Télescope Takahashi Mewlon 210 : le surdoué de l’observation planétaire

Le télescope Takahashi Mewlon 210. © J.-L. Dauvergne/C&E
Né au début des années 1990, le Mewlon 210 de Takahashi est optimisé pour les planètes. Dans cette gamme de télescopes, c’est le seul à n’avoir connu aucune évolution depuis son lancement, mais il n’a pris aucune ride.

Première approche : une formule atypique mais pragmatique

Avec les télescopes Mewlon, la marque japonaise Takahashi s’est taillé une solide réputation dans l’observation planétaire. Cette gamme a été lancée en 1990 avec un 180 mm, suivi en 1991 d’un 250 mm. Deux ans plus tard sortaient le 210 mm et le 300 mm. Ces instruments sont les seuls télescopes de grande série à opter pour la formule optique Dall Kirkham.

Si vous demandez à un opticien ce qu’il en pense, il vous en dira certainement beaucoup de mal ! En effet, cette combinaison souffre d’une forte aberration de coma dans le champ. Autrement dit, à mesure que l’on s’éloigne de l’axe optique, les étoiles prennent assez vite une forme de comète. Ce défaut est comparable à celui que l’on retrouve sur un Newton de courte focale (f/3,8).

Pourquoi une marque si haut de gamme a-t-elle choisi une formule si imparfaite ? Question de pragmatisme. En fait, les Mewlon, avec leur rapport f/d de 11,5 à 12 selon le diamètre, sont avant tout réservés aux planètes. Dans ce domaine, l’observateur ne cherche pas à exploiter un grand champ. Par ailleurs, sur cette formule optique, le miroir secondaire a une courbure sphérique facile à fabriquer, si bien qu’il est possible de lui donner une forme très précise. Le miroir primaire, quant à lui, est une portion d’ellipse. Cette forme est plus proche de la sphère que la parabole, si bien qu’il est là aussi possible d’obtenir une surface de très bonne qualité. Pour l’observation planétaire, la qualité de la forme et la douceur du polissage sont des paramètres importants afin de produire des images contrastées. De plus, la longue focale limite l’obstruction centrale à 32 %, contre 35 % à 39 % sur la majorité des instruments équivalents.

Dans la gamme des Mewlon (lire ci-après), le 210 mm est le best-seller. Le 180 mm fait face à la concurrence des Maksutov de bonne qualité, plus abordables. Quant aux Mewlon 250 et 300, leur tarif est très élitiste (9 341 € et 19 170 €). Le 210 a d’autant plus de succès qu’après la carrière éphémère du Schmidt-Cassegrain TSC-225 et l’arrêt de l’excellent Cassegrain CN-212, c’est l’unique offre de la marque dans cette gamme de diamètres pour le planétaire. Il est intéressant de noter, que de tous les Mewlon, le 210 n’a subi aucune évolution depuis son lancement (le 180 a reçu un chercheur plus petit, et les 250 et 300, des correcteurs optiques).

Long de 70 cm pour 8 kg, le Mewlon 210 est un tube optique léger et compact. © J.-L. Dauvergne/C&E

Tube optique : le meilleur chercheur du marché

Pour qui n’a jamais utilisé un Mewlon, la première surprise est de découvrir que le chercheur sert de poignée ! C’est aussi le cas sur le 180 mm et le 250 mm. Ce chercheur de 7x50 mm est fixé au tube de façon extrêmement rigide et nous allons voir par la suite pourquoi c’est intéressant. Il est doté d’un réticule évidé au centre et d’un éclairage qui se visse sur le côté. Comme sur tous les Mewlon, le miroir primaire est surdimensionné. Il mesure en fait 220 mm, la pupille d’entrée est limitée par l’avant du tube à 210 mm. Ce choix s’explique sans doute par le fait que les miroirs ont souvent des défauts plus ou moins prononcés sur les bords. En le diaphragmant, le problème ne se pose pas.

