De chez vous, observez la Lune !

S’il est un astre facile à repérer dans le ciel, c’est bien la Lune. Justement, elle est à nouveau de sortie dans le ciel du soir. Voici quelques suggestions d’observations à réaliser à l’œil nu, aux jumelles et au télescope.

Tout en restant à la maison, profitez de l’occasion qui vous est donnée de vous échapper à 380000 km de chez vous. Il vous suffit pour cela de regarder la Lune, qui est de retour ces jours-ci dans le ciel du soir. Sur ce monde voisin, on voit plus de détails à l’œil nu que sur n’importe laquelle des planètes observées dans un grand télescope ! Aux jumelles, vous discernez des montagnes et des cratères aussi bien que les astronautes des missions Apollo quand ils étaient à 40000 km de sa surface ; autrement dit, quand ils avaient parcouru les neuf dixièmes du voyage Terre-Lune !

Et à la lunette ou au télescope, vous êtes en approche d’un autre monde, exotique par sa « magnifique désolation », comme l’avait qualifié Buzz Aldrin d’Apollo 11. Là, vous vous retrouvez à voir le sol lunaire comme vous l’observeriez à l’œil nu depuis votre vaisseau spatial si celui-ci en était distant de 4000 à 2000 km. Donc, n’attendez plus et embarquez pour la Lune !

Une phase qui raconte une révolution

Depuis quelques jours, la Lune est de retour dans le ciel du soir. Elle a d’abord fait son apparition dans les lueurs du crépuscule, aux abords de la brillante Vénus (lire comment l’observer ici). Mais elle se présentait alors sous la forme d’un croissant très fin. Puis, d’un jour sur l’autre, il a épaissi. À mesure que cette phase évolue, la Lune s’éloigne du halo crépusculaire. Elle s’éloigne aussi de Vénus. Ce déplacement, bien perceptible d’un soir sur l’autre, est celui que la Lune décrit en tournant autour de la Terre sur son orbite. Il lui faut 27,3 jours pour boucler un tour complet. Mais comme entre temps la Terre s’est déplacée sur sa propre orbite autour du Soleil, il y a un écart de 29,5 jours entre deux phases identiques.

Le 1er avril, la Lune est au premier quartier. Cela signifie qu’elle se trouve à 90° du Soleil. Le 7 avril, c’est la pleine Lune — autrement dit, notre satellite naturel est à l’exact opposé du Soleil (à 180°) dans le ciel. Le 15 avril, c’est le dernier quartier. La Lune est à nouveau à 90° du Soleil mais, par rapport à nous, à l’opposé de sa position lors du premier quartier. Entre ces deux phases, elle a accompli une demi-orbite autour de la Terre. Et vous constatez que dans l’intervalle, la Lune s’est levée chaque soir environ 50 minutes plus tard ; toujours l’effet de son déplacement quotidien autour de notre planète.

Pour en savoir plus sur la Lune et comment l’observer, lire le hors-série n°34 « Vos premiers pas sur la Lune » disponible à l’achat en version numérique.

Une surface à admirer au jour le jour

Au télescope, si les soirs des 27 et 28 mars 2020 permettaient de voir du relief dans les régions orientales de la Lune, à savoir la mer des Crises et une partie de la mer de la Sérénité, les choses sont devenues plus intéressantes depuis le 29 mars. D’une part, la Lune est plus haute dans le ciel au moment où le Soleil se couche, ce qui augmente les chances d’avoir une image nette, en tout cas moins affectée par les turbulences de l’atmosphère terrestre. D’autre part, les régions situées sur le terminateur (la limite entre le jour et la nuit sur la Lune) sont mieux exposées pour les observateurs terriens, ce qui les rend plus accessibles et plus nombreuses. Et cela continue jusqu’aux abords de la pleine Lune qui a lieu le 7 avril.

À part si votre fenêtre regarde au nord, il y en aura pour presque tout le monde : du fait de sa révolution autour de la Terre, la Lune glisse progressivement de l’ouest vers l’est en passant par le sud, du moins pendant qu’il fait nuit.

