Retour sur Titan ou la comète Chury : la Nasa dans les pas de l'Europe spatiale

Dragonfly, un drone pour explorer Titan, le satellite de Saturne. © Nasa
La Nasa a dévoilé ce 20 décembre 2017 les deux finalistes de son programme d'exploration planétaire New Frontiers. Vers 2025, l'agence américaine enverra soit un drone explorer Titan (Dragonfly), soit une sonde collectrice d'échantillons vers la comète Churyumov-Gerasimenko (Caesar). Choix final à l'été 2019.

Douze missions d'exploration planétaire à moins de 850 millions de dollars étaient en compétition à la Nasa pour un lancement au milieu de la décennie 2020. Il n'en reste plus que deux.

Dragonfly, une mission d'exploration de Titan par drone, ou Caesar, une sonde collectrice d'échantillons envoyée sur Churyumov-Gerasimenko, succédera donc à New Horizons, Juno et Osiris-Rex comme quatrième mission du programme New frontiers de l'agence spatiale américaine.

« Je m'attendais plutôt à une mission vers Vénus ou Encelade – ce satellite de Saturne mérite aussi sa sonde ! – mais je suis ravie que la nécessité de retourner sur Titan soit enfin reconnue », commente l'astrophysicienne Athena Coustenis (Lesia), qui avait elle-même piloté un projet de mission vers la grosse lune de Saturne il y a quelques années. De l'avion Aviatr au radeau Time, beaucoup de projets avaient été abandonnés ces dernières années.

Un drone sur Titan

Très prudente dans ses choix récents, la décision de la Nasa peut surprendre... « Dragonfly est un double quadricoptère censé explorer sur Titan des nombreux sites différents, séparés d'une centaine de kilomètres. Le concept du drone est à la mode, mais pour le moment, il me paraît risqué. Surtout que Dragonfly est censé embarquer beaucoup d'instruments différents, et même chercher la vie ! » détaille la chercheuse.

À ce stade de la compétition, la mission projetée laisse encore de nombreuses zones d'ombre. Pour le moment, l'arrivée de la sonde sur site est par exemple prévue en 2034, mais « si la Nasa décide d'utiliser le SLS, le voyage pourrait ne durer que quatre ans... », explique ainsi Athena Coustenis.

« Quoi qu'il en soit, il faut souligner qu’avec cette sélection, la Nasa met ses pas dans ceux de l’Agence spatiale européenne (ESA). C'est une belle reconnaissance du leadership de l’ESA sur des missions risquées, mais scientifiquement très enrichissantes comme l'ont été Huygens, le premier atterrisseur sur Titan, et Rosetta, qui a étudié et déposé un robot sur la comète Churyumov-Gerasimenko », se félicite l'astrophysicienne, qui a aussi présidé un temps le groupe de travail sur l’exploration du Système solaire au sein de l'ESA.

Caesar prélève un échantillon de la comète Churyumov-Gerasimenko. © Nasa

L'autre finaliste de New Frontiers, la mission Caesar (Comet Astrobiology Exploration Sample Return), a en effet pour cible une vieille connaissance des Européens...

Retour sur Chury

En choisissant Churyumov-Gerasimenko, étudiée sous toutes les coutures par la sonde européenne Rosetta, la Nasa entend réduire les risques d’une mission de retour d'échantillons cométaires. Il s’agit en effet de prélever de la matière du sol d’un petit corps, au champ gravitationnel compliqué, sans s'y crasher.

Si Caesar est sélectionnée, elle prélèvera quelques centaines de grammes de Chury, et rapportera la matière volatile et la matière réfractaire dans deux containers séparés... le 20 novembre 2038.

Le choix final de la Nasa sera arrêté en juillet 2019.

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