L’alignement optique se fait en jouant uniquement sur le miroir secondaire à l’aide de trois vis six pans. © J.-L. Dauvergne/C&E
Petit détail haut de gamme, le bouchon du porte-oculaire est en métal usiné dans la masse. La molette de mise au point déplace le miroir primaire. © J.-L. Dauvergne/C&E
Le chercheur 7x50 sert de poignée pour tenir le télescope. Il est doté d’un réticule éclairé en rouge. © J.-L. Dauvergne/C&E

La mise au point s’obtient comme sur un Schmidt-Cassegrain ou un Maksutov : une molette déplace le miroir primaire d’avant en arrière. Autre point commun avec les Schmidt-Cassegrain : l’alignement optique s’effectue au niveau du miroir secondaire. Sur son dos, un cache métallique se dévisse et donne accès à trois vis de collimation à six pans creux. La procédure à suivre est la même que pour un Schmidt-Cassegrain (pour cela, consultez par exemple le site internet de Thierry Legault). Ces instruments sont parmi les plus simples à régler. Dans le cas d’un Dall Kirkham, il faut néanmoins être pointilleux, car la coma devient vite perceptible à la moindre imperfection de réglage. La fixation sur une monture se fait par une queue-d’aronde de type Vixen. L’instrument s’adapte donc facilement sur la quasi-totalité des modèles du marché. Comme le tube est léger (8 kg), une petite monture peut même suffire.

Observation planétaire : des images contrastées à 500x

Avant d’observer les planètes, le tube doit être mis en température. Il est assez sensible, d’autant que son ouverture utile est limitée par l’avant du tube. Du coup, si des veines d’air chaud remontent dedans, elles sont forcément dans la pupille de l’instrument. Prévoyez un tapis de sol coupé au diamètre du télescope pour l’enfiler sur l’instrument une fois qu’il est à température. Sinon, certaines nuits, le tube optique refroidit plus que l’air ambiant, ce qui provoque des turbulences internes.

Le Mewlon 210 offre une vision contrastée et très colorée de la Grande Tache rouge de Jupiter. Sur cette planète, il est souvent possible de pousser le grossissement à 377x. Voire jusqu’à 513x les meilleurs soirs, avec un oculaire de 4,7 mm. Ce grossissement passe bien sur Saturne, car ses anneaux sont très contrastés. En observation visuelle, le tube est pénalisé par son araignée à quatre branches qui provoque de la diffraction assez perceptible autour des planètes les plus brillantes comme Mars, Jupiter et Vénus. C’est un désavantage notable par rapport aux Schmidt-Cassegrain et aux Maksutov. Sur le 180 mm et sur les anciennes versions du 250 mm, le contraste est meilleur en raison de l’utilisation d’une araignée à trois branches. Elle diffracte 25 % de lumière en moins et cette dispersion d’énergie est plus homogène, car elle se fait sur trois axes au lieu de deux dans le cas d’une araignée à quatre branches. En imagerie, cette diffraction liée aux aigrettes est moins visible, car les capteurs ont une réponse linéaire, et non logarithmique comme notre œil.

Malgré son diamètre modeste, les Mewlon 210 peut prétendre à un niveau de résolution élevé en observation planétaire, car contrairement à un Schmidt-Cassegrain il n’est pas pénalisé par une lame de fermeture. En fait, un télescope performant permet de gagner en résolution en filtrant dans le bleu, car la longueur d’onde est plus courte. Dans la pratique, une bonne image bleue montre des détails plus fins de 40 % qu’une image rouge, soit un doublement de la quantité d’informations sur la surface de la planète ! Les télescopes Schmidt-Cassegrain plafonnent souvent en résolution dans le rouge orange justement. Les capacités supérieures du Mewlon relativisent son prix.

Jupiter, à gauche avec un filtre rouge et à droite avec un filtre bleu. Le gain de résolution dans le bleu est net. © J.-L. Dauvergne/C&E

Pour les planètes, il est intéressant d’avoir un alignement optique stable. Le point faible du Mewlon 210 est d’avoir son araignée fixée à même la tôle du tube, relativement souple. Si celui-ci bouge peu et est manié avec précaution, l’alignement optique est stable d’un montage à un autre. Mais, dans la pratique, dès lors que le tube fait un trajet en voiture, l’alignement va se modifier légèrement. Ce qui est remarquable, c’est que le réglage du chercheur ne change jamais. Du coup, si le chercheur et le télescope ne pointent pas au même endroit, vous savez immédiatement que l’alignement optique a bougé. Il est même possible de recentrer l’étoile au chercheur et de la recentrer dans le télescope avec les vis de collimation pour obtenir un alignement optique presque parfait. Le petit défaut de l’instrument est son shifting : lorsque l’on déplace le miroir primaire pour faire la mise au point, la planète bouge de 10 à 20 secondes d’arc. C’est gênant et étonnant, car on a déjà vu des Maksutov fabriqués en Chine ou en Russie dépourvus de ce défaut.

