De la vie sur le satellite Encelade ? Pour le savoir, il faudra s’y rendre !

Encelade vu par la sonde Cassini. © Nasa/JPL-Caltech
Une équipe française propose un scénario impliquant la présence de vie sur Encelade, l’un des satellites de Saturne. Ce scénario se révèle pourtant encore un peu trop hypothétique.

Encelade pourrait bien abriter la vie dans son océan souterrain. C’est même probable, affirme une équipe de l’université Paris Sciences & Lettres (PSL) dans Nature Astronomy le 7 juin 2021.

En effet, le satellite glacé de Saturne cache sous sa banquise un océan révélé par la sonde spatiale Cassini. Et cet océan expulse des panaches de vapeur d’eau contenant des éléments organiques tels que le méthane. Or, même s’ils ne sont pas affirmatifs, les chercheurs de l’université PSL l’avancent : ce méthane a une bonne probabilité d’avoir pour origine une activité biologique…

Une étude fondée sur la statistique

Ces observations ont permis à cette équipe de proposer un scénario « biotique », c’est-à-dire d’un Encelade « habité », avec de la vie. « D’après nos calculs, pour des chances d’abiogenèse (l’apparition de vie à partir de matière inanimée) d’au moins un tiers, et étant données les mesures de Cassini, le scénario biotique est plus probable que le scénario habitable mais inhabité », explique Régis Ferrière, l’un des auteurs de la publication. Autrement dit, quand les chances d’apparition de la vie dans un milieu habitable dépassent un certain seuil, ce scénario biotique est le plus probable.

Initialement, le contenu en matière organique des geysers d’Encelade est compatible avec trois scénarios : habité, habitable mais inhabité, et non habitable. Pour arriver à leur conclusion, les chercheurs de l’université PSL ont utilisé une statistique bayésienne. Il s’agit une méthode de calcul basée sur la probabilité qu’un ou plusieurs événements soient vrais ou faux en tenant compte d’informations initiales sur cet événement. Ainsi, l’équipe estime pouvoir dire lequel des trois scénarios a le plus de chances d’être vrai. Et pour eux, c’est celui d’un monde habité !

Hypothèse incertaine

Cependant, ce n’est qu’une hypothèse. Interrogé sur ce résultat, Louis d’Hendecourt, qui étudie les conditions de l’apparition du vivant, reste prudent. « L’utilisation d’une statistique bayésienne doit poser une probabilité à priori, et la confronter à des données pour en déduire une probabilité à postériori. », souligne-t-il. D’ailleurs, une partie de ces données est issue de modèles scientifiques, et non d’observations. L’astrophysicien ajoute : « On ne sait pas si la vie va nécessairement apparaitre dans un environnement hydrothermal ou non », son aptitude à engendrer la vie n’ayant pas encore été vérifiée par une expérience. Comment, alors, trancher la question de la vie sur Encelade ?

La nécessité d’une mission sur Encelade

Probablement pas par une étude statistique. Il n’y aura pas d’autre moyen que de se rendre sur place et d’effectuer des prélèvements en surface, dans la région dite « des rayures de tigre », d’où émergent les jets d’eau et de gaz. Régis Ferrière l’admet volontiers : « Si des bulles de gaz s’échappant des systèmes hydrothermaux emportaient avec elles des molécules organiques provenant de cellules de méthanogènes, voire des cellules elles-mêmes, on s’attendrait à ce qu’elles soient déposées à la surface par les “chutes de neige” retombant du panache. » C’est d’ailleurs un objectif commun à trois projets : les missions ELSAH et ELF de la Nasa et le projet E2T de l’ESA. Aucune n’a pour l’instant été sélectionnée par l’une des agences spatiales.

Les “griffures de tigre” d’Encelade vu par la sonde Cassini. © Nasa/JPL-Caltech
Les “rayures de tigre” vu par la sonde Cassini à la surface d’Encelade. © Nasa/JPL-Caltech

L’étude statistique ne tranche donc rien. Elle ne fait que soulever une possibilité par ailleurs déjà évoquée dès la découverte de molécules organiques dans les geysers d’Encelade. En 2017 notamment, la question de l’habitabilité du satellite de Saturne avait été posée. Tout comme sur Mars, déterminer si une forme de vie existe nécessitera donc l’envoi d’engins sophistiqués sur place. Les sondes envoyées in situ peuvent en effet procéder à des prélèvements d’échantillons et les analyser, pour espérer y détecter ou non les traces d’organismes vivants.

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