Sale temps sur les fusées pour Mars

Vue d'artiste d'un décollage du SLS dans sa version initiale (70 tonnes en orbite basse). Crédit : Nasa.

La Nasa avec son SLS et SpaceX avec son Falcon visent l'envoi d'hommes vers Mars ; mais ces projets sont-ils réalistes ? Ils sont en tout cas mis sur la sellette par des observateurs du spatial américain.

SLS trop cher
La Nasa d'abord : dans une interview donnée au Houston Chronicle, Chris Kraft, le premier directeur des vols habités de l'agence américaine (à l'époque des vols Mercury et Gemini), juge que le Space Laucnh System (ou SLS) est « tellement gros que cela le rend très cher ».

Très cher à concevoir et à développer. Au point que le budget prévu va inévitablement « se détraquer », autrement dit exploser. Quant aux coûts d'opération inhérents aux campagnes de lancements, ils vont « manger la Nasa vivante ». L'ancien pionnier de l'agence prédit que s'ils permettent néanmoins au SLS de voler, cela ne sera pas plus d'une fois par an. Du coup, il s'interroge sur l'utilité d'une fusée monstrueuse qu'on ne pourrait ni construire ni lancer faut d'argent.

L'alternative du secteur privé
Pour Chris Kraft, la solution passe par les fusées existantes, notamment celles du secteur privé : Atlas, Delta et Ariane. Des lanceurs plus modestes permettraient tout autant d'envoyer des vaisseaux au-delà de l'orbite terrestre. Il suffirait pour cela de les assembler dans l'espace à partir de fragments plus petits que les charges utiles de 120 tonnes prévues sur le SLS.

Car, de toute manière, « si vous voulez aller sur la Lune ou sur Mars, vous allez devoir compter, en orbite terrestre ou peut-être en orbite lunaire, avec une capacité d'assemblage, une capacité de stocker du carburant, et la capacité d'avoir des gens opérant là-bas comme dans une sorte de cap Canaveral dans le ciel ».

Falcon pas assez cher
Dans le même temps, l'astrophysicien américain Neil DeGrasse Tyson, vulgarisateur de l'astronomie et directeur du planétarium Hayden de New York, déclare que le milliardaire Elon Musk, fondateur de la soiciété SpaceX, ne parviendra jamais à envoyer des hommes vers Mars, contrairement à ce qu'il l'avait annoncé fin 2012. Car une entreprise privée ne serait pas capable de franchir une nouvelle frontière spatiale. La raison ? « L'espace est dangereux. Il est cher. Il y a des risques non quantifiés. » En résumé, il n'y aurait aucun investisseur pour se lancer dans une aventure aussi aléatoire.

Un budget en suspens
Ces prises de position résument assez bien le flottement actuel en matière spatiale aux États-Unis. Avec la reprise de la session parlementaire, le Sénat (démocrate) et la Chambre des représentants (républicaine) vont s'affronter sur le budget annuel de la Nasa. En juillet 2013, le comité pour l'espace à la Chambre des représentants, par la voix de son président, Steven Palazzo, a refusé à la Nasa l'enveloppe nécessaire pour la mission de capture d'un astéroïde, la seule à ce jour à offrir une destination au lanceur SLS.

D'ici le 1er octobre 2013, le Congrès devra trancher dans un contexte incertain. La construction de la capsule Orion, censée être satellisée par le SLS a pris du retard et voit ses coûts augmenter. Et aucun programme d'exploration (Lune, Mars, astéroïdes...) n'est encore sur pied pour justifier la mise en chantier de ce vaisseau et de sa fusée géante.

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