Avec un Mewlon 210, le champ exploitable est de l’ordre de 4’. On l’obtient avec un capteur de 5 mm de large et une lentille de Barlow 2x. Cette vue de la Lune est issue d’une mosaïque de 20 images. © J.-L. Dauvergne/C&E
Zoom de l'image ci-dessus. © J.-L. Dauvergne/C&E

Ciel profond : en visuel seulement

Avec 2 415 mm de focale, il est évident que ce télescope n’est pas des plus à l’aise dans le domaine du ciel profond. Néanmoins, en observation visuelle, un oculaire de 40 mm offre une pupille de sortie de 3,5 mm et un grossissement de 60x adapté à de nombreux objets. Il serait tentant d’utiliser un oculaire de focale plus longue, mais le champ disponible est limité par le porte-oculaire 2”. Avec 2 415 mm de focale, ce montage permet au mieux d’atteindre 1,2° de champ. On y est presque avec un Pentax XW40-R par exemple, qui permet d’observer 1,16°. Ce n’est pas si mal : c’est suffisant pour voir les étoiles principales de l’amas ouvert des Pléiades, même si un champ un peu plus large est préférable pour avoir la sensation d’amas. À 60x, la coma est visible en bord de champ, mais pas aussi gênante qu’on pourrait le craindre, car le grossissement est faible.

En imagerie, c’est plus compliqué. L’ouverture de f/11,5 implique de longs temps de pose. La coma dans le champ sera très pénalisante si l’on utilise un grand capteur. Il existe bien un correcteur 0,8x, mais il est assez cher (391 €). Si l’on cherche un instrument compact et polyvalent, il est préférable de regarder du côté des Celestron Edge HD par exemple.

Notre conclusion sur le Takahashi Mewlon 210

Le Mewlon 210 est un excellent produit pour aborder l’imagerie planétaire sérieusement. Son prix est bien supérieur à celui d’un Kepler 200 par exemple (3 412 €, contre moins de 1 000 € pour le Cassegrain fabriqué en Chine), mais le Mewlon 210 se trouve assez facilement d’occasion autour de 2 000 €. Sa qualité optique permet d’exploiter le diamètre au maximum en imagerie en allant chercher des détails jusque dans le bleu ; c’est remarquable. On regrettera juste que le Mewlon 210 n’ait pas les raffinements de conception du Mewlon 250, mais celui-ci coûte trois fois plus cher… C’est un autre monde.

 

La famille des télescopes Mewlon

Nous avons eu l’occasion de tester les quatre Mewlon du 180 au 300 mm. Le 180 a des performances optiques comparables au 210. Il se distingue par son format compact et son poids plume de 6,2 kg. Son araignée à trois branches favorise un bon niveau de contraste. Nous l’avons mesuré avec un rapport de Strehl de 0,865 (28 nm RMS et 173 nm PTV). Le 250 est à une conception bien plus haut de gamme que le 210, et un tarif en conséquence. Nous avons mesuré un rapport de Strehl élevé de 0,96 (18 nm RMS et 86 nm PTV). La mise au point se fait par déplacement motorisé du secondaire, et l’arrière du tube peut s’ouvrir pour aider la mise en température. L’araignée est fixée sur une virole rigide, ce qui favorise une bonne stabilité de l’alignement optique. Les anciens modèles sont intéressants, car ils ont une araignée à trois branches, contre quatre pour les tubes actuels. Ils se négocient entre 4 000 et 4 500 € en occasion. Le Mewlon 250 ne pèse que 12 kg et reste transportable. C’est moins le cas pour le Mewlon 300, de 27 kg. Il a les qualités mécaniques du 250 avec en plus les volets qui s’ouvrent autour du miroir pour faciliter la mise en température. Optiquement, il affiche de très bonnes valeurs avec un rapport de Strehl de 0,93 (23 nm RMS et 130 nm PTV). Hélas, le prix neuf est très élitiste et ce télescope est quasi introuvable d’occasion.

Ces photos de Jupiter ont été obtenues avec, de gauche à droite, le Mewlon 180, le Mewlon 210, le Mewlon 250 et le Mewlon 300. © J.-L. Dauvergne/C&E

Remerciements à Sylvain Bouley pour le prêt du Mewlon 180 ; à Imagine Optic, Airy Lab et Guillaume Blanchard pour les mesures optiques.

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