Le module lunaire d’Apollo 10 est toujours dans l’espace, un astronome est sur sa piste

Crédit : Nasa
Nick Howes, astronome anglais, a peut-être retrouvé le dernier module lunaire ayant échappé à la destruction au cours du programme Apollo. L’engin, de 4 m de diamètre, gravite comme un astéroïde autour du Soleil. Mais il faudra encore attendre quelques années, quand il se rapprochera de la Terre, avant de confirmer si l’objet repéré est bien le module Snoopy qui a servi lors de la mission Apollo 10.

C’est sans doute l’une des plus intéressantes épaves de l’espace : depuis le mois de mai 1969, le module lunaire d’Apollo 10 erre quelque part en orbite autour du Soleil. Contrairement à tous les autres LM (pour Lunar Module), Snoopy — c’est le nom que lui avait donné l’équipage — n’a pas été détruit. Alors que Spider, le premier LM piloté lors de la mission Apollo 9, s’est désintégré dans l’atmosphère terrestre, et que tous les autres ont fini désintégrés par des impacts volontaires sur la Lune, celui-ci a simplement été envoyé en orbite solaire. Du moins, son étage supérieur, à bord duquel les astronautes Tom Stafford et Gene Cernan, après s’être approchés à 14 km de la surface lunaire, ont rejoint John Young, qui pilotait de module de commande Charlie Brown.

Il y a huit ans, un astronome britannique, Nick Howes, s’est mis en tête de le retrouver. D’abord avec un télescope automatique installé aux Canaries qui pouvait être piloté à distance par des élèves d’écoles anglaises. Ensuite, avec le concours de quelques collègues astronomes, il a photographié ou fait photographier des pans entiers de voûte céleste dans le plan voisin de celui de l’orbite de la Terre, en quête de ce vaisseau abandonné.

Et parmi tous ces champs stellaires explorés, un petit corps céleste repéré en 2018, fait office de candidat sérieux. « Nous l’avons photographié début 2018, raconte Nick Howes. Il fait 5 m de large, sa densité correspond à celle d’un vaisseau spatial et il est sur une orbite héliocentrique. » Bien que l’astronome souhaite garder confidentielles la plupart des informations sur l’objet jusqu’au 8 juin 2019, date à laquelle il communiquera sur sa recherche au cours du Cheltenham Science Festival, il raconte volontiers comment il l’a identifié : « Nous avons utilisé les données du Catalina Sky Survey et des télescopes de 4 m, notamment à Kitt Peak. »

Du module lunaire d’Apollo 10, ne reste en orbite solaire que la partie supérieure (en haut sur ce schéma).
L'étage inférieur, avec ses pattes destinées à atterrir sur la Lune, s'est écrasé sur la surface lunaire. © Nasa.

Des indices mais une identification à confirmer

Au moment de sa découverte, en janvier 2018, le supposé LM d’Apollo 10 affichait une magnitude de 21,45. Autrement dit, il était très peu brillant. Toutefois, les astronomes qui aident Nick Howes dans sa quête ont tenté de savoir quelle était sa composition, ce qui aurait été une preuve qu’il s’agit bien du vaisseau abandonné. Pour cela, ils ont utilisé des spectrographes, qui décomposent la lumière réfléchie par l’objet et qui permettent d’identifier ses composants chimiques. « Nous avons des spectres. Mais pas assez bons. C’est pourquoi nous devons vraiment obtenir une confirmation », poursuit Nick Howes.

Or, la tâche ne sera pas facile. En tout cas, pas dans l’immédiat. En effet, l’objet s’est sensiblement éloigné de la Terre. Son éclat a faibli au point d’avoisiner aujourd’hui la magnitude 29, ce qui rend impossible toute tentative d’analyse de sa lumière en spectroscopie, même avec les plus puissants télescopes disponibles (8 à 10 m de diamètre).

L’autre façon de se convaincre que ce petit corps dont la taille correspond à celle de l’étage supérieur d’un LM consiste à vérifier si son orbite est compatible avec un vaisseau lancé depuis l’orbite lunaire. Dès le mois d’août 2018, Nick Howes confiait que les premières tentatives pour retracer sa trajectoire indiquaient bien qu’il se trouvait dans l’espace cis-lunaire en 1969. Toutefois, cela reste à confirmer aussi.

Les prochaines observations déterminantes pourraient devoir attendre encore jusqu’à 2022 ou 2037, deux dates auxquelles il est possible que l’objet candidat repasse à proximité de la Terre et devienne assez lumineux pour que les astronomes en obtiennent des spectres détaillés.

