Stellina de Vaonis versus eVscope d’Unistellar : le duel des télescopes 2.0

Stellina de Vaonis versus eVscope d’Unistellar : le duel des télescopes 2.0. © JL Dauvergne/C&E
Ultralégers, connectés, performants et extrêmement faciles à utiliser, les instruments 2.0 débarquent. Après avoir testé le Stellina de Vaonis et l’eVscope d’Unistellar, nous les avons mis face à face.

Les deux instruments d’observation les plus innovants du moment, l’eVscope d’Unistellar et la lunette Stellina de Vaonis, ont fait chacun l’objet d’un test complet sur notre site. Ils ont beaucoup en commun, à commencer par leur origine méditerranéenne : Marseille pour le premier, Montpellier pour le second. Tous deux sont dotés d’un capteur numérique, s’initialisent tout seuls sur le ciel, traitent leurs images automatiquement et se pilotent à l’aide d’un smartphone. Ils cultivent tout de même leurs différences : le Stellina est dédié à la photographie, alors que l’eVscope est orienté vers l’observation visuelle assistée, c’est-à-dire à travers un oculaire électronique. Quoi qu’il en soit, ils ont assez en commun pour que l’on se demande quel est le plus performant au cours d’un test croisé.

Stellina de Vaonis versus eVscope d’Unistellar : le duel des télescopes 2.0. © JL Dauvergne/C&E

Conception : Stellina + 1

Le design et la conception du Stellina sont plus poussés que ceux de l’eVscope. Une fois replié, il forme un bloc compact. Son aspect est original et très travaillé, alors que celui de l’eVscope reste classique. Dans l’instrument de Vaonis, tout est intégré et l’ensemble est étanche aux poussières et à la pluie. Au contraire, celui d’Unistellar a le tube ouvert, si bien que l’on peut craindre le dépôt de poussières sur le capteur. Par ailleurs, la caméra du Stellina est capable de tourner sur elle-même pour changer de cadrage. Et surtout pour compenser la rotation du champ en pose longue, chose que ne fait pas l’eVscope.

Le Stellina de Vaonis bénéficie d’un design épuré. L’ensemble est étanche aux poussières. © JL Dauvergne/C&E

Finition : Stellina + 1

Sur l’eVscope, nous avons constaté un peu de jeu en particulier sur l’axe de hauteur. Le trépied est très bon, bien que moins haut de gamme que le trépied carbone Gitzo du Stellina, réglable en position très basse pour plus de stabilité. L’avantage va donc au Stellina en matière de finition, son trépied expliquant en partie son prix élevé. Notons aussi que l’instrument de Vaonis est assemblé en France, alors que celui d’Unistellar l’est en Asie.

L’eVscope est doté d’un oculaire électronique permettant l’observation visuelle. Un atout par rapport au Stellina. © JL Dauvergne/C&E

Mise en route : 1 partout

Les deux instruments ont ceci de remarquable qu’ils produisent l’image d’un objet céleste en moins de 10 minutes, montage compris. Sur l’eVscope, le wifi est disponible presque immédiatement après l’allumage, et l’initialisation sur le ciel est très rapide. En revanche, la mise au point doit être effectuée à la main, en s’aidant éventuellement du masque de Bahtinov fourni. Sur le Stellina, le démarrage de l’ordinateur interne est plus lent, et l’initialisation, plus longue, mais c’est en partie lié au fait qu’il réalise la mise au point automatiquement. Au final, le temps requis pour obtenir la première image avec le Stellina comme avec l’eVscope est comparable. Match nul sur ce point.

Réglages optiques : Stellina + 1

Première différence notable, le Stellina est une lunette : son alignement optique est stable, il n’y a aucun réglage à effectuer. L’eVscope, lui, est un télescope. Il faut donc aligner son miroir primaire. Heureusement, cette opération est facilitée par un système assez simple. Elle se réalise avec seulement deux vis, mais ce n’est pas si trivial pour un débutant.

Logiciel : Stellina + 1

Lors du test du Stellina, la stabilité de l’application nous a impressionnés. Elle va de pair avec une simplicité d’utilisation extrême et une interface graphique esthétique très travaillée. L’application de l’eVscope est également réussie. Son interface mise sur la sobriété et la simplicité ; sa charte graphique limite l’éblouissement. En revanche, elle n’est pas aussi stable que celle du Stellina. Elle plante quand on s’éloigne trop du télescope, car le signal wifi n’est pas très fort. Il faut parfois la relancer. Quelques autres petits bugs ont été constatés notamment lors de pointages.

Multisession : égalité

Sur les deux instruments, plusieurs smartphones peuvent être connectés simultanément. Un seul utilisateur a le contrôle complet, les autres sont spectateurs. C’est vraiment bien vu, car cela offre des possibilités pour des animations ou des observations publiques.

