Dragon 2, capsule spatiale à usage unique

Récupération en mer de la capsule Dragon 2. © Space X
Initialement, la société privée américaine Space X devait réutiliser ses vaisseaux Dragon. Mais l’entreprise du milliardaire Elon Musk, qui a fait du recyclage sa marque de fabrique, abandonne l’idée. La capsule Dragon 2 qui a volé jusqu’à la station spatiale internationale début mars ne retournera plus dans l’espace.

Le 3 mars 2019, l’entreprise Space X réussissait à assurer une première liaison avec la station spatiale internationale (ISS) grâce à son vaisseau habitable Dragon 2. Cette nouvelle capsule, lancée sans équipage, est revenue sur Terre une semaine plus tard en effectuant un amerrissage dans le Pacifique. Space X a ainsi ouvert la voie au premier vol spatial habité entièrement effectué par une compagnie privée, qui doit avoir lieu au mois de juillet 2019.

Pas de récupération après un retour dans l’eau

Mais la capsule ne rejoindra plus l’espace, contrairement aux projets de Space X. Elle a été très endommagée par l’eau salée. En particulier, ses moteurs, à cause de l’immersion, nécessitent d’une sérieuse remise en état avant de pouvoir éventuellement voler à nouveau. Pour cette raison, l’exemplaire qui a rejoint l’ISS début mars ne sera réutilisé que pour un vol d’essai dans l’atmosphère, en juin 2019, visant à contrôler les mécanismes d’éjection d’urgence du vaisseau.

Le retour de la capsule Dragon 2, en mars 2019. © Space X

Dragon 2 ne semble donc pas réutilisable après un vol spatial, du moins pas pour des vols habités, comme le précise Elon Musk, le PDG de l’entreprise. Les contraintes de sécurité beaucoup plus élevées dans le cadre d’un transport d’ astronautes rendent inenvisageable la réutilisation du vaisseau. Ce sera donc une autre capsule Dragon qui amènera les Bob Behnken et Doug Hurley sur l’ISS en juillet 2019.

Coûteuse remise en état

Depuis sa création, Space X a fait de la récupération des engins spatiaux son argument commercial le plus fort. En effet, l’usage unique des lanceurs et des vaisseaux engendre des coûts de production très importants. La navette spatiale américaine, dont le premier vol a eu lieu en 1981, devait pallier ce problème puisqu’elle devait être récupérée et réutilisée après chaque vol. Ainsi, les frais devaient théoriquement être divisés par deux. Mais en raison de la difficulté énorme de la remise en état après chaque vol, le projet s’est révélé un gouffre financier, auquel la Nasa a mis fin en 2011. De plus, la sécurité a été de nombreuses fois remise en question, notamment après les deux accidents de 1986 et de 2003, qui ont coûté la vie à 14 astronautes.

L’idée de récupérer les orbiteurs (parties qui effectuent le voyage dans l’espace) a ainsi été abandonnée pendant de nombreuses années. L’espoir n’est revenu qu’à partir du moment où Space X a réussi l’exploit de récupérer son lanceur Falcon 9 en 2015. La société privée a envisagé alors de récupérer le vaisseau Dragon 2. Pour cela, la capsule devait pouvoir se poser sur le sol, et non sur l’eau, grâce à un système de propulsion (utilisant des moteurs Draco en guise de rétrofusées), comme le Falcon 9. Finalement, face aux difficultés que présente un retour sur la terre ferme, SpaceX a fait marche arrière, se contentant de faire amerrir Dragon 2 dans le Pacifique. Cette décision va de pair avec celle de ne pas réutiliser le vaisseau en vol habité.

Boeing vise la terre ferme… en retard

Le concurrent, Boeing, a décidé de suivre l’idée initiale de Space X pour sa capsule CST 100 Starliner. Ce nouveau vaisseau devrait, contrairement au Dragon 2, atterrir sur le sol en s’aidant à la fois de parachutes et de bouées amortissantes lors de l’impact.

Les deux capsules spatiales de Boeing et de Space X face à face. © Boeing/Space X

Moins abîmé, et surtout, épargné par la corrosion de l’eau de mer, il pourrait donc resservir lors de vols habités en direction de l’ISS, et ce plusieurs fois. Reste qu’à ce jour, le premier vol est toujours attendu. Jusqu’au 20 mars, il était prévu en avril, mais il vient d’être repoussé en août, ce qui ferait éventuellement glisser le premier vol habité d’août à novembre.

Rétrofusées de secours

De son côté, Space X a doté sa capsule Dragon 2 de moteurs Draco. Ceux-ci doivent éloigner le vaisseau de la fusée en cas d’urgence lors du décollage, mais ils peuvent aussi servir lors de la phase d’atterrissage (c’était leur fonction initiale). La société privée d’Elon Musk compte d’ailleurs les utiliser, non pas pour un retour en douceur sur le sol, mais comme dispositif de secours en cas de problème dans l’ouverture des parachutes lors de retours dans l’océan.

D’après les derniers communiqués de l’entreprise, cela ressemble à un nouvel argument pour vanter les mérites de son vaisseau. Cependant sur ces points techniques, on n’en saura pas plus, Space X n’ayant pas souhaité répondre à nos questions.

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