La comète Atlas sera-t-elle vraiment la comète du siècle ?

La comète C/2019 Y4 Atlas, photographiée par Rolando Ligustri le 18 mars 2020. © R. Ligustri.
Découverte le 28 décembre 2019, la comète C/2019 Y4 (Atlas), commence à enflammer la toile, avec parfois des prévisions qui feraient d’elle la comète du siècle. Nous avons donc demandé au spécialiste Nicolas Biver, de l’observatoire de Paris, à quoi nous attendre réellement.

Suite à sa découverte, fin 2019, la comète C/2019 Y4 (Atlas) faisait l’objet de prévisions prudentes avec un pic de luminosité à la magnitude 3 lors de son passage au plus près du Soleil le 29 mai 2020. Depuis, sa luminosité a évolué plus vite qu’attendu et les pronostics s’emballent. Selon les sources, son éclat atteindrait fin mai la magnitude 2, –1 ou –5. L’hypothèse la plus optimiste place même cette magnitude à –11, c’est-à-dire autant que la Lune ! On constate donc un écart d’un facteur 65 000 entre les différentes annonces ! Face à une telle différence, que faut-il en penser ?

L’avis des spécialistes sur la comète Atlas

« Je reste plutôt sur une magnitude autour de 2, lorsque la comète sera au plus près du Soleil », tempère Nicolas Biver, spécialiste des comètes à l’observatoire de Paris. « On peut éventuellement attendre un gain d’une magnitude supplémentaire autour des 27 et 28 mai 2020 par effet de diffusion de la lumière du Soleil. Mais la comète Atlas dégageant peu de poussières pour le moment, cet effet ne sera peut-être pas si important », précise l’astronome.

Il se range donc du côté des prévisions les plus prudentes. « Le côté optimiste vient du fait que c'est une comète qui est déjà passée près du Soleil et riche en gaz. Elle est donc peu propice à décevoir à l’approche du Soleil. Il faut garder en tête qu’elle peut se fragmenter. Une fragmentation, cela engendre sur le moment un sursaut d'éclat, mais à moyen terme, elle peut entraîner une désintégration », détaille le chercheur.

Une autre prévision fiable a été publiée le 19 mars par Dan Green, de l’université de Cambridge. Dans son télégramme publié sur le site de l’Union astronomique internationale, l’astronome britannique annonce une magnitude –0,3 fin mai. « Sa prédiction est un peu plus optimiste que la mienne, mais va dans le même sens, avec une inflexion de la progression de luminosité de la comète en cours de chemin », estime Nicolas Biver.

On reste bien loin de la magnitude farfelue de –11 indiquée par certains. C/2019 Y4 (Atlas) n’est donc définitivement pas la comète du siècle. Cependant, rares sont celles capables de flirter avec la magnitude 0. Elle mérite donc notre attention (conseils d’observation en fin d’article).

Pourquoi les prévisions sont-elles si difficiles ?

D’où vient ce gouffre entre les différentes prévisions ? En fait, la comète connaît actuellement un accroissement de luminosité très rapide. « Il est peut-être dû à un biais observationnel. Il peut y avoir un effet de seuil sur la détection de la chevelure [ou coma, l’enveloppe de gaz autour de la comète, NDLR] qui conduit à sous-évaluer la luminosité de la comète lorsqu’elle est loin », prévient Nicolas Biver.

Quoi qu’il en soit, les comètes restent très rarement sur la même progression de luminosité lorsqu’elles s’approchent du Soleil. Les prévisions les plus optimistes sont donc tout simplement simplistes et manquent d’expertise. « Je m’attends fin mars à un changement de pente vers 1,5 unité astronomique (UA) du Soleil, comme le suggèrent d’autres passages de comètes », prévoit Nicolas Biver.

Une comète, elle-même fragment de comète

Autre indicateur important à prendre en compte : Atlas ne nous est pas totalement inconnue car elle est sur la même orbite qu’une grande comète observée en 1844. Il s’agirait en fait un fragment qui s’en serait séparé il y a plusieurs milliers d’années, lors d’un précédent passage au plus près du Soleil — leur période est d’environ 4400 ans.

