Jumelles Omegon 2,1x42 : des « yeux de hibou » au banc d’essai

Les jumelles Omegon 2,1x42
Un type nouveau de jumelles surnommé « yeux de hibou » — grand diamètre, faible grossissement — fait sensation pour observer la Voie lactée. Nous avons testé le récent modèle de la marque Omegon et l’avons comparé aux jumelles Kasai et Vixen, testées en mars 2017. Avec des résultats surprenants, au regard des écarts de prix …

Qui n’a jamais rêvé d’avoir la nuit des yeux de hibou ? C’est la promesse de jumelles d’un genre nouveau, se contentant d’un grossissement de l’ordre de 2x. Il est si faible qu’il donne la sensation d’observer à l’œil nu, mais avec une quantité de lumière multipliée par 4 !

Ce type de jumelles ne s’adresse pas à l’observateur débutant. Il est préférable de faire ses premières explorations célestes avec de jumelles 10x50. Les “yeux de hibou” sont complémentaires de ces jumelles plus classiques, et deviennent particulièrement intéressants lorsque l’on a l’occasion d’aller observer sous un ciel sombre avec une Voie lactée bien visible.

Nous avons eu l’occasion d’utiliser les jumelles Omegon 2,1x42 au Chili, sous l’un des ciels les plus purs de la planète. La vision de la région du Scorpion proche du zénith est superbe. Les amas stellaires M6 et M7, au-dessus la queue du Scorpion, sont résolus en étoiles. Il s’agit de deux des plus beaux amas ouverts du ciel, mais l’œil nu ne permet pas de les résoudre. L’ensemble de la Voie lactée se transforme en un fourmillement d’étoiles, et les nuages sombres comme le Sac à Charbon ressortent avec un bien meilleur contraste qu’à l’œil nu. L’image donne le vertige.

Comme la lunette de Galilée

La formule optique est atypique. Elle est identique à celle de la lunette de Galilée, avec un objectif convergent et un oculaire divergent. L’image est ainsi redressée sans utiliser de prismes. Tous ces produits adoptent la même combinaison optique, et la qualité d’image en bord de champ n’est pas bonne, comme nous l’avions vu lors du test des jumelles Vixen SG 2,1x42 contre les Kasai WideBino 2,3x40, dans notre numéro de mars/avril 2017 (Ciel & Espace n°552).

De gauche à droite, les Kasai, les Vixen et les Omegon.

Ces défauts en bord de champ ne sont pas pénalisants, car à l’usage, on prend vite le pli d’observer en bougeant la tête, plutôt que de déplacer son regard dans le champ. Certains astronomes amateurs ont même fabriqué des supports pour utiliser ce type de jumelles comme des lunettes de vue. Autre particularité de la formule de Galilée : le champ de vision dépend de la distance entre l’œil est l’oculaire ; plus l’œil est proche du verre, plus le champ est grand.

Excellent niveau de finition

L’aspect de ces jumelles Omegon est très semblable à celui des Vixen. Les deux produits semblent à l’évidence être conçus par le même fabricant. Et pourtant, sur les Vixen, on trouve la mention “made in Sendai” (au Japon donc), et sur les Omegon “made in RPC” (Chine). Les Omegon seraient-elles une copie conforme des Vixen ? C’est possible, mais peu probable.

Certains fabricants japonais ont des usines dans les deux pays ; cette hypothèse est plus plausible. À moins qu’il y ait un sous-traitant commun pour la partie mécanique, et dans ce cas, les optiques peuvent différer. Les marques étant peu bavardes sur leurs fournisseurs, il nous est difficile de trancher. La seule certitude, c’est que malgré les similitudes frappantes, les deux produits n’ont pas la même provenance.

On retrouve néanmoins les mêmes qualités mécaniques : le métal domine et la finition est soignée. La mise au point se fait sur chaque œil en tournant une bague souple et sans jeu. Le réglage d’écartement est lui aussi agréable. La conception métallique est un bon point. Revers de la médaille, le contact du métal sur les mains par une nuit froide ne sera pas toujours apprécié. Prévoyez des gants.

Une excellente neutralité des couleurs

Quid des performances optiques ? Il faut savoir que lorsqu’une marque ne fabrique pas elle-même ses jumelles et s’adresse à un fournisseur, elle a la possibilité de choisir des « options ». Une sérigraphie ou un habillage personnalisé par exemple, mais aussi des variantes sur les traitements optiques. La similarité entre les deux produits n’est donc pas suffisante pour conclure qu’ils auraient les mêmes performances. Nous avons justement noté quelques différences.

La qualité d’image au centre du champ est légèrement inférieure à celle des Vixen. Dans le cas des Omegon, la définition de l’image est voisine de celle de l’œil alors qu’elle est un peu plus fine à travers les Vixen. La nuance est visible sur le banc optique, mais plus difficile à noter à l’œil. Les microcontrastes sont mieux préservés à travers les Vixen. Sur ce plan, les Kasai étaient nettement en retrait.

Ci-dessous notre mire en référence en limitant la pupille de sortie à 7mm (la taille de la pupille de notre oeil la nuit).

Nous avons mesuré la luminosité de chacune de ces jumelles en utilisant un laser vert et un radiomètre (un instrument capable de mesurer les flux lumineux). À travers les Vixen, 88% de la lumière passe, et dans les Kasai 87%. Du côté des Omegon, nous avons relevé 91%. C’est un très bon résultat dans l’absolu, et il est supérieur à la concurrence.

Nous avons également évalué la neutralité des couleurs. Ce paramètre n’est pas critique de nuit, mais il nous indique si la transmission de lumière est semblable dans le bleu et le rouge à ce qu’elle est dans le vert. Lors de notre test de 2017, le résultat était satisfaisant chez Vixen et Kasai, mais sans atteindre la perfection avec une dominante jaune. Rien de tel avec les Omegon : la neutralité des couleurs est proche de la perfection avec une dominante rosée négligeable.

Ci-dessous les dominantes colorées à travers chacune des jumelles. Les couleurs sont accentuées. 

Bon rapport qualité/prix

Notre précédent test avait démontré de façon nette la supériorité des jumelles Vixen (299 €) sur les Kasai (159 €), justifiant la différence de prix. L’arrivée des Omegon chamboule ce classement. Les Vixen l’emportent sur la finesse des images, mais les Omegon ont un traitement optique plus performant leur permettant d’avoir une transmission de lumière plus élevée et une meilleure neutralité des couleurs.

Le bras de fer entre les deux produits est donc équilibré, mais les jumelles Omegon l’emportent côté tarif, avec seulement 179 €. Sans surprise, la fabrication chinoise est compétitive face à la fabrication japonaise, mais on serait en droit d’attendre des performances un cran plus élevé chez les Vixen pour justifier leur prix.

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