Baïkonour : un équipage sous surveillance jusqu’à son départ vers l’ISS

L’Américain Chris Cassidy, et les Russes Anatoli Ivanichine et Ivan Vagner. © Roscosmos
Alors que l’épidémie de coronavirus s’étend à travers la planète, la base de Baïkonour se prépare au lancement de la prochaine rotation d’équipage (Expédition 63) de la station spatiale internationale. Un tir planifié le 9 avril 2020.

Avec la pandémie de Covid-19, les mesures de quarantaine ont été relevées par l’agence spatiale russe Roscomos en vue du lancement du Soyouz MS-16, depuis la base de Baïkonour (Kazakhstan) le 9 avril 2020. À bord du vaisseau qui doit rejoindre la Station spatiale internationale (ISS), prendront place trois astronautes : les Russes Anatoli Ivanichine et Ivan Vagner, et l’Américain Chris Cassidy (Expedition 63). Habituellement, un équipage connaît une période d'isolement avant son envol afin d'éviter les risques liés à des maladies, virus ou bactéries. Selon Frank De Winne, directeur des astronautes de l'ESA, pour les trois astronautes du Soyouz MS-16, "la quarantaine est plus stricte et est maintenant d'un mois au lieu de deux semaines". De même le nombre des personnes habilitées à entrer en contact avec les trois hommes pendant cette période "a été significativement réduit à celles qui sont absolument nécessaires".

Le 16 mars 2020, Roscomos a informé les médias internationaux, par un tweet, que les accréditations pour assister au décollage étaient annulées. Quelques jours plus tôt, le gouvernement kazakh avait même réduit l’accès de son sol aux visiteurs étrangers. En ce début de semaine, l’équipage devait tenir une conférence de presse qui a été remplacée par une vidéoconférence. De plus, toutes les traditions entourant habituellement le lancement ont été supprimées, compte tenu de la vitesse à laquelle le virus se répand dans le monde (plus de 438 000 cas confirmés dans le monde, au mercredi 25 mars 2020 selon l’université Johns Hopkins).

Un des vaisseaux russes Soyouz qui permettent de rejoindre la station spatiale internationale. © Roscosmos

Parmi les autres mesures prises, on sait que la quarantaine est désormais plus stricte puisque l’équipage est isolé pendant deux semaines, avant même d’atteindre Baïkonour, pour réduire au maximum le nombre de personnes en contact avec Ivanichine, Vagner et Cassidy. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à faire l’objet d’une surveillance.

Mesures de prévention

Après le Soyouz en avril, un autre lancement habité doit avoir lieu en mai : celui du vaisseau Crew Dragon (SpX DM-2), avec Robert Behnken et Doug Hurley, actuellement en phase de préparation. Cette mission doit marquer le retour des vols pilotés sur le sol américain depuis l’arrêt des navettes en 2011. Pour veiller à la parfaite santé de ses astronautes, la Nasa suit une procédure assez similaire au Soyouz avec également deux semaines de quarantaine. Et l’autorité spatiale américaine va plus loin. « Pour éviter toute maladie avant qu’un astronaute ne soit mis en quarantaine, la Nasa suit scrupuleusement les recommandations du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Cela comprend le nettoyage des surfaces, l’éloignement social et l’accent sur l’hygiène des mains », indique Stéphanie Schierholz, de la Nasa.

La capsule américaine Crew Dragon doit servir à faire la navette avec l’ISS. © SpaceX

Des procédures renforcées finalement similaires aux « mesures barrières » que les populations connaissent actuellement. L’agence spatiale américaine maintient pour le moment un accès à la presse pour ce lancement, attendu depuis maintenant neuf ans, mais qui reste bien évidemment suspendu à l’évolution de la pandémie et aux recommandations du CDC.

En cas de contamination ?

Se pose également la question du dépistage des deux équipages au Covid-19 ? Cette information n’a pas été divulguée. Les astronautes ont, comme tout le monde, une vie sociale. Vivre en apesanteur ne signifie pas que l’on est exempté d’un quelconque problème médical. C’est encore plus vrai pour un vol de longue durée, qui sollicite le corps humain pendant six mois. À bord de l’ISS, un astronaute peut à tout moment réclamer un conseil médical. Mais que faire en cas de contamination virale, une situation déjà produite à l’époque des vols Apollo ? En octobre 1968, le bouillonnant Wally Schirra, commandant de la mission Apollo 7, emporta en orbite un rhume carabiné qu’il transmit à ses coéquipiers.

La procédure sur l’ISS reste là aussi très similaire à celle d’une personne malade sur Terre. « Si cela est sérieux, on fait en sorte que le contaminé soit isolé (dans un module ou dans sa couchette) et porte un masque », précise l’astronaute français Jean-François Clervoy (mission STS-66, STS-84 et STS-103). Et en cas d’urgence ? « En dernier lieu, on envisage un retour au sol, ce qui demande moins d’une demi-journée, car en orbite basse, on reste moins isolé que sur un hivernage polaire », ajoute Jean-François Clervoy. Les rares retours en urgence depuis l’espace l’ont été pour des problèmes médicaux physiologiques jugés sérieux. C’est le cas du Russe Vladimir Vassioutine qui, en 1985, dut quitter en urgence la station Saliout-7 à cause d’une inflammation de la prostate lui occasionnant une forte fièvre.

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