Test de la Fornax Mounts Lightrack II : Une monture nomade à haute précision

Monture Lightrack II. © Fornax Mounts
En quelques années, l’offre de montures équatoriales de voyage légères a décuplé. Parmi ces modèles, la monture Lightrack II se démarque par sa promesse de haute précision pour compenser le mouvement de rotation de la Terre.

Première approche : une botte secrète

Les montures de voyage légères ont le vent en poupe, mais la Lightrack II de Fornax Mounts est encore peu connue sur le marché français. Cette marque hongroise réalise uniquement des montures équatoriales avec quelques modèles de gros calibre au catalogue. La Lightrack II fait penser à la monture TT320X-AG d’Astrotrac. Le principe d’entraînement avec un long bras, s’il est bien conçu, permet d’assurer une bonne précision de suivi. Fornax Mounts annonce moins de +/-1” sur un intervalle de temps de 8 minutes. Pour comparaison, les montures équatoriales sont plus souvent entre +/-5” et +/-20” sur une telle durée. En fait, le bras est une portion de cercle de 22,5 cm de rayon, et c’est cela le secret. C’est bien plus grand que ce que l’on trouve sur l’essentiel des montures amateurs. Or, à précision de fabrication égale, plus le rayon de la roue d’entraînement est grand, moins les défauts de fabrication pénalisent le suivi. En contrepartie, cette monture a une capacité limitée dans le temps à 107 minutes puisqu’il n’y a qu’une portion de cercle. 

Prise en main : une bonne finition

La Lightrack II est livrée en plusieurs parties qu’il est possible d’acheter séparément sur le site du fabricant : le trépied, l’entraînement, la base équatoriale, le viseur polaire, le kit d’équilibrage permettant d’avoir un support de queue d’aronde articulé sur deux axes et une barre de contrepoids. La finition globale est très bonne. Le métal est omniprésent, sauf au niveau de la motorisation protégée par un carter en plastique. 

Les différents éléments de la monture Lightrack II peuvent s'acheter séparément. © C&E

Le montage est très simple. Seule difficulté : la barre de contrepoids est dotée d’une extension qui se fixe par une vis creuse 6 pans et celle-ci est située à l’intérieur de la barre, si bien qu’il faut une clé Allen très longue pour y accéder. À défaut, un tournevis de la bonne largeur peut faire l’affaire, mais il est dommage que l’outil adapté ne soit pas fourni, car la longueur requise n’est pas standard. Nous avons installé l’ensemble sur le trépied de la marque. Il s’agit d’un beau modèle en carbone bien fini. Il est possible de choisir une position très basse et d’écarter les pieds plus largement en déverrouillant un bouton de blocage, si on cherche un maximum de stabilité. Cela est utile par condition venteuse. Le prix de vente de cet accessoire est cohérent par rapport à ce qui se pratique sur les marques les plus connues, mais si vous avez déjà un bon trépied photo ou vidéo, il fera l’affaire. 

Mise en station : le viseur est éclairé

Le viseur polaire est monté sur un bras articulé. Au départ, il n’est pas forcément réglé. Six vis permettent de rendre son axe parallèle à celui de la monture. Pour cela, le bras articulé aide beaucoup car, en faisant tourner le viseur, il faut s’assurer que la zone pointée au centre ne bouge pas (il faut choisir un point de référence lointain). Le réticule est relativement précis pour l’hémisphère Sud, car il représente le quadrilatère de quatre étoiles de la constellation de l’Octant que l’on retrouve sur bon nombre de viseurs polaires. L’angle du viseur par rapport à la monture peut donc être ajusté précisément pour superposer le dessin du réticule à la figure formée par les quatre étoiles dans le ciel. Dans l’hémisphère Nord, il faut se servir d’une ligne repère gravée sur le réticule. Elle doit être orientée vers la pointe de la constellation de la Petite Ourse, et l’Étoile polaire doit être placée au niveau d’un autre repère dans le réticule. Du coup, le réglage de l’angle est plus approximatif. Une fois la mise en station effectuée, il est possible de démonter le viseur polaire sans le dérégler. Il faut pour cela dévisser la bague avant, qui le maintient sur son support. 

Six vis permettent d’ajuster le parallélisme entre le viseur polaire et l’axe de la monture. © C&E

Notez que le viseur est éclairé, ce qui est appréciable. En revanche, il est livré sans cache ni pour l’objectif ni pour l’oculaire. Il faut donc le ranger à chaque fois dans le sac en tissu fourni. Il n’est toutefois pas indispensable de démonter le viseur. Pour aligner celui-ci, la monture et le trépied sont dotés de plusieurs réglages. La partie haute du trépied a une forme de bol et permet d’ajuster l’azimut comme avec une rotule. Il est aussi possible de jouer un peu sur l’inclinaison, ce qui est très pratique pour mettre à l’horizontale le niveau à bulle. 

