Sur la comète de Rosetta, « pas de site d'atterrissage idéal »

Francis Rocard, responsable "Système solaire" au Cnes. ©David Fossé.

Selon Francis Rocard, responsable « Système solaire » au Cnes, responsable de la contribution française à la mission Rosetta, l'atterrissage de Philae sur la comète Chury sera « forcément risqué ».

Nous l'avons rencontré ce 15 septembre 2014 au siège de l'Agence spatiale européenne (ESA) à l'occasion de l'annonce de la sélection du site « J ».

Vous avez participé ce week-end aux discussions sur le choix du site d'atterrissage de Philae. A-t-il été difficile à choisir parmi les cinq sites encore en lice ?

Pas vraiment, le choix du site « J » a été relativement consensuel. En fait, c'est le seul qui réponde aux nombreux critères que l'ESA s'était fixée, tant en termes d'intérêt scientifique que de consommation d'énergie ou encore, et surtout, de sécurité.

Sur le site « J », tous les instruments de Rosetta et de Philae pourront être utilisés pendant les deux jours que dure la mission initiale de Philae sur Churyumov-Gerasimenko.

Par ailleurs, la trajectoire de Philae pour atteindre le site « J » en chute libre ne sera pas trop longue : 7 heures. C'est important car plus on utilise d'énergie pendant la descente, moins il en reste pour la phase initiale d'opérations au sol, avant la recharge des batteries par les panneaux solaires.

Enfin, ce site n’oblige pas la sonde Rosetta à faire un dangereux « rase-cailloux », comme ça aurait été le cas pour le site « A » qui , scientifiquement, avait plus notre faveur.

Reste que le site « J », comme les autres d'ailleurs, n'est pas lisse et plat. De ce point de vue, on est dans une situation très différente de l'atterrissage de Curiosity sur Mars !

Dans l'ellipse d'atterrissage de Philae, qui fait environ 1 km de long pour 250 m de large, nous savons qu'il y a des pentes inclinées de 50°, des rochers de 5 à 10 m...

Bref, il y a une probabilité pour que l'atterrissage échoue. Mais nous n'avons pas le choix, la comète est comme ça. Il n'y a pas de site idéal sur Chury.

En plus du site « J », l'ESA a sélectionné un site de secours, le site « C ». Qu'est-ce qui pourrait décider qu'on atterrisse plutôt sur « C » ?

À partir de maintenant, et jusqu’au 12 octobre 2014, Rosetta va se concentrer sur la caractérisation du site « J ». La sonde va notamment s'en approcher jusqu'à 10 kilomètres, afin que l'on puisse affiner la statistique des rochers, calculer la fraction du sol qui est trop pentue pour Philae, etc.

Aujourd'hui, « J » convient à tout le monde. On espère d'autant plus ne pas avoir à changer de cible que le site « C » pose un problème pour l'instrument Consert : il semble que si Philae se pose sur « C », Rosetta ne pourra pas effectuer la tomographie du noyau prévue, qui serait une grande première.

Mais nous n'en sommes pas là. Personnellement, je pense que ce qui pourrait vraiment nous faire abandonner le site « J », c'est la découverte d'un jet sur la trajectoire d'atterrissage.

Et si un jet se révèle aussi sur le site de secours ?

Eh bien... nous ferons au mieux ! En tout cas, lorsque le site aura été choisi, le 12 octobre, nous ne pourrons plus faire marche arrière.

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Commentaires

Nous avons sélectionné pour vous

  • Répétition générale en vue pour Artemis 2

    Avant son lancement vers la Lune, l’équipage de la mission Artemis 2 doit effectuer une répétition générale du compte à rebours. Celle-ci doit commencer le 30 janvier 2026. À l’issue de cette simulation sur l’aire de lancement, la Nasa décidera de la suite des opérations.

  • Le budget de la Nasa pour 2026 est finalement en hausse

    Un budget de 24,4 milliards de dollars, légèrement en baisse, a été adopté pour la Nasa par la voie légale habituelle. Mais avec une autre enveloppe provenant d’une autre loi signée en juillet 2025, l’agence spatiale voit ses moyens financiers augmenter en 2026.

  • Sirius met le ciel dans votre poche

    Le youtubeur Zebroloss lance Sirius, une application mobile d’astronomie gratuite. Disponible sur iOS et Android, celle-ci propose des informations spatiales et des alertes en temps réel afin de rendre les phénomènes célestes accessibles au plus grand nombre.