Le LM d'Apollo 10, ici photographié en mai 1969 alors qu'il est piloté par Stafford et Cernan, doit aujourd'hui encore avoir cet aspect. © Nasa.

Un vaisseau intact mais dépressurisé

Reste à savoir dans quel état se trouve Snoopy après un demi-siècle dans l’espace. On aurait pu imaginer que l’engin, chargé avec toutes les poubelles de l’équipage, soit devenu une mini-exoplanète avec tout un écosystème de bactéries et de micro-organismes. Mais les données enregistrées à Houston peu après le largage de Snoopy indiquent que celui-ci s’est totalement dépressurisé lors de l’explosion des charges destinées à la désolidariser du module de commande. En effet, un problème survenu auparavant avait empêché de faire de vide dans le tunnel reliant les deux vaisseaux. Résultat, quand les charges pyrotechniques ont explosé, l’excès de pression a ouvert l’écoutille du LM (ce qui n’était pas arrivé lors d’Apollo 9) et la pression a rapidement chuté dans la cabine. Ce fait est corroboré par un excès de vitesse mesuré au début de la phase de séparation et qui correspond à la propulsion fournie par l’échappement de l’air par l’écoutille supérieure.

Cette image est extraite d'un film 16 mm tourné lors du largage de Snoopy.
On y voit la partie supérieure du LM quelques secondes après sa séparation. L'écoutille supérieure (circulaire) semble fermée.
En réalité, elle a perdu son étanchéité et la cabine se dépressurise. © Nasa.

Moins de 30 minutes après avoir largué Snoopy, l’équipage d’Apollo 10 a procédé à distance à l’allumage de son moteur de remontée, jusqu’à épuisement du carburant, afin de le propulser sur une orbite solaire. La manœuvre, destinée notamment à confirmer la quantité de carburant restant dans les réservoirs afin de s’assurer de l’exactitude des jauges, a duré 3 minutes et 31 secondes. À plus de 1 km/s, Snoopy s’est éloigné sous le regard de Gene Cernan, qui a pu l’observer par son hublot. Le 23 mai 1969, il est donc la dernière personne à l’apercevoir… jusqu’à janvier 2018 (si c’est bien Snoopy qui a été photographié par un télescope suite au travail de recherche entrepris par Nick Howes).

Apollo 10, répétition générale de l’alunissage

La mission Apollo 10, lancée le 18 mai 1969 depuis l’aire 39B du centre spatial Kennedy, en Floride, a été l’ultime répétition générale avant qu’Apollo 11, commandée par Neil Armstrong, n’aboutisse aux premiers pas d’un homme sur la Lune. Le 26 mai 1969, Stafford, Cernan et Young revenaient sur Terre. Snoopy, lui, poursuivait sa course dans l’espace. Il est aujourd’hui un véritable trésor de l’histoire de l’exploration spatiale. Peut-il être un jour récupéré et placé dans un musée lunaire ? C’est une possibilité que Nick Howes n’écarte pas. Il note en effet que Jeff Bezos et Elon Musk, tous deux patrons d’entreprises spatiales privées (respectivement Blue Origin et Space X), sont des passionnés du programme Apollo. Et le retour de Snoopy au voisinage de la Terre d’ici à quelques années, pourrait leur donner des idées…

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Nous avons sélectionné pour vous

  • Le numéro 573 de Ciel & Espace est en kiosques : Les extraterrestres sont-ils verts ?

    S’ils existent, pourquoi les extraterrestres ne sont-ils toujours pas arrivés sur Terre ? Cette question posée voici plusieurs décennies par le prix Nobel de physique Enrico Fermi a suscité plus de 70 réponses possibles. La plus récente est pour le moins étonnante : c’est parce qu’ils seraient écolos…

  • De la vie découverte sur Vénus ? Pourquoi ce n’est pas si simple

    La découverte de phosphine dans l’atmosphère de Vénus, une molécule présentée comme une « biosignature », a fait bruisser la toile pendant plusieurs jours avant l’annonce officielle de ce 14 septembre 2020. Il y a pourtant peu de chances pour que cette détection ait un quelconque rapport avec la vie extraterrestre.

  • Les pluies de la jeune Mars quantifiées pour la première fois

    Il ne pleut plus sur la planète Mars aujourd’hui, mais il a plu voici plusieurs milliards d’années. En quelle quantité ? Sous quelle forme ? Pour la première fois, des chercheurs ont quantifié ces précipitations extraterrestres.