Pioneer et Voyager : pourquoi nos messages aux extraterrestres ne seront jamais lus

La sonde Voyager en route vers une étoile… mais laquelle ? © Nasa
Des chercheurs ont évalué la probabilité que les sondes Pioneer et Voyager s’approchent suffisamment d’une étoile pour que le message qu’elles portent ait une chance d’être intercepté. Le verdict n’est pas très encourageant…

Comme des naufragés sur une île déserte jettent des bouteilles à la mer pour être localisés, l’humanité a déjà envoyé quatre « missives » dans l’espace interstellaire avec l’espoir qu’une éventuelle civilisation extraterrestre les intercepte. Une équipe de chercheurs vient de montrer que, hélas, ces « bouteilles à la mer » cosmiques ne passeront jamais à proximité d’une étoile, et par conséquent, ne seront sans doute jamais reçues…

Pioneer et Voyager, bouteilles à la mer cosmiques

Les bouteilles se nomment Pioneer 10 et 11, Voyager 1 et 2. Ces quatre sondes spatiales ont été lancées par la Nasa, en 1972 et 1973 pour les premières, et en 1977 pour les secondes. Parties explorer les régions externes du Système solaire et au-delà, chacune transporte un message au nom de l’humanité. C’est à l’astronome américain Carl Sagan, fondateur du programme de recherche d’intelligence extraterrestre SETI, que l’on doit le message embarqué sur les sondes Pioneer. Élaborée en trois semaines, cette carte postale interplanétaire est constituée d’une plaque en aluminium de 15x23 cm gravé de plusieurs dessins. Un homme et une femme se tiennent debout à côté de divers symboles censés indiquer notre adresse cosmique aux destinataires, pour peu qu’ils aient eux aussi développé des capacités en physique et en mathématiques. 

La plaque fixée sur une des sondes Pioneer. © Nasa

Le message emporté quelques années plus tard par Voyager 1 et 2 gagne en sophistication. En plus des mêmes symboles et dessins (où seul l’homme fait un vénérable signe de paix, la femme se contentant de se tenir à côté de lui…), les sondes embarquent un disque, le Voyager Golden Record, sur lequel divers images et sons de notre planète sont enregistrés. Si d’aventure E.T. parvient à comprendre comment se servir du stylet qui accompagne le disque et permet sa lecture, il découvrira des photos de la Terre, d’animaux et d’humains, le bruit du vent, du tonnerre, d’un nourrisson, mais aussi du Bach, du Mozart, du Louis Armstrong, des musiques du monde et du bon vieux Chuck Berry.

Le disque emporté par les sondes Voyager est accompagné du stylet pour le lire. © Nasa

Le satellite Gaia pour prédire le destin des sondes 

C. Bailer-Jones. DR

Louable initiative. Mais quelle est la probabilité qu’un beau jour, « Johnny B. Goode » soit écouté autour d’un lointain soleil ? C’est la question que se sont posée Davide Farnocchia (Jet Propulsion Laboratory) et Coryn Bailer-Jones (Max Planck Institute, Heidelberg). « En 2018, j’avais dirigé le travail consistant à retrouver l’origine de l’astéroïde extrasolaire Oumuamua en tenant compte de son mouvement, mais aussi de celui des étoiles qu’il avait dû croiser sur sa route et qui avait sans doute influencé sa trajectoire, explique ce dernier. L’idée de déterminer non plus l’origine, mais la destination d’un objet en utilisant les mêmes outils m’amusait. » Parmi les outils en question : les données de Gaia. Lancé en décembre 2013, le satellite européen doit mesurer avec une précision inégalée la position, le mouvement et la distance de 1,3 milliard d’étoiles de notre galaxie.

Les chercheurs ont d’abord déterminé les trajectoires futures des quatre sondes en utilisant les éphémérides proposées par le JPL jusqu’à l’an 2900. Ils ont ensuite extrapolé ces trajectoires sur des dizaines de milliers d’années à l’aide de simulations numériques. Ainsi, ils ont pu identifier les étoiles dont les sondes s’approcheront à moins de 50 années-lumière (une année-lumière correspond à la distance parcourue par la lumière en une année, soit 9461 milliards de kilomètres).

Pour chacune des sondes, il y avait ainsi quelque 4500 étoiles. « Nous avons déterminé les orbites de ces étoiles grâce au dernier jeu de données Gaia rendues publiques en 2018, qui donne la position, le mouvement, la distance, mais aussi la vitesse radiale [NDLR : le mouvement d’avant en arrière, par rapport à un observateur terrestre] de 7 millions d’étoiles. C’est ainsi que nous avons identifié des rencontres proches », précise Coryn Bailer-Jones. 

Prochaine rencontre dans… 90 000 ans 

Relativement proches, disons. D’ici 16 000 ans à 3 millions d’années, les sondes s’approcheront, à moins de 7 années-lumière tout de même, d’une dizaine d’étoiles. Les rencontres les plus intéressantes sont celle de Pioneer 10 à 0,6 année-lumière de HIP 117 795, une étoile de la constellation de Cassiopée, dans 90 000 ans, ou encore celle de Voyager 2, qui passera dans 20 000 ans à 2,6 années-lumière de Proxima du Centaure, la plus proche étoile du Soleil. 

Même si Pioneer passe au voisinage d’une planète habitée, comment la repérer ? Elle est désormais silencieuse. © Nasa

« La rencontre la plus proche, celle de Pioneer 10, est tout de même trop lointaine pour que la sonde ait une chance quelconque d’être repérée par d’éventuels habitants du système de HIP 117795 », commente Coryn Bailer-Jones. Certes, la plaque, installée à l’abri des poussières et des radiations cosmiques, sera probablement « lisible », mais la sonde, qui a franchi l’héliosphère dans les années 1980, n’émet plus le moindre bip depuis le début des années 2000. Lointaine et silencieuse, elle passera à 0,6 année-lumière de l’étoile dans la plus grande indifférence, même d’une civilisation technologiquement avancée. 

Solitude cosmique

« Les prochaines données collectées pourraient nous permettre de mettre en lumière d’autres rencontres, un peu plus proches, précise le chercheur. D’ici la fin de sa mission, Gaia aura en effet mesuré les paramètres complets — incluant la vitesse radiale, indispensable à notre travail — de 50 millions d’étoiles. Malgré cela, nous estimons que, vu l’espace considérable qu’il y a entre les étoiles, aucune des quatre sondes ne devrait entrer dans la zone d’influence d’une étoile avant 1020 ans ! [1, suivi de 20 zéros, NDLR]. » Soit bien après la fin de notre univers. Il est fort probable que, contrairement à certains naufragés, nous ne soyons jamais retrouvés grâce à nos bouteilles à la mer…

Le plan pour nous trouver dans la Galaxie a peu de chance d’être lu. © Nasa

 

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