Mise en route : ultrasimple

L’utilisation d’une telle monture est on ne peut plus simple, car il n’y a pas de système Go-To à initialiser. Il n’y a que quatre boutons : deux permettent de déplacer la monture sur l’axe horaire dans un sens et dans l’autre. La vitesse est progressive si on laisse le doigt appuyé, mais la commande est assez vive. Un autre bouton définit le choix entre un entraînement pour l’hémisphère Nord ou l’hémisphère Sud. Le dernier détermine la vitesse de suivi : sidéral, solaire, lunaire, ou 50 %. Nous l’avons déjà évoqué, le suivi est limité dans le temps à 107 minutes. C’est assez peu dans l’absolu, mais cette durée convient bien à une utilisation nomade. 

Une fois le kit d’équilibrage en place, on découvre un défaut gênant : selon l’orientation de la monture, le contrepoids peut taper dans le carter moteur et la barre de contrepoids dans le viseur polaire. Le viseur polaire peut être démonté. En revanche,  il n’y a pas vraiment de solution pour le contrepoids, à moins qu’il soit au bout de la barre. Mais le problème ne se pose que pour une portion relativement restreinte du ciel vers le nord. 

Dans certains cas, le contrepoids ou le viseur peuvent venir buter contre la monture. © C&E

On se rend vite compte aussi des limitations du kit d’équilibrage. Il permet d’orienter l’instrument, mais sans mouvement fin. Le cadrage précis avec des focales de plus de 500 mm n’est donc pas évident. Autrement dit, ce n’est pas une monture adaptée à l’observation planétaire. 

Sur le ciel : de la polyvalence

Nous avons installé sur la monture une lunette de 72 mm d’un peu moins de 3 kg avec les accessoires. L’ensemble est homogène. Nous sommes loin de la charge maximale de 12 kg annoncée par le fabricant. Il semble toutefois illusoire de monter aussi haut pour des questions de stabilité : une charge de 5 à 6 kg est le maximum. 

Avec la lunette de 72 mm, nous sommes parvenus à faire des temps de pose de 1 min avec un échantillonnage de 1,4”/pixel. Les étoiles sont rondes sur la majorité des clichés, mais il faut plutôt descendre à 30 s si on veut 100 % de succès. Il est évident qu’avec un petit téléobjectif de 300 mm et un appareil photo numérique, les temps de pose de 1 min peuvent être envisagés sereinement. Cette performance est très intéressante, car elle permet de se passer d’autoguidage, ce qui participe à la légèreté de l’ensemble pour voyager. Si vous souhaitez néanmoins autoguider la monture, c’est possible sur l’axe horaire. Les corrections ne sont pas possibles en déclinaison, mais il suffit de faire une bonne mise en station pour s’en passer. La méthode de Bigourdan permet d’affiner le réglage du viseur polaire. Elle consiste à viser d’abord une étoile à l’est (ou à l’ouest), sa dérive en déclinaison indique une erreur de réglage sur l’axe de hauteur. Puis viser une étoile vers le sud permet selon le même principe de régler l’azimut. Bien sûr, il n’est pas nécessaire d’atteindre ce niveau de précision avec des objectifs grand angle de moins de 50 mm. Il faut enfin souligner la présence d’une vitesse à 50 %, intéressante pour faire des photos de paysage. Cette vitesse intermédiaire permet de doubler le temps de pose par rapport à une simple photo sur trépied si l’on souhaite garder des étoiles non filées et un paysage net. Elle est également très utilisée pour réaliser des time-lapses.

Cette vue de la nébuleuse d’Orion résulte de l’addition de 108 poses de 30 s prises en plein Paris avec un filtre OIII et une lunette de 72 mm. © C&E

Notre conclusion

La Lightrack II fait preuve d’une précision de suivi hors norme pour une monture aussi légère. Au vu de ses performances, le prix de vente est cohérent. Il faut d’ailleurs souligner que la monture peut s’acheter seule sans ses accessoires pour 512 €. En l’équipant de deux rotules photo, elle est opérationnelle pour prendre des images avec des focales courtes. Il nous semble néanmoins judicieux d’ajouter au moins le viseur polaire pour profiter pleinement des performances de suivi. Attention enfin au poids de l’ensemble, si la partie motorisée affiche un séduisant 1,3 kg, l’ensemble avec tous les accessoires monte à près de 10 kg. Ce n’est pas négligeable dans un bagage. 

Nous avons aimé

  • La qualité de fabrication
  • Le viseur polaire éclairé

Nous n’avons pas aimé

  • La barre de contrepoids peut buter sur la monture
  • L’absence de bouchon sur le viseur polaire

 

 

En annexe : la mesure d’erreur de suivi

Nous avons mesuré les erreurs de suivi de la monture à deux reprises. Lors du premier test, nous avons obtenu une belle courbe régulière, avec des erreurs de suivi de +/-1,7”. C’est un peu moins bon que le +/-1” sur 8 min annoncé, mais ça reste très au-dessus de la moyenne. Il faut noter que notre test a duré un peu plus de 11 minutes. Un second test sur une autre portion du secteur d’entraînement s’est avéré beaucoup moins régulier, avec notamment un point bas. Les erreurs de suivi sur celle-ci sont de +/-2,9”. Si l’on exclut ce point atypique, on retrouve une précision de +/-2” proche de la première mesure.

 

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