Nouveau : un trésor de cartes anciennes visible en ligne

Cartes établies par E. Schiaparelli durant l’opposition de Mars en 1877.
C’est un trésor : une base de données inédite, rassemblant 2400 cartes des planètes établies depuis l’an 1600, est enfin disponible en ligne. Des canaux martiens de Lowell aux sites d’atterrissage de Venera sur Vénus, en voici quelques pépites.
Henrik Hargitai. © DR

Mers lunaires, montagnes de Vénus, rives martiennes… « La cartographie des astres a débuté en Europe vers 1600 pour s’étendre aux États-Unis et en Union soviétique au XXe siècle, puis plus récemment, au Japon et à la Chine. Aujourd’hui, il y a une telle prolifération d’informations sur les planètes du Système solaire, en provenance d’une multitude d’institutions, qu’il est devenu difficile de s’y retrouver pour le chercheur ou le simple citoyen. Une base de données commune était nécessaire », explique Henrik Hargitai.

Cet astronome de l’université de Budapest (Hongrie) s’est donc mis en tête de produire l’atlas des cartes planétaires le plus complet jamais réalisé. « Dès 2001, j’ai commencé à archiver toutes les cartes que je trouvais, raconte-t-il. J’ai rapidement créé un site internet que j’ai peu à peu enrichi de cartes de la Nasa (quand je travaillais pour l’agence américaine), de cartes collectées par des collègues... Dès que je me trouvais dans une ville dotée d’un centre de cartographie, je prenais notes et photos. Ma position de président de la commission sur la cartographie planétaire au sein de l’International Cartographic Association m’aide aussi beaucoup ! »  

Fruit de ce travail de bénédictin, le Digital Museum of Planetary Mapping est disponible en ligne. Si vous cherchez une carte précise, vous pourrez entrer son nom dans le champ recherche. Sinon, l’ensemble des données peut être filtré par auteur, par année, par pays, par type, par échelle ou par corps céleste.

La Lune, de Thomas Harriot au Lunokhod

Si les représentations anciennes de la Lune vous passionnent, vous apprécierez de pouvoir contempler (et télécharger !) ce qui est sans doute la toute première carte de la Lune réalisée d’après une observation à la lunette. On la doit à l’astronome et mathématicien anglais Thomas Harriot, et elle date du 26 juillet 1609, soit quatre mois avant que Galilée ne vise lui-même notre satellite avec sa propre lunette.

Ce dessin de la Lune par Harriot, qui mesure environ 15 cm date du 26 juillet 1609. La mer des Crises est représentée
en haut du croquis, au-dessus du terminateur. Source : courtesy of Ton Lindemann
Cette seconde carte n’est pas datée, mais elle a probablement été réalisée entre 1610 et 1613.
On y voit de nombreux cratères, que l’astronome a pris soin de numéroter. Source : courtesy of Ton Lindemann

Faisons un bond dans le temps de près de deux siècles avec ce portrait de la Lune réalisé par John Russell. Le célèbre peintre anglais, amateur d’astronomie, a patiemment peint la face visible de la Lune, avec l’aide de sa fille. Un travail qui lui prit vingt ans et qui fut salué par les scientifiques de son temps comme la plus fidèle représentation de la Lune. Notamment son ami William Herschel, qui lui avait fourni le télescope nécessaire aux observations.

The Face of the Moon (1793-1797) par John Russell.

Dans le genre vintage, n’oubliez pas non plus d’aller admirer la Carte générale de la Lune réalisée par Lecouturier et Chapuis en 1860 et citée par Jules Verne dans « Autour de la Lune » — l’une des premières cartes portant une nomenclature en français ! Ou encore la première carte complète de notre satellite, établie en vue de l’assemblée générale de l’Union astronomique internationale de Prague en 1967.

Carte générale de la Lune, réalisée par les Français Lecouturier et Chapuis (1860). Courtesy Ton Lindeman

Autre perle lunaire : ce tracé de Lunokhod 1, le premier rover téléguidé depuis la Terre à s’être posé sur une surface extraterrestre. Une première historique signée des Soviétiques.

Le trajet du rover russe Lunohkhod 1 à la surface de la Lune.

40 % de cartes martiennes

Sur ce musée numérique, les cartes lunaires comptent pour 46 % de toutes les cartes. Celles de Mars, pou 40 %. Parmi elles, une belle collection de cartes de Giovanni Schiaparelli, l’astronome italien qui, en 1877, reporta la découverte de structures allongées qu’il nomme « canali » (chenaux), terme traduit ensuite par « canaux », donnant ainsi naissance au mythe des canaux martiens

Légende
Cartes établies par Schiaparelli durant l’opposition de Mars en 1877.

