Le journal de bord de Thomas Pesquet (22)

Thomas Pesquet en scaphandre de sortie extravéhiculaire. ©Nasa
Chaque mois, l'astronaute Thomas Pesquet raconte les coulisses de son entraînement aux lecteurs de « Ciel & Espace ». Découvrez le quotidien de celui qui s'apprête à vivre six mois sur orbite à bord de la station spatiale internationale (ISS) et deviendra en novembre 2016 le dixième Français à voler dans l'espace.

Épisode 22 : Chambre à vide et sacs pleins

« En avril, j'ai fait mon baptême du vide. J'ai testé pour la première fois le scaphandre EMU dans des conditions spatiales, à l'intérieur d'une chambre à vide du Johnson Space Flight Center (Houston).

Le but était de me familiariser avec certains dispositifs du scaphandre américain que je ne peux pas tester pendant les simulations en piscine. Par exemple, ses deux petites soupapes, qui permettent de faire fuiter un peu d'air vers l'extérieur, et donc de créer une petite circulation dans le scaphandre — c'est parfois nécessaire lorsqu'il fait trop chaud à l'intérieur.

Ou encore le branchement par « cordon ombilical » avec la station, qui fournit au scaphandre puissance électrique et oxygène pendant tout le temps que nous passons dans le sas, avant et après une sortie dans l'espace.

Paliers de décompression et séance de cinéma

La préparation avant une sortie est très longue. Il faut vérifier méticuleusement le scaphandre, ce qui prend environ deux heures, et ensuite, dans le sas, il faut patiemment passer des paliers de décompression, avant de sortir dans le vide, ce qui est encore plus long !

Dans la station spatiale internationale, la pression ambiante est de 1 atmosphère. Et l'air, comme sur Terre, est composé d'abord d'azote, puis d'oxygène. Dans le scaphandre, la pression n'est plus que de 0,4 atmosphère, mais il s'agit d'oxygène pur. Le rôle des paliers est de purger lentement notre sang de son azote, simplement en respirant. Si l'on faisait diminuer rapidement la pression dans le scaphandre, l'azote dissous dans notre sang pourrait faire des bulles !

Pendant toute cette phase, dans mon scaphandre suspendu au plafond (il fait 150 kg donc impossible sur Terre de le porter !), j'ai regardé un film pour passer le temps : Seul sur Mars, avec Matt Damon. Lorsque finalement je suis arrivé à 0,4 atmosphère de pression, avec le vide hors du scaphandre, rien n'avait changé... sauf ma voix ! Eh oui : les vibrations des cordes vocales ne produisent pas le même son dans une atmosphère raréfiée.

Tout fonctionne parfaitement ! © Nasa

Pour bien réaliser que j'étais dans le vide, j'ai fait deux expériences. La première a consisté simplement à observer un verre d'eau posé à côté de moi dans la chambre à vide. J'ai vu l'eau bouillir à 17°C (la température de la pièce). C'était très étrange. La seconde expérience était encore plus spectaculaire. J'avais une bille de plomb et une plume, je les ai lâchées en même temps : elles sont tombées à la même vitesse ! Comme l'avaient compris Galilée et Newton, c'est bien l'air qui freine la plume dans sa chute.

Lorsque je serai en orbite, j'aurai aussi l'occasion de faire quelques expériences amusantes. Mais je ne vais pas non plus charger mes bagages de plumes et de billes de plomb (ce qui, en apesanteur, ne servirait à rien...) !

Mes valises sont prêtes !

D'ailleurs, mes valises sont déjà faites. Dans le jargon de la Nasa, on parle de CTB, pour Crew Transfer Bag. J'ai droit à un CTB, ce qui représente un peu plus que le volume d'une valise cabine d'avion. Mon CTB est composé d'un kit « communication » et d'un kit d'affaires personnelles.

À l'intérieur, il y a des poupées, des tee-shirts, des patchs, liés à la communication de l'ESA autour de la mission, un drapeau français, des symboles de la Normandie et de la ville de Rouen, d'où je viens. J'emporte l'accord signé de la COP21 que m'a donné le président de la République, les éditions complètes de Saint-Exupéry dans la Pléiade, car c'est un auteur que j'ai beaucoup lu et que je relirai en orbite.

J'emporte bien sûr « De la Terre à la Lune », de Jules Verne. Et j'emporte aussi des objets symboliques qui ont beaucoup de sens pour moi : ma ceinture noire de judo, mon insigne de poitrine et mes galons de pilote d'Air France, un polo de ma promotion de Supaéro, ma maquette d'A320, un tee-shirt des San Antonio Spurs (un clin d'œil à Tony Parker). Il y aura aussi quelques surprises, liées au sport, et j'emporte de quoi faire quelques blagues à mes camarades de promo astronautes de l'ESA, les Shenanigans. C'est une tradition chez nous qui ne doit pas se perdre !

Tout ce que je viens de citer, et bien d'autres choses plus personnelles comme bien sûr des photos de famille, est déjà parti pour les États-Unis. Ces « valises » s'envoleront pour la station spatiale avant l'équipage, à bord d'un cargo automatique.

Il me reste un kilo et demi de bagages à faire, que j'emporterai avec moi dans le Soyouz. Je vais emporter quelques bijoux pour ma compagne, une montre pour mon frère, peut-être une pour moi, un fragment de météorite martienne que m'a confié la Cité de l'Espace, et d'autres objets que je n'ai pas encore choisis. Jusqu'au bout, le choix sera difficile : un kilo et demi, ça ne fait pas lourd ! »

 

Découvrez l’épisode 23 : Cinq sur cinq

Découvrez les autres épisodes du journal de Thomas Pesquet.

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