Pour avoir un aperçu fidèle de l’aspect de la Lune vue au télescope avec un grossissement moyen, de l’ordre de 50x, et cela en fonction de l’heure (en temps universel, ou TU, soit 2 h de moins que l’heure d’été en métropole) et de la date, connectez-vous sur ce simulateur de la Nasa. C’est en anglais, mais très facile à comprendre. Le simulateur est généré grâce aux données altimétriques de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter et fournit donc une vue aussi réaliste que la vraie Lune !

Le site d’Apollo 11 en vue !

Le 30 mars, n’hésitez pas à braver un peu le froid pour observer, en début de nuit, la mer de la Tranquillité. L’éclairage du Soleil sur cette région lunaire est idéal pour en faire ressortir les moindres détails. Et vous pouvez identifier sans trop de difficulté le cratère Moltke, situé sur le bord sud de l’immense mer de lave. C’est juste au nord de celui-ci que le LM Eagle d’Apollo 11 s’est posé le 20 juillet 1969. C’est là que Neil Armstrong et Buzz Aldrin sont devenus les premiers humains à marcher sur la Lune.

Bien entendu, même si vous utilisez un grossissement de 200 ou 300x, vous ne pourrez pas apercevoir l’étage inférieur du LM, qui est resté sur la Lune. Mais, si la stabilité de l’air le permet, et si vous avez un télescope d’au moins 100 mm, vous pouvez tenter de voir trois petits cratères, alignés d’ouest en est au nord de Moltke. Ils ont été baptisés Aldrin, Collins et Armstrong et mesurent respectivement 4, 2,6 et 3 km de diamètre. Le site d’atterrissage est pile au sud de Collins, celui du milieu.

Tir groupé de gros cratères

Le même soir, explorez au sud du site d’Apollo 11 trois magnifiques cratères d’impact dont les deux plus au nord sont imbriqués l’un dans l’autre : Theophilus, Cyrillus et Catherine. Avec l’éclairage solaire encore légèrement oblique, on peut les discerner aux jumelles. Car ces cratères mesurent tous aux alentours de 100 km de diamètre. En particulier, Theophilus, le mieux conservé, possède un très beau pic montagneux au centre de son arène. C’est le résultat du « rebond » du sol lunaire quand l’impact météoritique qui a creusé le cratère s’est produit.

Montagnes et crevasses

Le 31 mars, le Soleil se lève sur les Apennins, la chaîne de montagnes la plus spectaculaire de la face visible. Ses sommets les plus hauts culminent à plus de 4000 m au-dessus de la mer des Pluies dont ils constituent le rivage oriental. En réalité, ce ne sont pas des montagnes au sens terrestre du terme : il s’agit du bord d’un immense bassin d’impact météoritique vieux d’environ 3,8 milliards d’années. La chaîne suit d’ailleurs une courbe qui épouse le contour de ce bassin qui n’est autre que la mer des Pluies.

L’autre destination de choix pour cette même nuit se trouve juste au sud-est des Apennins. Il s’agit des failles d’Hyginus et de Triesnecker. L’éclairage solaire est bon pour repérer ces fossés longs de plus de 200 km et large de seulement 4 km. Spectaculaire, même dans un instrument de 80 mm de diamètre !

L’étonnant Mur Droit et un lever de Soleil sur Clavius

Le 1er avril, les observateurs situés au sud commencent à profiter de la Lune lors de son passage au méridien (plein sud) à peu près en même temps que le Soleil se couche. C’est le moment pour viser l’hémisphère sud de notre satellite où, parmi les innombrables reliefs à observer, on peut se concentrer sur une curiosité : le Mur Droit. Situés en bordure est de la mer des Nuées, cette formation offre ce jour la vision étonnante d’une gigantesque marche d’escalier, au milieu d’un terrain plat. Au télescope, on dirait qu’il s’agit d’une falaise qui projette son ombre. Cela est visible dans un petit instrument avec un grossissement modeste (40 ou 50 x). En réalité, il y a bien un dénivelé à cet endroit de la Lune, mais pas de falaise, juste une pente un peu raide. C’est uniquement quand l’éclairage du Soleil est très oblique que le spectacle est le plus grand. Observez la même zone le 2 avril et vous verrez…

