L’inde veut envoyer un astronaute dans l’espace en 2022

Crédit : M. Weiss
Après la Russie, les Etats-Unis et la Chine, l’Inde a pour ambition de devenir la quatrième nation à envoyer des humains dans l’espace par ses propres moyens. Son vaisseau, Gaganyaan, capable d’emporter trois passagers, devrait effectuer son premier vol habité en 2022.

Quand le premier citoyen indien s’élancera-t-il dans l’espace depuis sa terre natale, à bord du vaisseau Gaganyaan, entièrement conçu en Inde ? Quatre candidats, tous pilotes de chasse, ont repris depuis début mai leur entrainement, un temps interrompu par l’épidémie. Si leur identité reste inconnue, le 29 juin 2020, le Dr Jitendra Singh, ministre chargé de l’Espace, a indiqué aux médias indiens que l’heureux élu devrait s’envoler pour l’orbite terrestre d’ici à 2022.

À ce jour, deux Indiens ont déjà accompli trois missions spatiales, mais à bord de vaisseaux russes et américains : le pilote militaire Rakesh Sharma, sur le Soyouz T-11 en 1984, et la regrettée Kalpana Chawla sur la navette spatiale (STS-87 en 1997 et STS-107 en 2003). La volonté indienne d’accéder aux vols habités indépendants est ancienne puisque les études préliminaires de Gaganyaan remontent à 2006. Il a toutefois fallu attendre le 18 décembre 2014 pour que l’ISRO, l’agence spatiale indienne, expérimente la capsule CARE (Crew Atmospheric Reentry Experiment). Ce véhicule d'une masse de 3,6 t a effectué un vol suborbital qui a culminé à 125 km d’altitude et a permis de valider notamment les paramètres liés à la rentrée atmosphérique. Ce n’est qu’en 2017 que le projet indien de véhicule spatial piloté a bénéficié d’un soutien de poids en la personne du Premier Ministre Narendra Modi. Celui-ci a annoncé fermement en juillet 2018 un vol habité pour 2022, en principe avant le 75e anniversaire de l’indépendance indienne.

La capsule de démonstration CARE, à son retour de l'espace, en 2014. © ISRO.

Le projet Gaganyaan dispose officiellement d’un budget total de 10 000 crores (1,3 milliard d’euros) et bénéficie d’un fort soutien populaire à tel point que, de l’enfant à l’ouvrier, « tout le monde connait le nom des dirigeants de l’ISRO », souligne ainsi Mathieu Weiss, représentant du CNES à Bangalore. « En Inde, Gaganyaan est vécu comme l’affirmation de l’identité indienne », ajoute ce dernier. Outre la Russie, qui accueille les candidats astronautes indiens pour l’entrainement, la France fournit une expertise médicale via le MEDES. Ainsi, Brigitte Godard, médecin de Thomas Pesquet, a formé ses collègues indiens en 2019.

Un premier vol sans équipage en 2021

Pour réussir le défi d’une mission habitée, l’Inde a toutefois encore des étapes à franchir. Gaganyaan, qui n’a peut-être pas la sophistication du Crew Dragon, doit préalablement voler deux fois en automatique. Un premier test était prévu pour fin 2020. La crise du Covid-19 a obligé les responsables de l’ISRO à reporter l’essai à 2021. Au cours de ce premier vol, il est prévu d’installer à bord le robot Vyommytra (l’Ami spatial). Il s’agit d’un équivalent, à l’aspect féminin, du Robonaut 2 de la Nasa qui est développé par l’ISRO. Un deuxième vol d’essai sans équipage pourrait intervenir avant la fin de 2021.

Maquette du vaisseau Gaganyaan, visible à Bangalore, le 24 janvier 2020. © M. Weiss.

Avec 11 m3 de volume habitable, Gaganyaan est conçu pour accueillir jusqu’à trois passagers. Selon les informations disponibles, sa masse totale à vide serait de 3,7 t. Pour la mission de 2022, il ne devrait toutefois embarquer qu’un seul astronaute pour un vol qui durerait au maximum 7 jours. Le vaisseau sera doté d’un système de sauvegarde pour l’équipage (CES) en cas de problème sur la fusée. Similaire à celui du Soyouz, le CES a été testé avec succès le 5 juillet 2018.

Gaganyaan doit être lancé par une fusée GSLV Mk III, qualifiée pour le vol habité, et qui peut placer jusqu’à 8 t de charge utile en orbite basse (a priori, un peu plus que la masse totale du vaisseau avec son module de service). Cette fusée a déjà volé avec succès à quatre reprises. Les ambitions de la patrie de Ghandi sont fortes en matière de vol habité puisqu’une petite station spatiale est même projetée à l’horizon 2030.

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