Jeff Bezos vole au secours du programme lunaire américain

Crédit : Blue Origin
Le milliardaire américain a dévoilé le 9 mai le module lunaire conçu par sa société Blue Origin. L’engin imposant pourrait permettre à la Nasa d’atteindre le but affiché récemment par le vice-président Mike Pence : déposer des astronautes sur la Lune avant la fin de 2024.

Le 26 mars 2019, le vice-président des États-Unis Mike Pence avait indiqué l’objectif de la Nasa : faire marcher des astronautes sur la Lune avant la fin de 2024. Mais depuis cette annonce aux accents « kennediens », l’agence spatiale américaine cherchait toujours comment réussir ce pari ambitieux. Notamment, selon Jim Bridenstine, son administrateur, elle aurait dû faire une proposition de budget dès le 15 avril. Or, le 8 mai, lors d’une audition du sous-comité à l’exploration spatiale, des officiels avaient laissé entendre qu’il faudrait encore patienter jusqu’aux alentours du 20 mai 2019…

Le patron de la société Blue Origin, Jeff Bezos (aussi propriétaire d’Amazon et du Washington Post), a probablement apporté une aide substantielle à la Nasa le lendemain, le 9 mai, en dévoilant, lors d’une présentation publique, la maquette grandeur nature de son atterrisseur lunaire appelé Blue Moon. Seul sur scène, Jeff Bezos a fait tomber le rideau sur un engin aux dimensions impressionnantes qui, selon lui, sera capable de transporter, selon les versions, de 3,6 à 6,5 tonnes à la surface de la Lune.

Le fruit de trois ans de conception

Même s’il a donné peu de précisions sur le Blue Moon, Jeff Bezos a indiqué que Blue Origin avait travaillé à sa conception depuis trois ans, laissant entendre que l’engin d’une quinzaine de tonnes, carburant compris, n’est pas qu’une maquette vide. Fidèle à la philosophie qu’il a initié pour Blue Origin, Jeff Bezos se pose en transporteur. Son module lunaire est doté d’un pont supérieur d’une grande simplicité qui doit lui permettre d’acheminer à la surface différents types de cargaisons : un lot de quatre rovers (la maquette de l’un d’eux était sur scène avec lui), mais aussi, bien entendu, une cabine pressurisée avec un équipage.

Un module lunaire bien plus puissant que celui d’Apollo

Si on le compare au module lunaire (LM) du programme Apollo, le Blue Moon, qui fonctionne à l'oxygène et hydrogène liquides, est bien plus puissant. En effet, le seul étage de descente affiche la même masse que l’ensemble du module conçu dans les années 1960 par la société Grumman. La maquette mesure au moins 5 m de haut (contre 7 m pour l’ensemble du LM d’Apollo). Ce nouvel atterrisseur est imaginé pour entrer dans la future fusée New Glenn, en cours de développement chez Blue Origin, elle aussi présentée comme un véhicule de transport à disposition des agences gouvernementales ou privées et dont le premier lancement pourrait intervenir dès 2021.

Une potentielle bouée de sauvetage pour la Nasa

Reste à savoir quel est de degré d’avancement dans la conception du Blue Moon atteint par les équipes de Jeff Bezos. Notamment, l’engin est-il déjà en cours de production ? Ou sur le point de l’être ? Si c’est le cas, il représenterait une réelle bouée de sauvetage pour la Nasa, déjà en difficulté dans la mise au point de sa fusée géant SLS (Space Launch System) et qui n’avait pas de plan pour un vaisseau destiné à se poser sur la Lune.

Une course entre les sociétés privées

Après Lockheed-Martin qui, dès le lendemain du discours de Pence, a proposé un module lunaire utilisant le relais d’une station Deep Space Gateway réduite à son strict minimum, Blue Origin est la deuxième société à se positionner auprès de l’administration américaine pour atteindre la surface lunaire avant 2024. Avec sa présentation à la Elon Musk (seul sur scène, avec baisser de rideau et lumières bleues) Jeff Bezos a grillé la politesse à son concurrent Space X. Ce dernier, pourrait réagir avec sa fusée Big Falcon Rocket, dont la Lune est l'une des destinations affichées. Mais son développement est-il suffisamment avancé pour pouvoir l'aligner au départ d'une course aux allures de sprint avec une échéance si proche ? À suivre…

Vue d'artiste du module lunaire proposé par Lockheed-Martin. © Lockheed-Martin.

 

En kiosque le 15 mai, le Ciel & espace n°565 est déjà disponible sur notre boutique.

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Nous avons sélectionné pour vous

  • Au télescope, observez Valles Marineris sur la planète Mars !

    La planète Mars est maintenant au plus près de la Terre. Cette configuration exceptionnelle va durer pendant tout le mois d’octobre. Alors profitez-en pour l’observer au télescope. Même un instrument de diamètre relativement modeste permet de voir de beaux détails.

  • Des doutes sur la découverte de phosphine dans les nuages de Vénus

    De la phosphine a-t-elle vraiment été détectée sur Vénus ? Tandis que certains astrophysiciens débattent de son hypothétique origine biologique, d’autres — qui se sont penchés en détail sur les données — doutent carrément de sa présence. Le survol de Vénus par la sonde Bepi-Colombo, le 15 octobre 2020, peut-il trancher le débat ?

  • Retour sur la Lune en 2024 : la Nasa précise son calendrier

    La Nasa entend poser à nouveau des hommes sur la Lune, et pour la première fois une femme, à l’horizon 2024. L’agence américaine vient de dévoiler le rétroplanning de son ambitieux programme, nommé Artémis