Sur le Stellina, à gauche, la batterie est externe et n’a pas de jauge. Pour l’eVscope au contraire, le niveau restant est visible dans l’appli. © JL Dauvergne/C&E

Batterie : eVscope + 1

Le Stellina est livré avec une batterie capable de tenir 4 heures en théorie, un peu moins dans la pratique, sans que l’on sache quand elle va être épuisée. C’est le plus gros défaut de conception. Il est néanmoins possible de brancher une batterie externe de secours. Une batterie optionnelle sera disponible en septembre et permettra d’aller jusqu’à 8 heures d’observation, avec une jauge visible dans l’application. Une option assez luxueuse tout de même, car elle sera commercialisée à 199 €. Sur l’eVscope, la batterie est intégrée. Elle est 50 % plus puissante que celle d’origine sur le Stellina et dure 9 à 10 heures. Nous ne sommes jamais arrivés à son épuisement. On dispose en plus d’une jauge dans l’application.

Observation visuelle : eVscope + 1

Le Stellina comme l’eVscope offrent une réelle expérience de ce que les amateurs appellent désormais l’observation visuelle assistée. C’est-à-dire la possibilité de voir un résultat traité presque immédiatement. L’eVscope a tout de même l’avantage sur le Stellina de dévoiler plus vite les astres avec son ouverture de f/4, contre f/5 sur le Stellina. Il a également de plus gros pixels, donc plus sensibles : 3,75 µm, contre 2,4 µm. Et bien entendu, il se démarque par son oculaire électronique offrant une expérience immersive.

En plein Paris, l’eVscope (à gauche) parvient à bien dévoiler la galaxie de l’Aiguille, alors que le Stellina est en difficulté dans les même condition, comme le montre l’image d’Andromède à droite. © JL Dauvergne/C&E

Sur les galaxies : eVscope + 1

L’eVscope nous a surpris par ses performances sur les galaxies, même sous un ciel urbain. La galaxie de l’Aiguille, NGC 4565, ressort parfaitement en plein Paris.

Le Stellina est, par contre, très mauvais en ville sur ces cibles et perfectible sous un ciel de campagne en raison de son filtre antipollution lumineuse (CLS). Il bloque un peu plus de la moitié du spectre visible. Ce choix peut se justifier, mais on apprécierait qu’il soit amovible lorsque l’on vise des galaxies ou des amas d’étoiles.

Ces deux nébuleuses ont été photographiées sous un ciel de campagne. À gauche, la nébuleuse du Hibou par l’eVscope. À droite, la célèbre nébuleuse Dumbell par le Stellina. © JL Dauvergne/C&E

Sur les nébuleuses : Stellina + 1

Le filtre du Stellina a tout de même un gros intérêt : il fait des miracles en ville sur les nébuleuses, car il laisse passer la quasi-totalité de leur lumière. Pacman Nebula (NGC281) se montre même en plein Paris. Au contraire, l’eVscope est mis en difficulté en ville sur une cible d’éclat moyen, comme la nébuleuse du Hibou M97. Il s’en sort mieux sur la nébuleuse Dumbbell M27 (voir photos page de droite).

Traitement d’image : Stellina + 1

Sur le Stellina, le traitement d’image est correct en dehors d’une lueur en bord de champ sur certains clichés. C’est dû à la luminescence du capteur, d’autant plus présente qu’il fait chaud. Ce défaut pourrait être corrigé en prenant un “dark” (une image avec un bouchon sur l’instrument) pour le soustraire aux images brutes. Sur l’eVscope, cette opération est possible, et c’est une bonne chose. En revanche, nous avons noté quelques erreurs de traitement automatique avec un fond de ciel parfois très noir, lorsque le pointage est manuel, ou encore un virage au bleu des couleurs en cas de lumière parasite. Par ailleurs, le fond de ciel tend à ne pas être uniforme. Au final, le rendu des images du Stellina est meilleur.

Sur l’eVscope (à gauche), le traitement automatique peut échouer, ici à cause de lumières parasites. Sur le Stellina, l’image en bord de champ est souvent trop lumineuse à cause de l’échauffement du capteur. © JL Dauvergne/C&E

Refroidissement : eVscope + 1

Pour limiter le bruit lors des longs temps de pose, il est utile de refroidir le capteur, car le courant d’obscurité (le signal parasite enregistré dans le noir) diminue de moitié tous les 6 °C. Hélas, ni l’eVscope ni le Stellina ne sont dotés d’un système de refroidissement thermoélectrique. C’est surtout pénalisant sur le second, vu ses ambitions en astrophotographie et son tarif élevé. L’eVscope est moins ambitieux sur ce plan et son capteur situé à l’avant du télescope en prise directe avec l’air peut se refroidir naturellement.

Sensibilité : eVscope + 1

Sur le ciel, les deux instruments ne sont pas égaux. Le Stellina est une lunette de 80 mm, sa surface collectrice est 1,8 fois plus petite que celle de l’eVscope. La quantité d’information récoltée est aussi proportionnelle à la surface du capteur. Or, celui du Stellina a une surface 2,15 fois plus grande que celui de l’eVscope. Si on s’en tient à cela, l’avantage va au Stellina. Seulement dans la pratique, il n’utilise que 55 % à 60 % des images prises pour les additionner, là où l’eVscope parvient à en exploiter la quasi-totalité lorsqu’il n’y a pas de vent. Ajoutez à cela que, sur le Stellina, le filtre bloque environ la moitié du spectre visible. L’eVscope capte 2 à 3 fois plus de photons que le Stellina sur un laps de temps donné.

