Israël s’envole vers la Lune

Décollage de la mission lunaire Berechit. © Sapace X
Israël a lancé sa première sonde vers la Lune le 22 février 2019. L’engin doit se poser sur la Lune le 11 avril. Même s’il s’agit d’un projet privé modeste, c’est un exploit technique. Il est piloté par la société Space IL, ancien concurrent du Google Lunar X Prize annulé en 2017 faute de gagnant à temps.

Dans la nuit du 21 au 22 février 2019, à 1h45 TU, Israël a lancé sa première mission vers la Lune. La sonde a décollé de cap Canaveral à bord d’une fusée Falcon 9 de Space X. Ce lancement marque aussi la toute première mission privée à destination de notre satellite naturel. Un petit robot de 180 kg, baptisé Berechit (genèse en hébreux), doit se poser dans la mer de la Sérénité le 11 avril prochain, après un voyage de 7 semaines.

Un projet issu du Google Lunar X Prize

Ce projet de la société Space IL est issu du Google Lunar X Prize, une compétition lancée en 2007 et dotée de 30 millions de dollars. Objectif : envoyer sur la Lune un rover capable de parcourir 500 m et d'envoyer des images. Les Israéliens faisaient partie des cinq finalistes, mais le concours a été annulé car aucune équipe n’est parvenue à respecter les délais fixés (malgré de nombreux reports). Certains participants n’ont pas pour autant renoncé. Sept d’entre eux travaillent toujours activement dans ce sens, et d’autres lancements auront probablement lieu cette année. C’est le cas par exemple de l’équipe allemande de PT Scientist avec un projet très ambitieux. Leur sonde de 1 tonne devrait déployer deux rovers sur le site d’Apollo 17, dans la vallée Taurus-Littrow.

Une sonde légère

Avec ses 180 kg, la sonde de Space IL est donc une lilliputienne en comparaison de celle de PT Scientist. Le budget est lui aussi très serré, avec 100 millions de dollars lancement inclus. Par souci d'économie, Berechit était embarquée en même temps qu’un gros satellite géostationnaire de télécommunication indonésien, Nusantara Satu.

La sonde lunaire Berechit, avant son départ. © Space IL

L’une des astuces de Space IL pour réduire les coûts est de ne pas embarquer de rover pour franchir les 500 m fixés par le Google Lunar X Prize. Berechit doit rallumer son moteur et faire un saut de puce.

Soulignons aussi que pour boucler son budget, Space IL a eu le soutien de l’État israélien. L’arrêt du Google Lunar X Prize a permis à la société de déroger à la règle d’un financement 100 % privé imposée au départ. Ce financement public a donné un coup de booster au projet car notre enquête menée il y a un an montrait qu’à l’époque, ils ne faisaient pas partie des mieux placés.

Des objectifs modestes

Les objectifs de Berechit sont eux aussi très modestes, car la sonde va épuiser ses batteries en seulement 2 jours après l’alunissage. Ce temps sera mis à profit pour étudier le champ magnétique et prendre des photos. Après épuisement des batteries, l’engin sera toujours utile car Space IL a passé un accord en 2018 avec la Nasa pour embarquer un réflecteur laser. Par ailleurs, Berechit va symboliquement avoir un statut de sanctuaire, car elle contient à son bord un petit disque de la taille d’une grosse pièce de monnaie, sur lequel est gravé au laser le contenu de la bible.

Malgré les objectifs limités, il ne faut pas négliger l’exploit technologique d’un atterrissage sur la Lune. Si Berechit est un succès le 11 avril prochain, Israël deviendra la quatrième nation à se poser sur la Lune, après l’URSS, les États-Unis et la Chine. Un bel accomplissement, qui plus est pour un pays de seulement 9 millions d’habitants.

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