En route vers Mercure, la sonde BepiColombo survole et photographie la Terre

A 19000 km, la Terre est visible en haut à gauche de cette photo prise par BepiColombo. Crédit: ESA
Plus d’un an après son départ, la sonde interplanétaire BepiColombo est repassée à proximité de la Terre. Avant de poursuivre son voyage vers Mercure, elle a tiré le portrait de notre planète.

Elle s’était échappée le 20 octobre 2018 en direction de Mercure, bien avant que la crise sanitaire ne frappe la planète Terre. Un an et demi plus tard, la sonde BepiColombo est revenue nous saluer une dernière fois avant de plonger vers le centre du Système solaire. Lors de ce survol, la sonde euro-japonaise en a profité pour photographier le globe grâce à ses trois caméras de contrôle, montées à l’extérieur de son module de transfert.

L’image ci-dessus a été prise à 19000 km d’altitude – soit 1,5 fois le diamètre de la Terre – tandis que la sonde continuait de s’approcher jusqu’à atteindre un minimum de 12 700 km au-dessus de l'Atlantique, à 6h25 heure française. Visible au premier plan, le long mât blanc est l’un des magnétomètres à bord. L’antenne à gain moyen, en forme de mégaphone orienté vers la Terre est visible en bas à gauche, ainsi qu’une partie d’un panneau solaire à droite. Actuellement éclipsée par la Terre, les communications reprendront avec la sonde dans la journée.

Le 9 avril 2020, la caméra n° 3 du MTM de BepiColombo a filmé l'approche de la Terre. © ESA

Descente à tâtons

BepiColombo, ou « Bepi » pour les intimes, poursuit dorénavant son voyage vers la planète Mercure, autour de laquelle elle doit se mettre en orbite en décembre 2025. Sur sa route, deux survols de Vénus sont ensuite prévus, puis six de Mercure elle-même, avant d’en devenir finalement un satellite artificiel. Le troisième seulement depuis les sondes américaines Mariner 10 en 1974, et Messenger en 2011, faisant de Mercure la planète tellurique la moins étudiée de notre Système à ce jour.

Si tous ces survols ont été programmés, y compris celui de la Terre aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour produire un album photo du périple. Sur orbite héliocentrique, la force gravitationnelle de chaque planète permet de dévier la trajectoire de Bepi, tout en faisant décélérer progressivement la sonde en direction du Soleil, et ne pas tomber dessus. À l’inverse, ne pas succomber à la force gravitationnelle de notre étoile par un freinage unique aurait requis d’emporter une énorme quantité de carburant. À la fois trop coûteux et trop volumineux pour tenir sous la coiffe de la fusée Ariane 5 ECA, qui a lancé la sonde depuis la Guyane française.


La trajectoire du périple de BepiColombo expliquée en vidéo. © ESA

Propulsion électrique

Du carburant, BepiColombo en transporte au contraire très peu. La mission, décidée en 2000, s’est dotée d’un système de propulsion inédit. Il est électrique ! Alimentés par deux immenses panneaux solaires long de 14 m chacun, six moteurs déploient une force électrique capable de projeter des ions. Comparée à une propulsion chimique classique, l’impulsion produite par unité de carburant est immense. Mais puisque Bepi en consomme à peine, la force totale reste faible. La sonde interplanétaire pousse donc moins fort, mais peut le faire plus longtemps. Parmi les 25 phases propulsives prévues, pour la plupart dans le sens opposé à son déplacement, la plus longue doit durer 167 jours !

Une fois sur orbite de Mercure, les deux modules de service de BepiColombo se sépareront pour mener à bien leur mission d’un an, reconductible. Cartographier la surface entière de la planète pour le module européen MPO, dont la caméra à haute résolution s’allumera pour produire des détails de la surface atteignant 5 à 10 m. Mesurer la magnétosphère, pour MMO le module japonais.

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