Douze pionnières de l’astronomie

L’astrophysicienne Vera Rubin. © Vassar College
Certaines sont désormais connues, d’autres encore dans l’ombre, mais toutes ont participé d’une façon ou d’une autre aux progrès de l’astronomie. En ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, hommage à douze femmes astronomes, d’Hypatie à Jocelyn Bell.

 

Hypatie , l’étoile d’Alexandrie (355 ou 370-415)

Fille du philosophe Théon d’Alexandrie, Hypatie reçoit de son père une éducation scientifique et philosophique. Bientôt, elle surpasse ses homologues par son intelligence et sa finesse d’esprit. Personnalité importante, elle enseigne dans l’école de Platon où elle est très respectée. Elle rédige plusieurs commentaires sur des travaux mathématiques de l’époque, et écrit un ouvrage sur l’astronomie qui est aujourd’hui perdu. Elle sera sauvagement assassinée par des chrétiens fanatiques sous ordre de l’évêque de la ville en conflit avec le préfet, dont elle était une conseillère et amie précieuse.

 

Maria Margaretha Kirch, l’astronomie dans le sang (1670-1720)

Cette astronome allemande est connue pour ses travaux sur la conjonction du Soleil avec Saturne, Vénus et Jupiter. Elle découvre l’astronomie avec un voisin astronome, puis continue au côté de son mari Gottfried Kirch qui trouve en elle l’assistante parfaite. Elle découvre seule une comète en 1702, une trouvaille qui sera longtemps attribuée à son mari. Maria Margaretha Kirch sera finalement renvoyée de l’observatoire de Berlin, la présence d'une femme à l'université y étant mal vue à cette époque. Elle transmettra tout de même sa passion à ses enfants, tout deux devenus astronomes...

 

Émilie du Châtelet, la savante érudite (1706-1749)

Une femme, une œuvre : c’est à Émilie du Châtelet que l’on doit la première traduction et le commentaire complet des « Principa Mathematica » d’Isaac Newton. Ce travail colossal restera jusqu’aux années 2000 la seule traduction française des théories de l’astronome anglais. Le goût pour les sciences de la marquise remonte à l’enfance, dans les salons de son père. Tout au long de sa vie, elle ne cesse d’étudier, devenant la femme française la plus érudite de son temps. Connue principalement comme compagne de Voltaire, avec qui elle mènera une romance de 15 ans, Émilie vit un destin exceptionnel pour une femme de son époque. Elle s’éteint à l’âge de 42 ans, des suites d’un accouchement.

 

Nicole-Reine Lepaute, la calculatrice de l’ombre (1723-1788)

13 mars 1759, la comète de Halley passe dans le ciel. Au moment dit par le mathématicien Alexis Clairaut et l’astronome Jérôme Lalande… Mais pour les calculs complexes qui ont permis cette extraordinaire précision – il fallait tenir compte de l’influence gravitationnelle de Saturne et Jupiter –, c’est Nicole Reine Lepaute qu’il faut féliciter. L’alliance des trois scientifiques perdurera jusqu’à la trahison de Clairaut, qui effacera le nom de Lepaute des travaux. Nicole-Reine continuera à calculer pour Lalande, abîmant sa vue, et sera emportée par la fièvre à l’âge de 65 ans (lire aussi Ciel & espace n°564, « Nicole-Reine Lepaute, la savante calculatrice »).

 

 

Caroline Herschel, la fidèle (1750-1848)

Les premières années de la vie de Caroline Herschel ne sont pas de tout repos. Elle contracte des maladies qui la défigurent et stoppent sa croissance. Impossible à marier, sa mère en fera une servante de la maison. C’est son frère William qui la sauve pour l’employer à son compte. Il complète son éducation sommaire et elle devient son assistante en astronomie, sa nouvelle passion. Elle se prend au jeu et, en plus d’aider son frère qu’elle adore, elle commence – seule – à observer les étoiles. C’est ainsi qu’elle découvrira huit comètes et deviendra la première femme au monde à recevoir un salaire pour faire de l’astronomie. Reconnue par ses pairs, elle reçoit la médaille d’or pour la science prussienne, et devient membre honoraire de la Royal Astronomical Society. Elle meurt presque centenaire, à 97 ans.

 

Annie Cannon, infatigable classificatrice (1863-1941)

« Oh Be A Fine Guy Kiss Me ! ». Si vous êtes étudiant en astronomie, cette phrase mnémotechnique ne doit pas vous être étrangère. Chaque initiale représente une classe d’étoile. C’est à l’Américaine Annie Cannon que l’on doit cette classification, basée sur les caractéristiques spectrales des étoiles. Forte de ce nouveau système, elle classer ainsi 225 000 étoiles en quatre ans. Ce travail colossal, mais essentiel pour l’astrophysique, lui vaudra de recevoir le prix Ellen Richard en 1932. Elle réinvestira directement l’argent dans la création d’un prix Annie Cannon, destiné à récompenser une femme astronome. Bien que mondialement reconnue comme experte en astronomie, elle ne sera titularisée astronome par Harvard qu’à l’âge de 75 ans.

