condition de vous lever tôt, quand les lueurs de l’aube apparaissent. Jupiter, Mars et Saturne forment un beau trio qui se lève au sud-est. Aux jumelles, il est possible de voir le minuscule disque blanc de Jupiter et d’apercevoir ses quatre satellites galiléens pour peu qu’ils soient assez éloignés de la planète. À la lunette et au télescope, le tableau est très beau. Si vous êtes épargné par la turbulence atmosphérique, d’un soir sur l’autre, vous suivrez les changements de position des satellites, l’apparition de structures nuageuses sur la planète géante , dont la fameuse Grande Tache rouge, une tempête qui perdure depuis près de 400 ans.

Mars brille d’un bel éclat rouge à gauche de Jupiter. C’est une minuscule bille orangée quand on la regarde au télescope, même avec un fort grossissement. Difficile d’y discerner quoi que ce soit à la surface pour le moment. Mais la situation s’améliore et d’ici un mois, notre voisine (avec Vénus) commencera à nous montrer quelques détails.

Enfin, Saturne, distante de plus d’un milliard de kilomètres, est toujours magnifique au télescope. Des jumelles ne sont pas suffisantes pour révéler ses anneaux. Mais un grossissement de 30 x avec une petite lunette les montre sans l’ombre d’un doute. Certes, ils apparaissent minuscules, mais l’image est très belle et émouvante. Si vous avez un instrument un peu plus puissant, grossissez 100 x pour profiter d’une image nette et contrastée.

Jupiter et Saturne peuvent être observées jusqu’au lever du Soleil ; même si en raison de la clarté du ciel les images perdent progressivement leur contraste, les bandes nuageuses de Jupiter restent visibles assez longtemps et l’anneau de saturne aussi.

Antarès et l’amas d’étoiles M 4

L’étoile principale du Scorpion est très basse sur l’horizon (surtout si votre observatoire se trouve dans le nord de la France). Antarès est, comme Bételgeuse, une supergéante rouge qui va exploser en supernova. Cela peut survenir demain, mais plus probablement dans quelques millénaires. La couleur rouge lui a valu le surnom de « rivale de Mars ».

Utilisez Antarès pour repérer, juste à côté d’elle, un bel amas globulaire : M 4. Celui-ci peut être aperçu aux jumelles — attention, en ville, cela risque d’être difficile. Avec une lunette ou un télescope, vous pouvez observer cet amas parmi les plus proches : 7200 années-lumière. S’il n’est pas le plus brillant malgré cette proximité, c’est à cause de la Voie lactée. M 4 est en plein dans le plan de notre galaxie et celui-ci est très chargé en poussières interstellaires qui l’obscurcissent. Sous un ciel urbain, un télescope de 150 mm au moins est nécessaire pour noter que sa partie centrale est traversée par une barre d’étoiles de magnitude 11.

Plus haut dans le ciel, 70 Ophiuchi

N’attendez pas trop que les lueurs de l’aube gagnent en puissance pour viser cette étoile double parmi les plus proches de la Terre (moins de 17 années-lumière) avec une lunette. Ses deux composantes (magnitudes 4,2 et 5,9) sont actuellement bien séparées par un généreux écart de l’ordre de 6’’. On peut bien discerner la couleur jaune de la plus massive (0,9 fois la masse du Soleil) et la teinte rougeâtre de la plus petite (0,7 masse solaire). Leur orbite elliptique est parcourue en 88 ans environ. En 2028, les deux astres seront à leur élongation maximale, ce qui signifie que leurs positions relatives évoluent très peu.

Le ciel juste avant l’aube, en cette fin mars 2020.

 

Retrouvez nos autres conseils d’observation en ce début de printemps :

 

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le magazine Ciel & espace n°570, d’avril-mai 2020

 

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