Mars One en faillite ou en retard ?

Le projet spatial qui envisage d’envoyer des humains coloniser la planète rouge est placé en liquidation judiciaire. Voilà qui devrait signer la fin de cette mission aussi médiatisée que controversée. Mais un mystérieux nouvel investisseur pourrait relancer l’aventure.

Mars One a-t-il été enterré un peu trop vite ? On apprenait lundi 11 février, grâce à un utilisateur de reddit (site communautaire fonctionnant via le partage de liens), que l’entreprise Mars One Ventures AG a été placée en liquidation judiciaire par un tribunal suisse le 15 janvier 2019.C’est le bras économique du projet Mars One, lancé en 2012 et piloté par la fondation du même nom, qui se démembrait. Celui censé dénicher 6 milliards de dollars pour envoyer des humains vivre sur la planète rouge à très brève échéance (premier départ initialement prévu pour 2024, reprogrammé pour 2031). Tombé à l’eau. Ou dans le vide.

Un communiqué de presse publié sur le site de la fondation le 11 février en toute fin de journée (et effacé depuis) indiquait toutefois que Bas Lansdorp, directeur de la fondation, était en pourparlers avec un investisseur pour, peut-être, sauver le vaisseau. Et que cela n’allait affecter en rien le travail de la fondation, qui continuerait à sélectionner les candidats au grand départ. avant de les entraîner, à temps plein, pendant de nombreuses années. Bas Lansdorp est l’ingénieur néerlandais qui a eu cette idée (folle ?) d’envoyer 20 humains, par groupes de quatre personnes tous les deux ans, jusqu’en 2032 (selon l’agenda initial), pour un voyage sans retour jusqu’à Mars. Une mission suicide régulièrement qualifiée d’« arnaque » par les médias (lire notre article du Ciel & espace n°517, juin 2013)

Un million d’euros de déficit

Suite à cette nouvelle, nombre d’articles de presse ont d’emblée inscrit Mars One dans leur rubrique nécrologie. À vrai dire, Ciel & espace s’apprêtait à faire de même jusqu’à ce nouveau communiqué de presse, publié mardi 12 février en milieu de journée, indiquant qu’un nouvel investisseur a été trouvé pour remettre le projet à flot. Il faudra patienter jusqu’au 6 mars pour découvrir son identité. D’ici là, aucune information supplémentaire ne sera apportée. Le communiqué nous apprend néanmoins que la justice du canton de Bâle a confirmé en appel, le 5 février 2019, le placement en liquidation de Mars One Ventures AG qui dispose d’un délai de 30 jours pour trouver la solution qui stoppera le processus. Par exemple, ce mystérieux investisseur.

L’entreprise affiche par ailleurs un déficit d’un million d’euros et son enregistrement auprès de la bourse de Francfort étant entaché d’irrégularité, le commerce de ses parts en bourse a été suspendu. Une régularisation était en cours lorsqu’est intervenue la décision judiciaire.

Le business plan du nouvel investisseur reposera toujours, d’après le communiqué, sur la stratégie initiale de création de contenus en continu et « sous tous les angles », puis de la vente de ces documentaires et émissions de téléréalité censées suivre au plus près la préparation physique et mentale des candidats.

Un « traitement médiatique pas neutre »

Et des candidats, il y en a eu beaucoup. L’appel lancé en 2013 a été entendu par 202 586 personnes à travers le monde. Un tout premier écrémage a permis de retenir 1058 candidats début 2014, jusqu’à arriver en 2015 à 100 candidats — dont un seul Français, Jérémy Saget. Lucide, ce médecin, père de trois enfants, nous écrit que « la première clé d’entrée en action est bien d’ordre financier et que le cercle vertueux n’a ici pas encore été enclenché ». Il déplore au passage un « traitement médiatique pas neutre, posant les bonnes questions, mais s’avérant trop souvent partial, incomplet, simpliste, attendu et biaisé, contribuant à décourager certains investisseurs, parfois même après leur engagement, entravant ainsi la juste nécessité de montrer la pertinence et le sérieux du projet par les actes et les premières réalisations ». 

Florence Porcel, youtubeuse et auteure de livres de vulgarisation sur l’espace, avait elle aussi tenté sa chance pour obtenir un aller simple pour Mars, et passé plusieurs filtres avant, finalement, d’être éliminée. Même si elle n’a « jamais cru pouvoir aller un jour sur Mars », l’ex-candidate ne regrette pas sa participation à la sélection. « Cela m’a permis de me poser tout un tas de questions éthiques, juridiques, pragmatiques. Par exemple, comment gérer une montre sur place alors que les journées sont de plus de 24 heures ? Et puis cela a nourri la BD que j’ai écrite ensuite. » Si elle n’a au final pas perdu son temps, d’autres s’interrogent sur la faisabilité d’un projet qui ne devait reposer que sur des technologies existantes et qui a déjà englouti plusieurs millions d’euros (financés en partie par crowdfunding).

Une mission impossible

À cet égard, Mars One se prévaut d’études menées par l’entreprise Lockheed Martin et Paragon Space Development Corporation https://www.mars-one.com/about-mars-one/suppliers/paragon-space-development, mais des ingénieurs du prestigieux MIT avaient passé leur programme au crible. Conclusion : le coût est sous-évalué, l’agenda précipité. Et quand bien même cela aboutirait, le premier humain à mettre le pied sur Mars mourrait au bout de 68 jours. Bref, une mission impossible. Dont l’intérêt, à croire Jérémy Saget, ne réside pas tant dans la réalisation — ça tombe bien… — que dans « le focus mis sur la véritable clé des problématiques des missions habitées vers Mars : les ressources humaines à travers la psychologie des équipages, et leur préparation dès à présent ». Lui se tient prêt. Sans y croire tout à fait.

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