Ne manquez pas le passage de Saturne au plus près de la Terre le WE du 15 août

Saturne vue le 18 juillet depuis Paris avec le passage très rare de Japet devant la planète. Crédit : JL Dauvergne
Saturne passe à l'opposition le 14 août, profitez de ce week-end du 15 août pour pointer une lunette ou un télescope dans cette direction, .... ou bien la porte d'un club d'astronomie si vous n'êtes pas pourvu de matériel.

"Nul spectacle ne vaut la plus simple vue de Saturne au télescope", écrivait Camille Flammarion. "L'être le plus indifférent en est, malgré lui, absolument émerveillé, la première fois que, dirigeant un instrument vers cette planète, il la voit soudain trôner avec sa couronne dans le champ télescopique. En notre ère de progrès scientifique, il serait impardonnable pour toute personne instruite qui n'a jamais vu l'anneau de Saturne, de laisser passer sa présence sur notre horizon sans jouir de ce magique spectacle."

Par cette évocation de la 2e plus grosse planète du Système solaire, le grand astronome du XIXe siècle résume bien l'effet généralement produit lorsqu'une personne observe Saturne pour la première fois au télescope. Bien des passions pour le ciel sont nées ainsi. 

Repérer Saturne

 

La planète gazeuse, entourée de son magnifique système d’anneaux, se lève dès le crépuscule en France. Il faut attendre 23h afin qu’elle ait pris un peu de hauteur (15° à Paris). Il sera alors possible de tenter son observation au télescope dans des conditions de turbulence qui s’améliorent. Avant cela, Saturne est trop proche de l’horizon et les images au télescope risquent d’être brouillées par l’épaisseur d’atmosphère terrestre traversée par sa lumière.

Saturne se repère donc au-dessus de l’horizon sud-est vers 23 h. Distante de plus d’un milliard de kilomètres, elle réfléchit la lumière du Soleil et brille assez pour être facilement visible à l’œil nu.

Mi-août, vers 2 h du matin (heure légale), Saturne passe au-dessus de l'horizon sud. Cela intervient vers 1 h fin-août.

C’est vers 2 h du matin que la planète passe au méridien, autrement dit exactement à la verticale du sud. C’est aussi le moment où elle est au plus haut : 26° à Paris, 32° à Perpignan et 24° à Lille. Dans tous les cas, cela commence à être correct pour éviter les turbulences atmosphériques les plus gênantes. Pour savoir si le ciel sera stable vous pouvez vous référer aux prévisions de Skippysky

Fin août, Saturne atteint cette même culmination à 1 h.

La situation est bien meilleure plus au sud, comme en Afrique du nord, aux îles Canaries ou sous les tropiques car Saturne est nettement plus haute dans le ciel. C’est donc le moment d’observer…

Quelles observations et avec quel matériel ?

Malgré son éloignement, Saturne nous apparaît assez grande dans une lunette ou un télescope parce qu’il s’agit d’une planète géante. Son diamètre de plus de 120000 km (360000 km pour les anneaux) lui confère un diamètre apparent de 18’’ (43’’ pour les anneaux). C’est davantage que Mars lors de sa prochaine opposition, en décembre 2022.

La surface de la planète elle-même est peu contrastée. Ses nuages forment des bandes horizontales aux teintes subtiles, qu’il est parfois difficile de discerner. Avec une lunette de 60 à 80 mm munie d’un grossissement de 100 x, on parvient tout de même à repérer sans trop de difficulté la large bande claire qui ceint son équateur. Il faut un télescope de 180 à 200 mm pour percevoir des détails plus fins aux latitudes moyennes.

Parfois, des tempêtes se déclenchent et peuvent atteindre une ampleur qui les rend visibles au télescope. La plupart du temps, toutefois, elles restent de petites tailles et ne présentent pas de coloration très prononcée ; il faut réaliser des images avec une caméra pour les faire ressortir.