 

Henrietta Leavitt, le discret intellect (1868-1921)

Fille de Pasteur, Henrietta Leavitt développe rapidement un goût pour les sciences, et l’astronomie en particulier. Dotée de grandes aptitudes intellectuelles, elle excelle en photométrie et découvrira de nombreuses étoiles variables (dont la luminosité change) ainsi que quatre novae grâce à cette technique. En 1902, elle devient chef du département de photométrie stellaire et continue ses recherches. Elle fait alors une découverte majeure : la relation période-luminosité permettant de mesurer des distances, qui est encore utilisée aujourd’hui. Cette découverte permettra à Edwin Hubble d’énoncer sa loi d’expansion de l’Univers. Bien que considérée comme la femme la plus brillante d’Harvard, elle sera très peu reconnue de son vivant.

 

Edmée Chandon, pionnière française (1885-1944)

Adepte de la nouveauté, Edmée Chandon collectionne les premières. Après une licence de mathématiques et de physique à la Sorbonne, elle sort première du concours d’agrégation de mathématiques en 1908. Elle intègre par la suite l’observatoire de Paris comme aide-astronome et attachée, faisant d’elle la première femme astronome professionnelle française. Elle sera également la première femme à soutenir une thèse d’État en sciences mathématiques et deviendra docteure en science. Malgré une retraite anticipée en 1941, elle décède de raison inconnue à l’âge de 58 ans, trois ans plus tard.

 

Margaret Burbridge, travail d’équipe (1929-)

Depuis l’âge le plus tendre, Margaret est passionnée d’astronomie. Le déclic a lieu à 4 ans lors d’une nuit étoilée sur un bateau traversant la Manche. Elle intègre le cursus d’astronomie à la prestigieuse UCL, à Londres. Là-bas, elle rencontre son mari, avec qui elle travaillera toute sa vie. Avec William Fowler et Fred Hoyle, ils rédigent un monument de l’astrophysique : « De la synthèse des éléments dans les étoiles », qui explique comment les étoiles synthétisent les éléments chimiques. Le couple publiera de nombreux travaux marquant dans le milieu du XXe siècle. Margaret recevra sept prix, dont le prix Einstein et le prix Annie Cannon qu’elle refusera, jugeant qu’il est discriminatoire de ne l’attribuer qu’aux femmes.

 

Vera rubin, aux côtés de l’astronaute John Glenn.

Vera Cooper Rubin, visionnaire (1928-2016)

Les galaxies sont en mouvement, elles peuvent fusionner entre elles, et nos télescopes ne sont capables de mesurer qu’une infime partie de l’Univers, le reste étant composé d’une inconnue : la matière noire. Pêle-mêle, ces découvertes ont été faites ou initiées par Vera Rubin. Toute sa vie, elle choisit des sujets d’étude originaux, dont les conclusions révolutionnaires sont difficiles à accepter pour la communauté. Avec le temps, ses découvertes seront validées et modifieront à jamais la vision de l’Univers. Elle recevra des honneurs tardifs, comme la médaille de la Royal Astronomical Society, faisant d’elle la deuxième femme à recevoir ce titre après Caroline Herschel.

 

Carolyn Shoemaker, chasseuse de comètes (1929-)

C’est tardivement que Carolyn Shoemaker se met à l’astronomie. D’abord pour aider son mari. Puis sa passion grandira pour devenir dévorante. Tout au long de sa carrière, elle s’intéressera aux astéroïdes — elle en découvrira environ 900 — et aux comètes. Elle détient le record du nombre de comètes découvertes par un être humain : 32 ! Elle travaille toujours avec son mari quand ils font la découverte la plus importante de leur vie : celle de la comète Shoemaker-Levy 9, qui s’écrase sur Jupiter en fournissant à la communauté de nombreuses informations sur une collision entre deux objets du Système solaire. Actuellement, Carolyn poursuit toujours ses recherches.

 

Jocelyn Bell Burnell, les honneurs volés (1943-)

Les pulsars sont des objets astronomiques produisant un signal périodique. Ce sont des étoiles à neutrons tournant très rapidement sur elles-mêmes émettant un très fort rayonnement magnétique. On doit cette découverte à Jocelyn Bell, alors jeune doctorante en radioastronomie à Cambridge. C’est en étudiant une anomalie dans ses données qu’elle fait cette découverte. D’abord raillé par son directeur de thèse, il finira par lui donner raison. Cette découverte sera récompensée d’un prix Nobel en 1974. Problème, ce n’est pas Jocelyn Bell qui l’obtiendra, mais son professeur...

 

En kiosque le 15 mars, le Ciel & espace n°564, est dès maintenant disponible sur notre boutique.

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