Un congrès d’astronomie raconté de l’intérieur (II)

Vue sur le port d’Auckland, depuis le centre des congrès. © Y. Nazé
Le congrès scientifique : un grand classique dans la vie du chercheur ! L’astrophysicienne Yaël Nazé nous dévoile les coulisses de l'un de ces rendez-vous professionnels, qui se tient à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Première étape : le voyage.

Un voyage qui vous met la tête à l’envers

La première étape d’un congrès, c’est bien sûr le voyage — qui comporte toujours un certain nombre d’incidents de parcours. Plus c’est loin, plus il y en a, donc on n’y a pas échappé. Ça a commencé par le Francfort-Bangkok qui devient Francfort-Phuket-Bangkok. Pourquoi ? Mystère… Toujours est-il que le temps de connexion à Bangkok diminue sérieusement, mais on n’a pas le choix, bien sûr.

La veille du départ, autre nouvelle (que je suis seule à recevoir par SMS, ni l’agence de voyages ni mon collègue ne sont prévenus : nouveau mystère) : il y a grève chez Lufthansa, et le vol Bruxelles-Francfort est annulé. Bon, sans le premier pas, impossible de faire les suivants.

Problème : ce jeudi, je suis à Paris. Du coup, difficile de faire les démarches. Heureusement, les Parisiens me facilitent les choses (merci à eux !), me permettant d’envoyer un email appelant au secours à l’agence de voyages. La solution proposée est de passer sur le vol précédent, mais sans garantie qu’il parte. Pas rassurés par la solution, mon boss et Éric, mon collègue aussi en partance, font le forcing pour un Liège-Francfort direct en TGV. Au moins, côté train, ça roule… pour une fois !

Départ vendredi, arrivée dimanche

Le jour J, nous voilà partis. Deux heures de train, puis 11 h d’avion jusqu’à Phuket, puis 1 h d’avion jusque Bangkok, puis 12 h d’avion jusqu’Auckland – sans oublier les temps d’attente entre tous ces vols. Au final : départ de l’université le vendredi à 14 h, arrivée sur le tarmac néo-zélandais le dimanche à 13 h. Faut occuper tout ce temps, et les quelques heures de sommeil que j’arrive à prendre ne remplissent pas tout.

Alors on mange. Côté cuisine, on a du poulet épicé (chaud devant !) agrémenté de choses parfois peu identifiables (mais pas mauvaises). Puis on se met devant la télé. Côté films, il y a du choix… astronomique : 2001, Odyssée de l’espace, Star Trek Beyond, Ice Age : Collision Course, Jupiter Ascending. Bon, 2001 sur mini-écran, c’est pas top. Donc tentons Scrat qui fait des bêtises dans l’espace et l’histoire nunuche de Jupiter, avec quand même une minute de pur bonheur avec gros plan sur la Tache rouge.

Pas vraiment de grande aventure en chemin. Les hôtesses et stewards de Thaï nous facilitent le transit à Phuket et Bangkok, dans un chaos, disons organisé. L’avion pour Auckland décolle avec une heure de retard (mais l’important est d’arriver, n’est-ce pas ?). Et le centre-ville d’Auckland est bloqué par la parade de Noël (si, si, déjà… ils sont fous ces Néo-Zélandais).

Comment reconnaître un astronome

Enfin, il ne reste plus que cinq personnes dans la navette de l’aéroport quand le chauffeur annonce que l’on va tous au même endroit. Du coup, on se regarde – “Hey, vous aussi ?” J’avais bien essayé de repérer un collègue lors des escales, mais à part celui qui avait un sweat-shirt Mauna Kea (trop facile !) ou le scientifique qui se balade avec un rouleau pour son poster, difficile de trouver un signe distinctif à la profession. Vieux, jeune, homme, femme, air calme ou déjanté, rien ne ressemble moins à un astronome qu’un autre astronome…

Finalement, à 15 h, arrivée à l’hôtel-centre de conférence. Une fois la valise posée, il faut tenir. Surtout, ne pas dormir, mais essayer de prendre le rythme local. Donc, je me lance dans une petite marche revigorante sous un vent à décorner les bœufs,  de gros nuages gris et quelques gouttes de pluie. Finalement, Auckland en été, c’est fou ce que cela ressemble à la Belgique à la même saison ! La plage voisine dévoile un joli panorama avec l’île-volcan de Rangitoto en ligne de mire.

Exotique et proche à la fois

Pour le reste, une impression étrange : je trouve à la fois une ressemblance et une différence fortes avec nos régions. On voit de nombreux arbres — mais je vois bien que leur feuillage ou leurs fleurs ne sont pas exactement les mêmes que les nôtres quand je m’approche. Les moineaux sont des cousins des nôtres… jusqu’à ce que j’entende un tac-tac-taaac sifflé plutôt étrange.

Les panneaux ont des indications en km/h comme chez nous ; ils aiment les ronds-points comme en France (sur la route près de l’hôtel, il y en a trois sur à peine 300 m), mais ils les prennent à l’envers (ben oui, ils roulent du mauvais côté). Bref, une familiarité exotique – enfin, c’est peut-être aussi l’effet du décalage horaire. Que voulez-vous, avec le cerveau explosé, on n’est pas sûr de ce qu’on enregistre. Et on fait quoi sinon aujourd’hui ?

À 16 h, commence l’enregistrement. Deux bureaux, pour les deux moitiés de l’alphabet. Je reçois un badge avec l’autorisation d’aller à la réception de bienvenue, et deux tickets boisson – plus une clé USB contenant le programme et les résumés des contributions. Rien que du classique, le papier en moins (un tournant écolo ?). Et à 18 h : début de la réception.

Premières retrouvailles autour du buffet. © Y. Nazé

Des mini-brochettes de viande, des boulettes viande-riz, des sortes de crêpes et de cake salé, des “frites” de frittata (allez, quoi, ce n’est pas des frites), tranches de melon au jambon fumé… Pas de kiwis en vue, je suis déçue. Je me console sur la qualité de la nourriture : ils ont hérité des Anglais le mauvais côté de la route, mais pas l’art culinaire, heureusement. Le tout est évidemment arrosé. Je récupère un jus de pomme hyper foncé, on dirait une trappiste belge style Orval, mais la plupart se lancent sur le vin ou la bière.

Les retrouvailles commencent, avec ses problèmes pratiques : en Belgique, une bise, en France, c’est deux, et au Canada ou en Suisse, c’est combien encore ? Aïe, il ne faut pas commettre d’impair… Dans le brouhaha de la centaine d’astronomes rassemblés là, qui prennent des nouvelles des enfants et papotent de tout sauf de recherche, l’organisateur met plusieurs minutes avant d’obtenir un silence relatif.

Il fait bref : alors, demain, 9 h 15, mot de bienvenue, mais faut être assis à cette heure, donc arrivez plus tôt. OK, chef, là, on va dormir, parce que le cerveau ne répond plus…

 

Découvrez les autres billets de Yaël Nazé sur le congrès d'Auckland, consacré aux étoiles massives.

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