Félicette, la chatte astronaute française, a désormais sa statue

Modèle pour la statue en bronze de Félicette. © Matthew Guy
Cinquante-six ans après son séjour dans l’espace, la chatte Félicette possède une sculpture à son effigie. L’œuvre en l’honneur du félin pionnier du programme spatial français sera inaugurée le 18 décembre 2019 à Strasbourg.

Entre amateurs de chiens et de chats, plus de jaloux. La chienne cosmonaute Laïka avait son monument, la chatte spationaute Félicette a dorénavant le sien. Une statue à son effigie sera inaugurée le 18 décembre 2019 dans le Hall des pionniers de l’International Space University (ISU) de Strasbourg, une école privée d’enseignement supérieur dédiée au domaine spatial. Façonnée par la sculptrice Gill Parker, l’œuvre sera dévoilée en priorité aux étudiants et au personnel de l’ISU, ainsi qu’aux « amis de Félicette, comme l’explique Géraldine Moser, responsable du développement commercial de l'ISU. Le 18 décembre, nous célébrons les 25 ans du master délivré par l’école. L’inauguration de Félicette fait partie de cet événement. »

Félicette aux côtés de Youri

Du haut de son mètre soixante-dix, la statue en bronze prendra part aux festivités au côté d’un buste de Youri Gagarine, forgé dans le même alliage. « Tout le monde se souvient des humains, des chiens et du chimpanzé qui ont été les premiers à atteindre l’espace. Mais peu de gens connaissent Félicette. Je voulais rééquilibrer les choses », explique Chris Welch, professeur à l’ISU, qui a permis l’accueil de la statue sur le site alsacien.

Esquisses préparatoires pour la statue de Félicette. © G. Parker

« J’aurais voulu qu’elle prenne ses quartiers à Paris, par exemple au Cnes [l’agence spatiale française]. Mais cette option n’aboutissant pas, j’ai proposé l’ISU en second recours. » L’installation de la sculpture est l’aboutissement d’une initiative datant de 2017, pour laquelle 49000 € ont été récoltés grâce à un financement participatif sur Kickstarter. À l’origine du projet, un Anglais du nom de Matthew Guy. « Un directeur de création dans le marketing ou la publicité, selon Chris Welch. Il raconte avoir un jour découvert, sur son lieu de travail, un service à thé illustré d’un chat astronaute accompagné de caractères cyrilliques, semblant indiquer une mission soviétique. Il a voulu rétablir la vérité. »

Un petit saut pour Véronique, un bond de géant pour le chat

Car Félicette n’était pas la passagère d’une mission soviétique, mais d’une fusée française. Le 18 octobre 1963, pendant 9 minutes et 30 secondes de vol, la chatte voyage à bord d’une fusée Véronique (abréviation de Vernon Électronique). Lancé depuis la base d’Hammaguir en Algérie, l’engin est capable d’effectuer des vols suborbitaux, culminant ce jour-là à 157 km d’altitude.

Après l’envoi du rat Hector deux ans plus tôt, la France confirme alors son rang de troisième nation spatiale capable d’envoyer des êtres vivants en apesanteur. En ces débuts de conquête spatiale, la principale interrogation est d’évaluer la résistance du cœur aux accélérations des fusées. Mais Félicette subit une expérience supplémentaire : le suivi de son activité cérébrale par des électrodes implantées dans le cerveau…

The Sydney Morning Herald, 20 octobre 1963. DR
Carte souvenir du vol, 18 octobre 1963. © CERMA, 1963

Malgré son éprouvante mission, l’animal regagne le sol terrestre en vie. « Plus tard, un deuxième vol du même programme transportait également un chat, mais celui-ci n’a pas survécu », raconte Chris Welch. Félicette serait donc l’unique félin rescapé d’un séjour dans l’espace. Un destin non garanti pour les nombreux mammifères sacrifiés à la cause spatiale. Rappelons-le : le 3 novembre 1957, Laïka devient certes le premier être vivant en orbite autour de la Terre. Mais elle meurt dans sa capsule puisque rien n’est prévu pour ramener son vaisseau au sol.

Quant à Félicette, loin d’être célébrée en héroïne, elle fut maintenue au rang de cobaye pendant plusieurs mois… avant d’être euthanasiée. « Raison de plus pour lui rendre hommage, commente Chris Welch. Aujourd’hui, les lois sur ce que l’on peut faire subir aux animaux ont heureusement évolué. Et il n’est de toute façon plus nécessaire de le faire pour les besoins de l’exploration spatiale », se console-t-il.

Une vidéo de France Info résume la mission spatiale de Félicette (3 min)

Un reportage de l’époque montre que l’entraînement des chats astronautes n’avait rien à envier à celui de leurs collègues humains… (archive INA, 9 min)

Mise à jour. La statue de Félicette a été dévoilée comme prévu le 18 décembre 2019. De gauche à droite sur la photo ci-dessous : Lilla Merabet, vice présidente de la région Grand-Est ; Helen Sharman, astronaute ; Paolo Nespoli, astronaute ; Reinhold Ewald, astronaute ; Philippe Jung, co-auteur du papier "Félicette, the only space cat".

© ISU

 

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