L’eVscope s’est révélé très efficace pour épingler un objet comme la comète Atlas, vu ici quelques jours avant qu’elle ne se désintègre. Le Stellina, quant à lui, excelle sur les nébuleuses comme ici sur les Dentelles du Cygne. © JL Dauvergne/C&E

Résolution : Stellina + 1

Le Stellina est doté d’un capteur de 6,4 millions de pixels. Ses photos sont donc imprimables. Au contraire, l’eVscope a un capteur de seulement 1,3 million de pixels. Vous devrez vous contenter de les admirer sur un écran ou des tirages petit format. C’est à notre avis le plus gros point faible de cet instrument. Mais pour mettre un capteur plus grand, il faudrait ajouter un correcteur de champ. Le prix serait donc nettement supérieur.

Enregistrement des images : Stellina + 1

Sur le Stellina, les images sont enregistrées en JPEG sur le smartphone, avec une résolution de 1,3 million de pixels. Une prochaine mise à jour prévue pour septembre devrait permettre de les avoir en pleine résolution directement dans le téléphone. Il est en tout cas possible de les récupérer en Tiff via une clé USB, branchée sur l’instrument.

Sur l’eVscope en revanche, pour avoir une sauvegarde de la totalité du champ observé, il faut pour le moment se contenter d’une capture d’écran. L’application elle-même n’enregistre qu’une image circulaire telle qu’on la voit à l’oculaire du télescope en PNG. Avantage au Stellina sur ce point.

Latitude d’utilisation : eVscope + 1

Lors de son lancement, le Stellina ne permettait d’observer qu’une liste limitée d’objets. Ce gros défaut a heureusement été corrigé depuis par des mises à jour logicielles. Il est désormais possible de viser n’importe quel astre aux coordonnées. L’eVscope offre tout de même plus de liberté avec une raquette de commande dans l’application (et les observations peuvent débuter sans même l’avoir initialisé). C’est intéressant pour pointer par exemple la Lune au crépuscule lorsqu’il n’y a pas encore d’étoiles visibles à l’œil nu. Par ailleurs, l’eVscope permet de choisir soi-même le temps de pose et le gain, et ainsi optimiser le résultat en fonction de la pollution lumineuse.

Science : eVscope + 1

L’eVscope offre la possibilité de collaborer à des programmes de science participative en partenariat avec le Seti Institute. Il permet par exemple de suivre des occultations d’étoiles par des astéroïdes. C’est très intéressant, car ce type d’observations est toujours délicat à réaliser. Or les automatismes du télescope simplifient énormément celles-ci et maximisent les chances de succès. Rien de tel sur le Stellina.

Prix : eVscope + 1

Le prix est la question qui fâche, car les deux produits ont vu leur tarif enfler au cours de leur développement. À l’arrivée, Stellina atteint 3 999 €. Il n’est vraiment pas à la portée de toutes les bourses. L’eVscope, lui, est vendu à 2 999 €. Dans les deux cas, ces tarifs peuvent trouver de nombreuses justifications. Acheter séparément un ordinateur, une monture, une caméra, une lunette, un trépied, un logiciel, coûte nettement plus de 2 000 € sans avoir tous les automatismes de ces deux instruments. Par contre, une configuration maison peut être plus performante en choisissant une caméra refroidie et en effectuant un traitement d’image dans les règles de l’art.

Notre conclusion sur le comparatif Stellina vs eVscope

Il ressort de ce face-à-face un score très équilibré entre l’eVscope et le Stellina. Chacun obtient 10 points. On se prête alors à rêver d’un “eV-Stellina”, empruntant ses plus grandes qualités à chacun des deux instruments. Finalement, la bonne question n’est pas tant de savoir quel est le meilleur des deux que de déterminer l’usage souhaité. Le Stellina pousse la simplicité d’utilisation le plus loin et son filtre le rend très intéressant en ville. Il s’adresse donc surtout aux curieux du ciel, aux citadins observateurs débutants ou occasionnels, ou encore des geeks technophiles capables de débourser 3 999 €…

Avec ses nombreuses possibilités de réglage, l’eVscope vise une clientèle un peu plus avertie et a des atouts pour séduire les astronomes amateurs. Bien entendu, il se démarque également par son programme de science participative et son oculaire électronique. Enfin, nous recommandons ces deux instruments pour les clubs. Ils sont pratiques lors de soirées publiques et peuvent être utilisés par de jeunes enfants pour prendre des photos en toute autonomie.

Stellina de Vaonis versus eVscope d’Unistellar : le duel des télescopes 2.0. © JL Dauvergne/C&E

 

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