Le plus spectaculaire sur Saturne reste son système d’anneaux remarquable. Il est possible d'en discerner trois voir 4, le plus extérieur étant séparé des trois autres par un vide qui apparaît comme un anneau noir. On l’appelle la division d'Encke. Il faut au moins un télescope de 300 mm pour la deviner, elle ne fait que 325 km de large. La division principale vers le milieu des anneaux est celle de Cassine. Pour vous donner une idée de ce qu’un instrument d’astronomie permet de voir, sa largeur est de l’ordre de 4700 km. Actuellement, les anneaux sont moyennement inclinés vers la Terre et l’on discerne la division de Cassini surtout sur les bords. Il est très difficile de la voir sur tout le pourtour, notamment devant la planète.

Un autre anneaux bien moins lumineux est visible à l'intérieur de l'anneau principal, il est surnomé anneau de crèpe. iI se dévoile sans problème en imagerie mais reste difficile en observation visuelle. On profite néanmoins au moment de l'opposition d'un surcroît de luminosité des anneaux dont il faut profiter. C'est ce que l'on appelle l'effet de phase lié au fait que les particules constitutives des anneaux sont éclairées de face vu depuis la Terre. 

Enfin, Saturne possède des satellites naturels assez gros pour être vus dans des instruments d’amateurs. Titan, le plus massif de tous, mesure environ 5000 km de diamètre et brille à la magnitude 8,5 qui le rend visible dans une lunette de 60 mm. Il faut un télescope de 150 mm pour apercevoir confortablement Rhéa et Théthys. Un télescope de 180 mm permet d’apercevoir Dioné. Encelade n’est visible que dans des instruments plus gros. Si l’on regarde la magnitude de chacun de ces satellites (de 9,8 à 11,8), on en conclut qu’ils devraient être visibles dans des instruments plus petits. Mais la présence de Saturne — très brillante — dans le champ réduit les capacités de détection de l’œil.

Conseils pour des conditions optimales

Les anneaux de Saturne sont visibles dès 30x de grossissement. Toutefois, pour avoir une belle image susceptible de montrer des détails, il faut atteindre 80 à 100x, ce qui est tout à fait à la portée d’une lunette de 60 mm. Mais pour bien en profiter, il faut s’assurer d’un minimum de turbulence. Cela dépend de l’état du ciel (si, à l’œil nu, les étoiles scintillent fortement, c’est mauvais signe) mais aussi de l’état de l’instrument. Si celui-ci a été stocké dans un endroit chaud, il faut lui laisser le temps de se refroidir et de se mettre à la température extérieure, ce qui peut prendre une à deux heures.

Quand les conditions sont bonnes (instrument à température et faible turbulence), on peut grossir jusqu’à 2 fois le diamètre de l’instrument exprimé en millimètres afin d’avoir une image à la fois grosse, fine et contrastée. Cela signifie environ 200 x pour un télescope de 100 mm de diamètre. Pour pousser au-delà, il faut que la stabilité et la transparence soit bonne. Et que l’optique soit excellente, sans quoi l’image devient sombre et floue.

Si vous n'avez pas d'instrument, tentez de trouver un club d'astronomie près de chez vous, en vous rendant sur le site de l'AFA, association éditrice de Ciel et Espace.  Ou encore en participant à une observation publique comme celles organisées par l'AFA à Paris, il y a un rendez-vous le 13 au Ranelagh et le 14 aux buttes Chaumont.

Fin de nuit sur Jupiter et Mars

Quand Saturne commence à se rapprocher de l’horizon sud-ouest, au cours du crépuscule matinal, il est temps de changer de planète. Jupiter arrive ! Elle est plus grosse, plus proche et aussi plus haute dans le ciel. La fin de nuit sur cette planète peut être elle culmine. Mais avant que l'aube ne montre trop nombliez pas Mars, ce point orangé et déjà bien lumineux est visible un peu plus à l'est encore. La planète rouge ne cesse de progresser en taille apparente, mais nous y reviendrons. 

