Le journal de Thomas Pesquet (3) : Retour en urgence de l’ISS

Répétition des manœuvres d'urgence dans le vaisseau russe Soyouz. © GCTC
L'astronaute de l’ESA Thomas Pesquet doit s’envoler en novembre 2016 vers la station spatiale internationale et séjourner six mois à bord. Une mission pour laquelle il s’entraîne depuis deux ans. Chaque mois, il raconte les coulisses de cette préparation aux lecteurs de « Ciel & Espace ».

Épisode 3 : Retour en urgence

Dix-huit pannes ! Pour ma deuxième séance de simulateur sur Soyouz, je ne m’attendais pas à cela… En août, j’ai terminé à Moscou la partie théorique de mon entraînement sur le vaisseau Soyouz avec le fonctionnement des systèmes d’urgence en cas de problème au lancement, celui des systèmes pyrotechniques qui déclenchent les parachutes, le fonctionnement des rétrofusées de la capsule de retour, etc. Puis sont venues les séances de simulateur.

Pour la deuxième, j’étais avec Oleg Skripotchka, la doublure du commandant de la mission de 10 jours prévue en septembre 2015, où je suis moi-même la doublure d’Andreas Mogensen. Je pensais que tout serait nominal — après tout, j’avais encore 26 séances prévues devant moi —, mais l’instructeur devait trouver que ça se passait trop bien. À force de pannes, nous n’avons jamais pu nous amarrer à l’ISS ! Retour en urgence avec entrée balistique dans l’atmosphère, fuite d’air, faux signal de dépressurisation, altimètre hors service…Finalement, on s’en est sorti, mais ça pique un peu les yeux.

Avec de la fumée, les choses se compliquent... © ESA/S. Corvaja

Quelques jours plus tard, j’ai déjeuné avec Peggy Whitson, qui détient le record féminin de vie dans l’espace. Elle a vécu un retour de ce genre. Lors d’une rentrée dans l’atmosphère, un boulon pyrotechnique qui sépare les deux parties du Soyouz ne s’est pas détaché. La capsule de retour n’a pas pu se mettre en bonne position, bien protégée par le bouclier thermique, avant que le boulon lui-même ne fonde sous la chaleur des frottements. La capsule s’est retrouvée à 400 km de là où elle aurait dû se poser. Elle était si chaude qu’elle a mis le feu à la steppe autour ! Comme quoi, cela n’arrive pas que dans les simulateurs.

Depuis fin août, je suis à Houston. Je vais faire beaucoup de robotique jusqu’à fin septembre. Notamment pour apprendre à utiliser le bras de la station. On s’en sert pour capturer des modules de ravitaillement non autonomes (comme le Dragon de Space X), mais aussi déplacer des charges ou des astronautes en sortie extravéhiculaire. En cas d’urgence, on doit pouvoir ramener un astronaute près du sas en moins de 15 minutes.  

Pour la petite histoire, on a commencé à prendre mes mesures pour préparer les vêtements que je porterai dans la station internationale. Le catalogue fourni par la Nasa propose un choix impressionnant. Tout y est, depuis les chaussures de sport jusqu’à la brosse à dents ! Pour les objets perso, il n’y a pas de limite de poids, mais une limite de volume (environ 25 litres). Sont notamment interdits : les objets pointus, coupants, tranchants bien sûr, mais aussi les timbres… ou les œuvres d’art signées !

Le simulateur du vaisseau russe. © GCTC

 

Découvrez l’épisode 4 du journal de Thomas Pesquet.

À voir : le reportage lors de cet entraînement à la Cité des étoiles (4 min - en anglais).

Découvrez les autres épisodes du journal de Thomas Pesquet.

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