L’occultation d'une étoile par l’astéroïde Eurybate a été vue en France

Disparition de l'étoile HD 51593 en Gironde. Crédit : Alfonso
Malgré une météo défavorable, des astronomes professionnels et amateurs ont mesuré la disparition d’une étoile derrière l'astéroïde Eurybate, le 23 octobre 2022. D’autres ont observé l’absence d’occultation depuis leur site d’observation, ce qui est aussi précieux.

Les lois de la mécanique céleste ont de nouveau vu juste : une étoile a bien disparu derrière l’astéroïde Eurybate dans la nuit du 22 au 23 octobre. Pour mesurer ce phénomène appelé « occultation stellaire » des centaines d’astronomes amateurs et professionnels s’étaient mobilisés en France et en Europe. Certains ont réussi. En Gironde, dans le Gers, le Cher, la Marne ; des films et témoignages attestent d’ores-et-déjà que l’étoile HD 51593 s’est éteinte peu après 4h du matin dans la constellation des Gémeaux.

Au centre de l'image, la diparition de l'étoile HD 51593 a été filmée à l'appareil photo numérique
près de Captieux, en Gironde. Crédit : Alfonso

Une équipe réunissant employés de l’AFA et journalistes de la rédaction de Ciel & Espace a également constaté l’extinction depuis le département de l’Aube. Tandis que les comptes-rendus d’observation continuent de parvenir à l’Association française d’astronomie (AFA), et via d’autres canaux de retour de données, on compte déjà près de trente rapports d’occultations négatives. Ceux-là sont très utiles pour délimiter la trajectoire réelle d’Eurybate dans le ciel. Près de 150 rapports d’observation, dont une grande majorité rapportant une observation gâchée par les nuages, ont déjà été rendus dans la journée de dimanche. Ce nombre continue de croître.

Succès de la campagne

Quelles que soient les conclusions scientifiques, il s’agit du plus grand nombre de données récoltées lors d’une occultation par l’astéroïde Eurybate. Malgré une météo très défavorable, le grand nombre de participants répartis en France et au-delà a permis des dizaines de mesures. « On est une équipe, et comme pour une équipe de foot, ça n’est pas celui qui marque le but qui fait gagner le match, a comparé François Colas de l’observatoire de Paris, la veille de l’événement. Il m’est souvent arrivé de ne pas avoir l’occultation mais lorsque d’autres membres de l’équipe l’ont eue, alors c’est un succès ». Parfaite incarnation du sens collectif, cette campagne d’observation a été un succès.

Dans la constellation des Gémeaux (étoile Castor en bleue à gauche), certains participants ont bénéficié de trouées nuageuses. Crédit : G.Langin/C&E

Ténacité face aux nuages

Il fallait être déterminé pour filmer l’occultation cette nuit-là. Passée un samedi ensoleillé pour une bonne partie du territoire, le ciel s’est chargé à la nuit tombée. Une dépression dans l’Atlantique, associée à une autre au large de l’Algérie, ont alimenté un front nuageux navigant d’est en ouest, sans discontinuer de 22h à 5h du matin. Toutefois, comme l’a rappelé l’AFA ces derniers jours, une observation d’occultation n’est pas une séance d’astrophotographie. Une trouée nuageuse au bon moment peut suffire pour réussir sa mesure. Pour beaucoup, c’est exactement dans ces conditions haletantes que l’observation a été faite.

Le long de la bande d’occultation prédite, il n’y a qu’au nord de la Suède où le beau temps s’est montré stable. Depuis là-bas, au moins une mesure positive a été rapportée.

Des données professionnelles

Les professionnels ont aussi subi les frasques de la météo. Douze stations envoyées par le Southwest research institute au Colorado s'étaient réparties en travers du passage attendu d’Eurybate, virtuellement espacées de 16 km dans le sens de la largeur. Six d’entre elles ont été déployées en France sous la responsabilité de l’observatoire de Paris. Six autres en Espagne. Côté français, on compte une « corde positive » mesurée depuis la Gironde par Kevin Baillié et Anne-Charlotte Perlbarg. « Il semblerait que notre station S01 [la plus à l’est en France, ndlr] a mesuré une occultation négative, malgré un ciel voilé » rapporte Josselin Desmars depuis le Gers, pour qui, comme pour les trois dernières stations françaises, la vue s’est bouchée. « Côté espagnol, mon contact en S00 pense qu'il est le seul à ne pas avoir été sous les nuages » ajoute l’astronome de l’observatoire de Paris.

EVsopes et appareil photo numérique déployés à Courtioux dans l'Aube. Crédit G.Langin/C&E

Également investies dans cette grande campagne d’occultation, les équipes scientifiques en lien avec l’entreprise Unistellar rapportent avoir reçu, en 24h, une vingtaine de films de l’étoile HD 51593, captés par les utilisateurs d’eVscopes (télescopes semi-automatisés qu’elle produit). L’analyse de ces données est en cours, comme se poursuit le recensement de l’ensemble des rapports d’observation.

Le 25 octobre 2022, une autre forme d'occultation sera observable en France. Celle du Soleil par la Lune produisant une éclipse partielle.

 

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Nous avons sélectionné pour vous

  • Avec Desi, une nouvelle fissure ouverte en cosmologie ?

    La première année d’observation du relevé céleste Desi suggère que l’énergie noire, qui accélère l’expansion de l’univers, pourrait avoir varié dans le temps. Un résultat qui défie notre compréhension de l’évolution cosmique et qui suscite tour à tour prudence, enthousiasme et curiosité chez les spécialistes.

  • Kamo’oalewa, l’astéroïde cible de la sonde Tianwen 2, est bien un morceau de Lune

    Le petit corps céleste qui gravite sur une orbite très voisine de celle de la Terre semble avoir la Lune pour origine. Outre sa composition, des simulations de trajectoire militent en ce sens. Un cratère est même suspecté : Giordano Bruno.

  • Expansion de l’Univers : la tension s’accroit sur la constante de Hubble

    L’Univers est en expansion. Soit. Mais à quelle vitesse ? Selon la méthode utilisée, ce taux d’expansion, ou constante de Hubble, varie. Et les mesures les plus récentes viennent encore confirmer cette tension. Au point que des cosmologistes mettent en cause les modèles théoriques les mieux établis.