Lutte contre le Covid-19 : les initiatives solidaires des astronomes

Face à la crise sanitaire, les astronomes se mobilisent. Dès le début du confinement, des actions de solidarité ont été lancées spontanément par le personnel des laboratoires, pour répondre aux besoins urgents de matériel de protection.

Avoir la tête dans les étoiles n’empêche pas la solidarité. Dons de masques et de désinfectants, fabrication de visières et de valves de respirateur : les initiatives des astronomes se sont multipliées depuis le début de l’épidémie. Au laboratoire « Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales » (LATMOS) de Guyancourt par exemple, équipé de matériel de salles blanches, il a rapidement été décidé de donner son stock aux soignants, considérant qu’ils étaient prioritaires. « On est allé voir directement les hôpitaux les plus proches pour ne pas perdre de temps. Les besoins étaient urgents. Nous avons eu de la demande tout de suite », raconte Frédéric Ferreira, responsable du département mécanique au LATMOS.

Un stock de visières créées en impression 3D par le LATMOS. © LATMOS

L’observatoire de Paris a fait de même. Et ses masques ont également tout de suite trouvé preneur, indique Vincent Coudé du Foresto, directeur du LESIA : « Au début du confinement, le peu de matériel qui existait était diffusé via les services d’État. Mais certaines organisations non gouvernementales comme Médecins du Monde n’avaient aucune livraison de masques. » C’est donc vers eux qu’est allé le premier geste de solidarité de l’observatoire de Paris.

Cette pénurie de masques, l’observatrice solaire du LESIA, Florence Cornu, l’avait anticipée dès la mi-janvier 2020. « Des amis en Chine m’ont dit : “Fais attention, même si chez vous c’est pris à la légère, ici c’est très sérieux…” J’ai été choquée, parce qu’en France on avait pas du tout ce discours », raconte-t-elle. Alertée, elle est allée voir sa pharmacie : celle-ci n’avait pas de masques. Elle a donc cousu des masques gratuitement et sur son temps libre, en priorité pour des amis en chimiothérapie, puis pour d’autres : « J’en ai fait ensuite pour des amies sages-femmes qui n’avaient pas du tout de masques, pour l’équipe de la pharmacie, pour ma famille… »

Plus tard, en regardant un reportage sur les malentendants, Florence Cornu comprend les difficultés à communiquer des personnes habituées à lire sur les lèvres. Sensible à la cause, elle décide de fabriquer un prototype de masque transparent : « Je l’ai envoyé à un collègue de l’observatoire qui s’occupe d’une association de malentendants, et j’ai fait un tuto pour que les gens puissent fabriquer eux-mêmes leur masque », explique-t-elle.

Un masque spécialement conçu pour les malentendants. © Florence Cornu

Du côté des laboratoires, plusieurs équipes du CNRS disposant d’ateliers de fabrication – les fameux « fablabs » – ont cherché à adapter leur outil de travail pour aider les hôpitaux. Habituellement destinées au prototypage rapide, les imprimantes 3D du LATMOS ont été ainsi reprogrammées pour fabriquer des visières de protection. « C’est assez rapide à faire, on est en à une vingtaine par jour », explique Frédéric Ferreira. Les visières sont imprimées la nuit, et chaque jour, Fabrice Quenault, seul membre autorisé par dérogation à accéder à l’atelier, est chargé de récupérer, d’emballer et de livrer la production. « Les visières ont été distribuées dans différents hôpitaux, dans des EHPAD, des cabinets médicaux et des crèches », dit-il.

Le LATMOS n’a pas été le seul laboratoire à se lancer dans la fabrication de visières. À l’autre bout de la France, Christophe Bailet, qui travaille à l’observatoire de la Côte d’Azur, a mené une initiative similaire, écrit le journal Nice Matin.

Au LATMOS et à l'observatoire de Paris, l'impression 3D a permis de créer des adaptateurs pour masques Décathlon. © LATMOS

Outre les visières, le LESIA et l’observatoire de Paris ont fabriqués des valves : ce sont des pièces de raccord pour transformer les masques de plongée Décathlon en substitut de respirateur. « On a regroupé cinq imprimantes 3D qui tournaient en continu pour fabriquer des embouts. Les Italiens qui ont développé cette méthode ont publié leurs plans, et beaucoup de gens se sont mis à en fabriquer », raconte Vincent Coudé du Foresto. Le LATMOS, lui, a équipé en valves l’hôpital de Trappes, qui a dans le même temps reçu un don de masques Décathlon.

Panoplie d'équipements créés en 3D (masque excepté). © LATMOS

En attendant le déconfinement, les laboratoires restent quasi vides. Au LESIA, l’observation du Soleil a connu sa deuxième interruption en 112 ans. La première date de mai 1940 et n’avait duré qu’une semaine. Florence Cornu ne cache pas son impatience de retourner observer notre étoile, d’autant plus que le ciel est souvent dégagé en cette saison. Pour le moment, elle est chargée d’archiver les observations passées : un travail de fourmi. De quoi étudier le Soleil par procuration, faute de mieux.

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