« Souvent les premiers morceaux sur une orbite sont les plus gros. Il n’est donc pas sûr qu’Atlas puisse devenir plus brillante que la comète de 1844 », ajoute Nicolas Biver. Celle-ci avait atteint la magnitude voisine de 0 ; c’est donc en toute vraisemblance la barre haute de ce que l’on peut en attendre. En somme, vous pouvez retenir qu’Atlas brillera probablement au moins d’une magnitude 2 et au mieux d’une magnitude 0 lorsqu’elle sera au plus près du Soleil.

Bonne visibilité à l’œil nu du 15 au 23 mai

« Si le confinement perdure, tout le monde ne pourra peut-être pas aller chercher le bon site pour l'observer », plaisante Nicolas Biver. Plus sérieusement, la difficulté est que la comète n’est pas observable lorsqu’elle brille le plus. C’est souvent le cas avec les comètes : elle sera à ce moment-là trop près du Soleil.

« Les dernières occasions de voir la comète au-dessus de l'horizon devraient se présenter autour du 23-24 mai 2020 juste avant l’aube. La comète sera à 5° de l’horizon au crépuscule nautique (quand le Soleil est encore entre 6° et 12° sous l’horizon). Elle sera à 0,35 UA du Soleil, et 1 à 1,5 magnitude plus faible qu'au périhélie », estime Nicolas Biver.

Son intérêt pour les observateurs va alors beaucoup dépendre de son éclat effectif. Si elle grimpe à la magnitude 0 fin mai, elle sera encore à la magnitude 1 dans les derniers jours favorables pour l’observer. Dans ce cas, on peut s’attendre à ce qu’elle soit bien visible à l’œil nu du 15 au 23 mai 2020. La comète Atlas sera d’autant plus intéressante qu’elle devrait déployer une belle queue de gaz verticale par rapport à l’horizon, et donc sensiblement plus haute — celle de 1844 déployait une queue visible sur 5 à 15° selon les témoignages. Si elle brille 2 magnitudes de moins, elle sera plutôt l’affaire des spécialistes en raison des lueurs du crépuscule et de sa faible hauteur.

Quoi qu’il en soit, sa phase d’approche sera intéressante à suivre au télescope dans la première quinzaine de mai, car elle sera déjà relativement lumineuse, et encore relativement haute. La carte suivante indique la position dans le ciel du soir.

Carte de visibilité de la comète Atlas en mai 2020.

La comète est circumpolaire jusqu’au 21 (elle ne se couche pas), si bien qu’elle est aussi visible le matin lorsqu’elle reprend de la hauteur. À partir du 20, vous avez plutôt intérêt à la chercher dans le ciel de l’aube, elle sera un peu plus haute que le soir.

Ci-dessous, la position de la comète et sa magnitude selon la prévision de Dan Green un peu plus optimiste que celle de Nicolas Biver.

Date AD DEC MAG

2020 03 22    09 08.62   +67 43.0    8,4
2020 03 27    08 31.49   +68 26.7    8,1
2020 04 01    07 54.48   +68 31.2    7,8
2020 04 06    07 19.86   +68 01.1    7,5
2020 04 11    06 48.93   +67 03.1    7,1
2020 04 16    06 21.95   +65 43.7    6,7
2020 04 21    05 58.39   +64 07.3    6,3
2020 04 26    05 37.33   +62 15.3    5,8
2020 05 01    05 17.69   +60 04.6    5,3
2020 05 06    04 58.37   +57 26.3    4,6
2020 05 11    04 38.47   +54 02.3    3,8
2020 05 16    04 17.55   +49 19.5    2,8
2020 05 21    03 56.51   +42 22.9    1,6
2020 05 26    03 39.81   +32 11.3    0,3
2020 05 31    03 38.62   +20 04.1    -0,3
2020 06 05    03 57.59   +11 36.2    0,9
2020 06 10    04 22.33   +07 36.0    2,5
2020 06 15    04 45.02   +05 39.8    3,9
2020 06 20    05 04.70   +04 35.4    5,0
2020 06 25    05 21.81   +03 54.4    5,8
2020 06 30    05 36.82   +03 24.8    6,6
2020 07 05    05 50.15   +03 00.6    7,2
2020 07 10    06 02.09   +02 39.0    7,8

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