Une autre formation est à surveiller le 1er avril : le grand cratère Clavius, situé non loin du pôle Sud. Même pas besoin d’une carte pour l’identifier : c’est le plus grand, puisqu’il mesure 225 km de diamètre. Ce soir du 1er avril, vers 18 h TU (20 h en France), le Soleil se lève à peine sur Clavius, si bien que quasiment toute son arène est encore plongée dans l’ombre. Mais si vous pouvez observer assez longtemps, suivez l’évolution de la situation… Regardez à nouveau vers 22 h TU (minuit à la montre) : le Soleil a gagné quelques degrés de hauteur et la fond du cratère est maintenant visible.

Copernic en lumière

Le 2 avril, à mesure que la phase s’éloigne du premier quartier et qu’elle évolue lentement vers la pleine Lune, le cratère Copernic fait son apparition dans la lumière solaire. Il ne mesure que 93 km de diamètre mais est assez jeune (810 millions d’années) et isolé dans une région peu cratérisée. Résultat : il est extrêmement bien visible non loin de l’équateur lunaire, à proximité du terminateur. Des jumelles suffisent pour le repérer. Au télescope, cet impact doté d’un pic central est magnifique. Si les conditions le permettent, utilisez un grossissement de l’ordre de 150X pour explorer ses environs : ils semblent englués dans une couche qui a gommé les reliefs les plus marqués. C’est que toute la région a été recouverte par le matériau excavé et éjecté par la chute du bolide qui a creusé Copernic. Notez que de nombreux petits cratères peu profonds constellent cette même zone. Ils ont été créés par les blocs retombés après avoir été projetés en l’air lors de la collision…

Un spectaculaire golfe

Le 3 avril, une formation attire l’œil dès que l’on observe la Lune aux jumelles ; le golfe des Iris. Situé au nord, sur le terminateur, il marque le bord de la mer des Pluies opposé à la chaîne des Apennins. Vestige d’un impact colossal dont une partie a été recouverte par l’épanchement de lave qui a rempli la mer des Pluies, le golfe est une belle anse dont les extrémités sont marquées par deux caps. C’est au sud-est de l’un d’eux, le Cap Laplace, que s’est posée la sonde chinoise Chang’e 3 en 2013, et au sud-ouest de l’autre, le Cap Heraclides, que s’est posée la sonde russe Luna 17, en 1971. Les deux engins ont déposé un rover (Yutu pour la Chine et Lunokhod 1 pour la Russie) qui a exploré les environs ; le Lunokhod 1 était assez proche du Cap Heraclides pour le prendre en photo à l’horizon.

Le cratère le plus brillant

Le 4 avril, alors que les personnes orientées vers l’est peuvent apercevoir la Lune en début de nuit sur la droite de leur champ de vision, le jour se lève sur un cratère lunaire très particulier : Aristarque. Ce n’est pas le plus grand (40 km) mais c’est assurément le plus brillant ! Il est si brillant qu’après la pleine Lune, il est visible à l’œil nu, au même titre que Copernic, qui est entouré de majestueux rayons blancs.

Pour l’heure, le fond d’Aristarque est encore dans l’ombre. Mais on voit qu’il est en bordure d’un plateau qui émerge du sol plat de la mer des Pluies. C’est l’une des régions volcaniques de la Lune. Observez le Soleil se lever sur Aristarque. Et le lendemain, 5 avril, revenez visiter la zone : vous y découvrirez tout l’éclat de ce cratère mais aussi l’étonnant fleuve de lave que constitue la vallée Schröter, juste au nord. L’origine de cette vallée est la bouche d’un volcan !

Bonnes observations

Pour poursuivre vos observations de la Lune, lisez le hors-série « Vos premiers pas sur la Lune », disponible à l’achat en ligne. Plusieurs suggestions différentes y figurent, avec des cartes détaillées, ainsi que des informations sur notre satellite naturel.

 

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