Au tout début du XXe siècle, l’Américain Percival Lowell, fervent partisan de l’existence des canaux martiens, les représenta sur ses propres cartes. Elysium, Xantius, Typhon ou encore Daphne, il prit soin de baptiser chacun d’entre eux !

Mais en 1909, sous l’œil d’Eugène Antoniadi, qui observe la planète rouge avec la grande lunette de l’observatoire de Meudon (alors le plus grand instrument en Europe), les canaux de Mars sont relégués au rang de mythe.

Avec cette « Carte générale de la planète Mars, d’après les observations faites en 1909 au grand équatorial de l’observatoire de Meudon,
par M. E.-M. Antoniadi », Mars commence à prendre le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.

Pour que le visage de Mars se précise encore, il faudra bien sûr attendre son exploration par les sondes spatiales et le programme Mariner de la Nasa. Lancée le 30 mai 1971, Mariner 9 est le premier vaisseau à se satelliser autour d’une autre planète. L’orbiteur envoie des images d’une résolution sans précédent. C’est avec Mariner 9 que le monde entier découvre notamment le volcan Olympus Mons ou le canyon Valles Marineris (baptisé ainsi en l’honneur de la sonde). Avec les photos obtenues, les chercheurs de la Nasa réalisent les premiers globes réalistes de la planète Mars.

Au California Institute of Technology, Earl Zimmerman, spécialiste de photographie, passe huit mois
à coller des clichés de Mariner 9 sur un globe martien géant. © Nasa/Caltech
Grâce aux images de Mariner 9, la surface de Mars se dévoile peu à peu. © Nasa/Caltech
Le chercheur Elmer Christensen (à droite) pointe la dernière pièce collée
sur ce premier globe martien réalisé avec de vraies photos de la planète.
À gauche se tient Edwin Pounder, le directeur scientifique de Mariner 9. © Nasa

Les cartes des autres corps planétaires sont, quant à elles, bien plus rares : Mercure est trop proche du Soleil, Vénus, trop couverte d’atmosphère, les satellites des géantes, trop lointains pour que les astronomes des siècles derniers aient pu les découvrir en détail à la lunette. Malgré tout, Henrik Hargitai a su dénicher quelques belles pièces.

L’ellipse de Mercure, les mers de Vénus

Ainsi, cette représentation de Mercure par Percival Lowell. L’astronome américain relève que la planète est « couverte de longues structures étroites, sans doute formées à mesure qu’elle s’est refroidie » et qu’il s’agit d’un monde « aussi mort que ne l’est la Lune ». Sur cette carte, la planète a une forme oblongue, car il la voyait non comme un corps sphérique, mais comme un « ellipsoïde ».

À la fin du XIXe siècle, l’Américain Percival Lowell pensait que Mercure était aplatie aux pôles. Il la considérait comme
« un monde aussi mort que la Lune, mais amené différemment à cette condition ».

Avec les observations menées depuis le Pic du Midi dans les années 1940, la physionomie de Mercure se précise. Respectivement en 1942 et en 1950, les Français Bernard Lyot et Audoin Dollfus dessinent ce qu’ils découvrent à l’œil des télescopes de 90 cm et de 1,50 m de diamètre installés à l’époque au sommet :

Dessins de Marcure réalisés par Bernard Lyot, d’après ses observations au télescope de 90 cm du Pic du Midi.

À la même époque, les instruments du Pic du Midi sont également utilisés, toujours par Bernard Lyot notamment, pour observer et dessiner les satellites galiléens :

Les satellites de Jupiter observés dans les années 1940 par Lyot, Camichel et Gentili, comparés aux dessins d’Antoniadi (en haut).

Vous cherchez de vieilles illustrations de Vénus ? Le musée numérique recense ce beau planisphère établi par Francesco Bianchini en 1728. Comme ses contemporains, l’astronome italien pensait voir des structures de surface, qu’il dénommait « mers », à l’image des mers lunaires.

Carte de Vénus établie au XVIIIe siècle.

Un siècle et demi plus tard, Percival Lowell était encore persuadé de distinguer des structures de surface, comme le montre cette carte, établie en 1897 et constellée de nomenclatures savoureuses. 

En 1897, Percival Lowell baptise les formations qu’il croit voir à la surface de Vénus. Courtesy Tom Lindemann

S’il compte de magnifiques antiquités, cet atlas virtuel recense également toutes les cartes établies grâce aux sondes spatiales au fil de leurs explorations, des plus anciennes aux plus récentes. « Nous comptons prochainement y inclure toutes les cartes accompagnant les articles dans les revues scientifiques, mais cela va prendre encore un peu de temps, car cela demande un travail considérable », annonce Henrik Hargitai. En attendant, il y a largement de quoi faire avec la collection d’ores et déjà disponible. À vous de dégoter vos pépites.

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