Le journal de bord de Thomas Pesquet (21)

L'astronaute Thomas Pesquet deviendra en novembre 2016 le dixième Français à voler dans l'espace. Chaque mois, il raconte les coulisses de son entraînement aux lecteurs de « Ciel & Espace ». Découvrez le quotidien de celui qui s'apprête à vivre six mois sur orbite à bord de la station spatiale internationale (ISS).

Épisode 21 : Dans la centrifugeuse

« Ces dernières semaines, j'ai passé l'essentiel de mon temps à la Nasa, à Houston, et à Cologne, au Centre d'entraînement des astronautes européens. Au programme : quelques séances de simulation sur le bras robot, le test des gants de mon scaphandre EMU, des prises de sang (désormais je me les fais moi-même), la dissection d'une vingtaine de souris, deux IRM, diverses mesures physiologiques qui seront comparées à d'autres après mon vol, et un peu de centrifugeuse !

Tournez, manège

La centrifugeuse, j'aime bien. C'est marrant. Assez comparable à un manège, en fait. Les astronautes européens utilisent principalement celle de la Cité des étoiles, lors de leur entraînement au pilotage du Soyouz, mais aussi celle de l'ESA, qui est située à Cologne dans les locaux de l'agence spatiale allemande, la DLR.

Cette centrifugeuse est utilisée pour des études scientifiques, notamment sur les astronautes à leur retour de mission dans l'espace. On cherche à savoir comment les fluides se répartissent dans le corps lors d'un long séjour en apesanteur, et s'ils sont responsables de certains troubles que ressentent les astronautes — parfois, une perte partielle de la vision. C'est la centrifugeuse de Cologne que j'ai pratiquée le mois dernier [voir vidéo ci-dessous, NDLR], et je sais déjà que j'y referai quelques tours le jour même de mon retour sur Terre.

 

Supporter 9 fois son poids

À la Cité des étoiles, la centrifugeuse est utilisée pour reproduire les accélérations que nous subirons dans le Soyouz, au décollage et pendant la rentrée dans l'atmosphère. Généralement, l'entraînement commence par une simple familiarisation : dans la centrifugeuse en mouvement, on nous demande de lire des affichages, de retenir des séquences de chiffres, de déclencher des communications radio.

Le but est de vérifier que nous restons en possession de nos moyens, sous des accélérations de plus en plus grandes. Jusqu'à 9 g (on pèse alors 9 fois notre poids) ! À ces accélérations, on a le visage déformé, et il faut bloquer sa cage thoracique pour ne pas qu'elle s'écrase. Mais ce n'est pas vraiment le plus difficile. Ce qui est délicat, c'est de simuler une rentrée atmosphérique du Soyouz en pilotage manuel...

Roulades et pilotage

Théoriquement, le retour de la capsule Soyouz sur Terre se fait en pilotage automatique. Dans ces conditions, les variations d'accélération sont bien maîtrisées. Il y a peu de « coups de frein » (ils dépendent essentiellement de la structure de l'atmosphère lors du retour, et on peut en fournir un modèle au Soyouz).

En pilotage manuel, c'est une autre affaire : le freinage et ses à-coups dépendent directement des manœuvres du pilote ! Or sous 4 g, l'accélération moyenne quand tout se passe bien, le pilotage n'est pas si évident. Surtout que le Soyouz ne se manœuvre pas comme un avion. Résultat : en pilotage manuel, on subit des accélérations qui varient tout le temps, ce qui pour le coup est éprouvant. On a constamment l'impression de faire des roulades !

Je crois bien que personne n'est jamais rentré de l'espace en pilotage manuel avec le Soyouz. Et je pense que pas mal d'astronautes préféreraient encore revenir sur Terre en mode balistique [c'est-à-dire lancés sur une trajectoire définie à l'avance par les lois de la gravité mais sans aucun contrôle ensuite, NDLR], comme a dû le faire ma coéquipière Peggy Whitson en 2008. Cela dit, quitte à rentrer en pilotage manuel, autant être aux commandes. Au moins, on est concentré sur quelque chose ! J'ai fait de la voltige, et je sais qu'un passager est toujours cent fois plus malade qu'un pilote... »

 

Découvrez l’épisode 22 : Chambre à vide et sacs pleins

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