L’AFA appelle les astronomes à observer Didymos occulter une étoile

En rouge, la bande d'occultation de Didymos le 21 janvier 2023
Dans la nuit du samedi 21 janvier 2023, l’astéroïde Didymos va faire disparaître une étoile brillante en lui passant devant. Mesurer cette occultation, visible de Grenoble à Bordeaux, permet aux astronomes amateurs de contribuer à l’exploration spatiale européenne.

C’est une occasion rare de voir Didymos. Rendu célèbre par le violent impact que lui a infligé la mission Dart en septembre 2022, cet astéroïde double est trop petit (moins de 1 km) et trop lointain (à plus de 40 millions de kilomètres) pour être observable facilement. Autant dire qu’il reste insaisissable pour le commun des télescopes amateurs. Néanmoins, l’Association française d’astronomie (AFA) a appelé les détenteurs d’instruments à l’observer dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 janvier 2023.

Peu après minuit, Didymos sera visible… comme une ombre par le biais de l’étoile devant laquelle il va passer. De magnitude 9, l’astre immatriculé HD 55868 est assez brillant pour être vu dans un petit instrument, ou avec un appareil photo numérique suffisamment sensible. Pendant moins d’une demi-seconde, l’étoile va disparaître pour qui se trouve dans la zone appelée « bande d’occultation ». De 0 h 26 à 0 h 31, celle-ci traverse neuf départements d’est en ouest : Hautes-Alpes, Isère, Drôme, Ardèche, Haute-Loire, Cantal, Corrèze, Dordogne et Gironde. Plus largement, le phénomène sera visible de l’Inde à la Floride. En Europe, des dizaines d’observateurs sont attendus. Pour y prendre part, rendez-vous sur le site de l’AFA.

Coup de pouce à l’Europe

Les occultations sur des étoiles aussi brillantes par des astéroïdes remarquables sont rares. Didymos est l’un d’eux. Son étude ne s’est pas arrêtée après l’impact subi par sa petite lune Dimorphos. La sonde spatiale Hera de l’ESA doit s’envoler vers cet astéroïde, et d’autres, à partir d’octobre 2024. À son soutien, le programme de recherche ACROSS a pour mission de maintenir avec précision la mesure de leurs positions dans le ciel. Ce, grâce à la technique des occultations.

« En déviant Dimorphos, la sonde américaine a aussi légèrement déplacé Didymos car les deux sont liés par la gravitation, explique Paolo Tanga, astronome à l’observatoire de la Côte d’Azur. Dans plusieurs années, la différence engendrée sur son orbite héliocentrique sera flagrante. » À condition de prendre des points de mesure éloignés dans le temps, donc dès aujourd’hui. « Il ne faut pas s’attendre à une nouvelle occultation sur une étoile si brillante avant 2024 », ajoute le chercheur.

De magnitude 9, l'étoile cible est facilement visible dans la constellation des Gémeaux, à 75° au-dessus de l'horizon.
Le méridien (ligne verte) indique que l'étoile se trouve au sud au moment de l'occultation.

Étoile brillante, astéroïde furtif

À l’appel de l’AFA, des centaines d’astronomes amateurs et amatrices s’étaient mobilisé.es en octobre 2022 pour mesurer une occultation par l’astéroïde Eurybate, ce qui avait permis d’une part d’en préciser la trajectoire, d’autre part d’en révéler la forme. Dans le cas de Didymos, c’est connaître la première de ces propriétés qui prime. Bien plus petit qu’Eurybate, l’occultation qu’il va produire sera autrement plus courte : 0,5 seconde au maximum pour les personnes situées au centre de la bande. Soyez donc très vigilant si vous tentez cette observation visuellement.

Si vous êtes équipé d’une caméra rapide, capable de filmer la disparition de l’étoile (25 images par seconde et plus), votre contribution est précieuse. Bien situé, vous avez même une chance de voir une seconde occultation par… le petit satellite Dimorphos ! Celle-ci est encore plus furtive : 0,07 s environ. Dans tous les cas, il vous faudra pour chronométrer le phénomène avec une mesure du temps à la fois précise et absolue. La page « Matériel et protocoles » de l’AFA vous explique comment.

 

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