Le retour de la Grande Tache sombre de Neptune

L’anticyclone de Neptune observé par le télescope Hubble en septembre 2018. © Nasa/ES/A. Simon/M.H. Wong/A. Hsu
Cela faisait 30 ans que les astronomes attendaient le retour d’une Grande Tache sombre sur Neptune. Fin 2018, le télescope spatial Hubble a été le témoin de la réapparition de cette structure nuageuse sur la planète lointaine.

Le télescope spatial Hubble vient de dévoiler un vaste anticyclone sombre dans l’atmosphère de Neptune. L’image réalisée en septembre 2018 vient d’être rendue publique le 7 février. Elle rappelle furieusement une autre photo de la planète prise il y a 30 ans par Voyager 2 à l’été 1989. Lors de son survol, la sonde de la Nasa a en effet dévoilé une Grande Tache sombre (GTS) et de nombreuses autres structures dans l’atmosphère de la planète lointaine.

La Grande Tache sombre de Neptune, observée par la sonde Voyager 2 en 1989. © Nasa

L’image de Voyager 2 est vite devenue très populaire. Cette richesse tranchait avec l’atmosphère morne et uniforme d’Uranus, survolée 3 ans plus tôt. De surcroît, cette Grande Tache sombre rappelait la célèbre Grande Tache rouge de Jupiter.

Si ce rapprochement était justifié par la taille de la structure proportionnellement à la planète, elle s’est finalement révélée hâtive en termes de stabilité. La Grande Tache rouge de Jupiter est en effet observée en continu depuis des siècles. Faute de moyens au sol suffisants, l’anticyclone géant de Neptune n’a pas pu être vu avant le survol de Voyager 2, ni dans les années suivantes. 

Double rebondissement

Ce n’est qu’en 1994 que le télescope Hubble a été pointé vers la dernière planète connue du Système solaire, et à la surprise générale, la GTS avait disparu malgré ses dimensions vertigineuses. Avec ses 13 000 x 6 600 km, elle avait une largeur comparable à celle de la Terre.

Autre surprise pour les astronomes : un nouvel anticyclone sombre s’était formé dans l’hémisphère Nord ! C’était le début d’une série pour Hubble puisque l’anticyclone de 2018 est le quatrième découvert par l’observatoire orbital.

Cette structure est immense (10 900 km de diamètre) et elle est accompagnée de nuages blancs, tout comme la GTS de 1989. Ces nuages sont liés à la nature anticyclonique de la perturbation, il s’agit en fait de nuages de méthane poussés en altitude et refroidis jusqu’à ce qu’ils forment des cristaux de glace.

Un phénomène récurrent

Cette observation tend à démontrer une certaine régularité dans le phénomène. Déjà pointé vers Neptune en 2016, Hubble avait noté des perturbations dans cette zone qui pouvaient être interprétées comme des signes annonciateurs. Selon Andrew Hsu (université de Berkeley, Californie), ces anticyclones sombrent apparaissent tous les 4 à 6 ans en moyenne et ont une durée de vie de l’ordre de 2 ans.

L’évolution de la tempête de 2015 sur Neptune, suivie par Hubble. © NasaESA/M.H. Wong & A.I. Hsu

Au total, six ont été observés jusqu’ici. Voyager en a vu deux dans l’hémisphère Sud en 1989, car il y avait une tache sombre plus petite sous la GTS. Et Hubble a découvert une de ces tempêtes dans l’hémisphère Nord en 1994, puis en 1996. Après une longue période calme, une perturbation est apparue dans l’hémisphère Sud en 2015, mais elle était de petite dimension. Pour le moment, le phénomène est encore mal compris. D’où l’intérêt de multiplier les observations.

 

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