Une expérience spatiale relance l’espoir de trouver une forme de vie sur Mars

Le rover de la mission ExoMars 2020 (vue d'artiste). © ESA/ATG medialab
Des organismes unicellulaires ont réussi à subsister pendant près d’un an et demi alors qu’ils étaient exposés au vide sur la station spatiale internationale. Ces résultats de l’étude européenne Biomex laissent envisager de trouver de tels micro-organismes dans le sous-sol de la planète rouge.

Mars, planète fertile ? Quand on parle de chercher de la vie ailleurs dans le Système solaire, c’est vers ce désert aride que se portent tous les espoirs. Une étude de l’Agence spatiale européenne (ESA), dirigée par Jean-Pierre de Vera, a montré récemment que l’idée n’était pas si folle.

De 2014 à 2016, l’expérience Biomex (pour Biology and Mars Experiment) a confronté des organismes terrestres aux conditions extrêmes de l’espace. Pendant un an et demi, archées, bactéries, lichens et fungi ont été exposés à l’extérieur de la station spatiale internationale (ISS). Et ils ont su résister à ces conditions extrêmes, comme l’indiquent les résultats présentés lors d’une conférence en mars 2019.

Le caisson expérimental de Biomex placé à l'extérieur de la station spatiale internationale. © DLR

« Ces résultats sont très importants pour la recherche de la vie sur Mars. Ils vont nous permettre de mieux calibrer nos instruments pour identifier d’éventuelles traces de vie au cours des prochaines missions d’exploration », explique Jean-Pierre de Vera. Car la planète rouge, qui abritait de l’eau autrefois, a très bien pu conserver des formes de vie unicellulaire en dormance.

Une vie qualifiée pour l’extrême

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs de Biomex ont d’abord sélectionné une panoplie de microbes en fonction de leur résistance. Tous ont des propriétés extrêmophiles, c’est-à-dire qu’ils sont capables de résister à des conditions en général défavorables au vivant : très hautes ou très basses températures, forte salinité, grande acidité, sécheresse… « Ce type de micro-organismes était le plus apte à résister aux conditions dans lesquelles nous allions les placer », justifie Jean-Pierre de Vera. Afin d’explorer toutes les possibilités de survie, certains échantillons ont également été enfouis dans une reproduction du sol martien (le sous-sol, protégé de certains rayonnements, pouvant être plus favorable à la vie).

Les échantillons ont été placés à l’extérieur de l’ISS le 18 août 2014, puis le 22 octobre, leur protection a été retirée afin de les exposer au vide spatial. Après 533 jours à subir d’intenses radiations ultraviolettes et de grandes variations de température (+150 à -270 °C), les échantillons sont revenus sur Terre le 18 juin 2016.

Des lichens ultrarésistants

Et leur examen a créé la surprise, notamment pour les lichens. Ces organismes photosynthétiques étaient toujours capables de se diviser (de se reproduire donc) une fois de retour sur Terre. « J’étais très étonné que ces organismes puissent survivre, même s’ils étaient protégés par le substrat simulant le sol de la planète rouge », confie Jean-Pierre de Vera.

Échantillons plongés dans un substrat simulant le sol martien. © DLR

Ces résultats sont encourageants, car ils signifient qu’une forme de vie est possible sur Mars. Cependant, il s’agit plutôt de survie que de vie. Les organismes impliqués dans l’expérience, pour se protéger des conditions extrêmes, subsistent en effet dans un état dormant. Il reste donc du chemin à faire avant d’envisager cultiver des lichens sur Mars.

Cependant, ces données nous renseignent sur quel type d’organismes pourrait être présents sur la planète rouge. « Elles vont nous permettre de calibrer au mieux les instruments du rover de la mission européenne ExoMars, lancée en 2020, pour repérer plus facilement des traces éventuelles de vie », reprend l’exobiologiste, et plus particulièrement le spectromètre Raman du rover martien, chargé de détecter la matière organique dans le sol.  

Récupérer les déchets d’Apollo

Jean-Pierre de Vera reste cependant prudent quant à la signification des résultats : « Même si l’étude a été menée sur une longue période, nous ne pouvons pas du tout prévoir ce qui se passerait pour ces organismes sur un plus long terme. » Dans le futur, il faudra donc mener des expériences sur des durées plus étendues. Une piste consisterait à récupérer les biodéchets (fèces, restes de nourriture) laissés sur la Lune lors des missions Apollo, pour identifier si des micro-organismes y ont survécu. Malgré son aspect farceur, cette mission encore dans les cartons pourrait être validée par la Nasa et se révéler riche d’enseignements !

Autre projet : « Après Biomex, nous préparons l’expérience Biosign, qui consiste à placer des organismes marins sur l’ISS », reprend Jean-Pierre de Vera. L’objectif, cette fois, est de simuler ce qui se passerait pour d’éventuels organismes éjectés par les geysers provenant d’Europe, le satellite de Jupiter, ou d’Encelade, satellite de Saturne.

Si des organismes marins terrestres extrêmophiles survivent à l’expérience, cela fournira aux scientifiques des « marqueurs » biologiques pour tenter de détecter des traces de vie sur les lunes de ces deux planètes géantes. Les instruments planifiés lors de futures missions d’exploration pourraient être calibrés en conséquence. « Le lancement est prévu pour 2022, au plus tard 2023 », conclut Jean-Pierre de Vera.

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