Trouvez un bon coin pour observer

Il faut souligner que tous ces astres sont visibles sans difficulté en pleine ville. La pollution lumineuse est totalement négligeable par rapport à leur éclat. Mant tant qu'à passer la nuit dehors pourquoi ne pas profiter aussi de la Voie Lactée. Vous trouvrerez aussi sur notre site un lien vers une carte Google Earth comportant plus de 150 spots d'observation situés dans des coins sombres un peu partout en France. 

Pour cela référez vous à notre cartes des meilleurs coins d'observation en France, disponible dans notre numéro d'été :

Au sommaire du Ciel & espace n°584 - août-septembre 2022

Dossier : Les meilleurs coins pour observer le ciel

Grâce à la nouvelle carte établie par le laboratoire toulousain DarkSkyLab, nous avons fait le tour de France du ciel noir. Dans chaque région, des astronomes amateurs nous ont signalé leurs meilleurs endroits pour découvrir la voute céleste. Là où admirer la Voie lactée est toujours possible.

Reportage au JPL, le centre de contrôle du Système solaire

À Pasadena, le Jet Propulsion Laboratory pilote la plupart des missions spatiales américaines. C’est là, en Californie, que les rovers martiens prennent leur feuille de route, que le télescope James Webb envoie ses premières images, ou que la vétérante Voyager 1 donne de ses nouvelles.

Enquête : Trou noir de la Voie lactée : ce que révèlent les images

Sagittarius A*, le trou noir au centre de notre galaxie, a désormais un visage ! Mais il est encore un peu flou… Pour la jeune génération d’astronomes, une nouvelle quête commence.

Test : Sigma fp, un outsider pour l’astrophotographie

Le tout nouveau boitier hybride de Sigma a beaucoup d’atouts pour les sujets célestes. Le spécialiste de la photo astronomique Thierry Legault l’a testé.

Et aussi

  • Portfolio Sur Mars, Perseverance est au pied du mur

  • Interview Jean-Loup Chrétien : “Les agences n’ont plus rien à faire en orbite basse”

  • Histoire “Nous allons sur Mars avec deux chats, une spacegirl et un missionnaire” ; le programme spatial zambien de 1964

  • Premier contact Dumbbell, la nébuleuse M27

  • Observation Spécial ciel noir : les objets faibles de la Voie lactée à l’œil nu

  • Aux astres citoyens Faites votre première photo scientifique de Jupiter

  • Test Le boitier hybride Sigma fp, un outsider pour l’astrophotographie

  • Agenda L’Abbaye aux étoiles, un nouveau festival dans l’Aude

 

Disponible sur notre boutique web et en kiosque le 19 juillet (où nous trouver ?)

 

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Nous avons sélectionné pour vous

  • A observer : Callisto joue avec l’ombre de Jupiter le 30 septembre

    C’est une éclipse partielle d’un type extrêmement rare que les amateurs peuvent tenter de suivre le vendredi 30 septembre au matin : le satellite Callisto vient flirter avec l’ombre de Jupiter. Le phénomène est si rare que les logiciels en perdent leur latin ! Pour en avoir le cœur net, nous vous invitons à l’observer.

  • La sonde DART a percuté l’astéroïde Dimorphos

    Les images sont spectaculaires. Et elles ont été diffusées en direct : la sonde américaine DART s’est approchée de sa cible à 23000 km/h en prenant des photos de plus en plus rapprochées. Jusqu’à l’impact, provoqué pour mesurer la déviation qu’il est possible d’induire sur un astéroïde.

  • Philippe Baptiste, président du Cnes : « Il faut réguler les activités sur la Lune »

    S’accorder sur l’exploration de la Lune, collaborer avec d’autres agences spatiales que sont les États-Unis ou la Chine, mais aussi développer des programmes qui nous sont propres : le président du Cnes détaille la voie de l’agence spatiale française.