Observatoire Griffith, en Californie : reportage chez une star d’Hollywood

Panique à l’observatoire, avec Transformers. © Paramount Pictures
Construit dans les années 1930 à Los Angeles, l’observatoire Griffith est depuis utilisé comme décor par le cinéma. Parmi ses apparitions célèbres : La la land, Terminator ou La fureur de vivre.

Véritable icône de Los Angeles, les coupoles de l’observatoire Griffith sont accrochées aux flancs du mont Hollywood. Leur silhouette sombre surplombe la cité des anges et offre une vue imprenable sur les villas de luxe d’Hollywood East ; les studios d’Universal ne sont qu’à quelques kilomètres de là. La vocation première du lieu est la vulgarisation scientifique, mais l’observatoire ne s’est pas moins taillé une part belle dans les castings de cinéma. Vous l’avez forcément déjà aperçu dans un film, mais sans doute n’avez-vous pas réalisé à quel point il s’agit d’un décor récurrent d’Hollywood.

Sous la plus grande des coupoles est installé un planétarium high-tech. Comme tous les jours, du mardi au dimanche, le conférencier campé dans un élégant costume trois-pièces anime une séance sur le thème de l’eau dans l’Univers. Le ton est théâtral : « Si la vie sur Terre est apparue dans les océans, est-ce qu’elle a pu naître ailleurs dans le Système solaire ? » L’instant n’est pas sans en rappeler une scène portée à l’écran soixante-cinq ans plus tôt. Dans La fureur de vivre (Rebel Without a Cause, 1955), le discours était juste un peu plus anxiogène : « Face à la grandeur infinie de l’Univers, les problèmes des hommes semblent triviaux et naïfs. L’existence même de l’humanité est un épisode sans conséquence dans l’histoire de l’Univers. »

Après une séance de planétarium, la célèbre bagarre au couteau de Rebel vithout a cause a lieu sur la terrasse de l'observatoire, avec une vue imprenable sur Los Angeles. © Warner Bros, FilmTourismUs
Aujourd’hui, une statue de James Dean contemple l’observatoire Griffith, où l’acteur a tourné l’un de ses films les plus célèbres en 1955. ©
J.-L. Dauvergne/C&E

Ed Krupp, directeur de l’observatoire de 1974 à 2014, a été témoin de ce rôle de plus en plus important joué par ce lieu au cinéma. Pour lui, le film de Nicholas Ray a marqué un tournant : « C’était la première fois que l’observatoire Griffith jouait son propre rôle dans un film. Sa vocation cosmique a une portée symbolique forte par rapport au thème de La fureur de vivre. C’est pour ça qu’on lui a dédié un monument avec le buste de James Dean. » À l’arrière-plan de celui-ci, les célèbres lettres blanches Hollywood achèvent de planter le décor. Pour qui est un tant soit peu cinéphile, chaque recoin évoque ici le septième art.

Avant même d’arriver, il faut passer un tunnel qui n’est autre que la porte d’accès vers Toontown dans Roger Rabbit, et qui figure aussi dans Retour vers le futur 2. L’observatoire lui-même a servi de modèle pour celui de Springfield dans les Simpsons.

Deux films utilisent le tunnel qui mène à l’observatoire : Retour vers le futur 2 (1989) et Roger Rabitt (1988, ci-dessous).
© FilmTourismUs, Universal Pictures et Touchstone Pictures

« En fait, il est difficile d’établir la liste complète des apparitions de l’observatoire à la télé et au cinéma, tant elles sont nombreuses », note Ed Krupp. On le voit par exemple dans Charlie et ses drôles de dames, Transformers et Terminator (à trois reprises). Dans le premier film, Arnold Schwarzenegger voyage quarante-cinq ans dans le passé pour se matérialiser nu sur son parvis. « Il s’est finalement retrouvé dans le bureau du gouverneur. C’est ça, le pouvoir cinématographique de l’observatoire Griffith », ironise Ed Krupp.

Costume minimal pour Schwarzy quand il se matérialise sur le parvis de Griffith dans Terminator. © Orion Pictures

En fait, le lieu croule sous les demandes de tournage. « Nous en recevons environ une centaine par an, mais nous donnons notre feu vert à seulement un petit pourcentage d’entre elles, témoigne Jennifer Wong, chargée de la communication de l’observatoire. Notre limite est que les tournages ne sont possibles que le lundi, jour de fermeture au public. Notre rôle premier est de vulgariser l’astronomie auprès du plus grand nombre de personnes possible. Cela passe avant tout. » Avec 1,5 million de visiteurs annuels, la fréquentation est comparable à celle de la Cité des sciences, à Paris.

L’observatoire Griffth reçoit même la visite des Simpsons. © 20th Century Fox

L’héritage d’un millionnaire sulfureux

Le lieu a été créé en 1935 sous l’impulsion de l’industriel haut en couleur G. J. Griffith. Il a donné dans les années 1880 une parcelle de 12 km2 à la ville de Los Angeles après avoir fait fortune dans les activités minières. De 1904 à 1906, il purge une peine de 2 ans de prison et suit une cure de désintoxication après avoir défiguré sa femme avec une arme à feu. À sa mort en 1919, il laisse à la ville un héritage de 1,5 M$ pour construire un théâtre grec et un observatoire notamment équipé d’une lunette Zeiss de 305 mm. Avant même d’ouvrir au public, le lieu a fait ses premiers pas au cinéma en 1934 dans The Phantom Empire, une improbable série de douze films mêlant western, comédie musicale et science-fiction.

La dernière grande interprétation de l’observatoire est récente : La la land, en 2016. « C’est le film dont nous sommes les plus fiers depuis La fureur de vivre, indique Ed Krupp. Lorsque j’ai vu une réservation pour un long-métrage appelé La la land, le titre me semblait mince ; je n’y ai pas prêté attention. Mais le jour du tournage, je suis descendu vérifier comment ça se passait. L’action avec Emma Stone et Ryan Gosling était sur le point de débuter, et j’ai pu la suivre sur un large moniteur. La caméra se déplaçait avec beaucoup d’élégance, et la façon de filmer était inhabituelle. J’ai su à ce moment-là que La la land allait devenir un classique. Mais je n’avais pas réalisé alors que, de nouveau, l’observatoire joue son propre rôle comme dans La fureur de vivre, et c’est là qu’il excelle », conclut Ed Krupp.

Dans La la land, Griffith est magnifié. Damien Chazelle a réalisé une séquence mémorable après une journée de tournage marathon de 19 heures — la scène dure 4 minutes dans le film ! Mais l’observatoire n’a pas donné son autorisation pour entrer dans le planétarium. Celui du film, reproduit en studio, est plus petit qu’en réalité. © FilmTourismUs et Summit Entertainment
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