Découverte d'une planète autour d'Alpha du Centaure : les dix questions.

Une planète autour d'Alpha Centauri B. Crédit : ESO

Il y a une planète rocheuse autour du système stellaire le plus proche du Soleil, à seulement 4,4 années-lumière de la Terre ! L'annonce de cette découverte par l'ESO, ce 17 octobre 2012, pose de fascinantes questions.

1/ Où se trouve Alpha du Centaure ?

Comme son nom l'indique, Alpha du Centaure est l'étoile la plus brillante de la constellation du Centaure, visible dans le ciel austral. C'est aussi la quatrième étoile la plus brillante du ciel.

En réalité, il s'agit d'une étoile triple. Alpha Cen A et Alpha Cen B, similaires au Soleil, tournent l'une autour de l'autre en 80 ans et peuvent s'approcher l'une de l'autre à seulement onze fois la distance Soleil-Terre (unité astronomique, notée « au »).

Proxima du Centaure, dix fois moins massive, tourne autour du couple à 15 000 au et, formellement, est aujourd'hui la plus proche étoile du Soleil. C'est autour d'Alpha Cen B qu'une planète vient d'être découverte.

2/ À quoi ressemble la nouvelle planète ?

Les astronomes possèdent peu d'informations. Ils ne connaissent que sa masse minimale (presque exactement celle de la Terre) et la distance à son étoile (seulement 4% de la distance Soleil-Terre, ce qui fait que son année ne dure que 3,2 jours !).

Ces données la placent clairement dans la catégorie des planètes rocheuses « chaudes ». Sur sa face éclairée, sa température pourrait dépasser 1000°C. En revanche, comme elle présente probablement toujours la même face à son étoile, sa face plongée dans la nuit doit être glaciale.

3/ À quoi ressemble son ciel ?

Puisqu'elle est sans doute dépourvue d'atmosphère, le ciel de cette planète doit être piqué d'étoiles, au premier rang desquelles Alpha Cen B (22 fois plus grosse que le Soleil vu de la Terre) et Alpha Cen A (22 fois plus petite). Les constellations vues depuis Alpha du Centaure sont identiques aux nôtres, avec le Soleil bien visible dans la constellation de Cassiopée.

4/ Comment s'appelle la nouvelle planète ?

Si l'on suit la nomenclature de l'Union astronomique internationale (UAI), elle devrait s'appeler Alpha Cen Bb. Cependant, dans leur article scientifique, les astronomes se sont bien gardés de la nommer et parlent simplement de « la planète en orbite autour d'Alpha Centauri B ».

Il faut savoir que la nomenclature des exoplanètes est l'un des chantiers auquel doit s'atteler l'UAI, les découvertes de planètes autour d'étoiles doubles, triples, voire quadruples comme pour la planète PH1, rendant les choses compliquées. Les planètes d'Alpha du Centaure mériteraient peut-être d'être baptisées d'un vrai nom ? Vos propositions sont les bienvenues !

5/ Comment a-t-elle été découverte ?

La planète a été découverte par la méthode des vitesses radiales grâce au spectromètre Harps (lien en anglais), installé sur le télescope de 3,6 m de l'observatoire de La Silla, au Chili. C'est l'équipe du Suisse Michel Mayor, découvreur de la première planète extrasolaire en 1995, qui l'a détectée après quatre années de mesures.

Pour y parvenir, l'équipe s'est appuyée sur le travail de Xavier Dumusque, qui a mis au point une technique permettant de détecter de petites planètes par cette méthode malgré le signal parasite de l'étoile, lié à son activité magnétique. Alpha Cen B possède en effet un « cycle solaire » de huit ans.

6/ Une forme de vie est-elle possible sur cette planète ?

Il est difficile d'imaginer l'existence d'une atmosphère sur une planète si proche de son étoile (dix fois plus proche que Mercure du Soleil). Avec une température de plus de 1000°C sur sa face éclairée, la planète est certainement hostile à la vie.

7/ Les astronomes ont déjà découvert plus de 800 planètes extrasolaires. Pourquoi celle-ci est-elle spéciale ?

Pour plusieurs raisons. D'une part, la découverte d'une planète rocheuse dans le voisinage immédiat du Système solaire confirme que ces planètes sont extrêmement abondantes dans la Galaxie (ce qui laisse d'autant plus de chance que l'une d'elles puisse abriter la vie...).

Par ailleurs, sa proximité signifie que nous allons pouvoir l'étudier relativement facilement. Mais surtout, comme l'explique l'un des découvreurs, le Suisse Stéphane Udry : « il y a une très grande probabilité pour qu'il y ait d'autres planètes autour d'Alpha Cen B. »

En particulier, il s'agit désormais de savoir si une planète s'est formée dans la zone habitable autour de l'étoile, c'est-à-dire à une distance qui permettrait l'existence d'eau liquide à sa surface. Si c'était le cas, cette planète deviendrait immédiatement la cible numéro un des astronomes et des exobiologistes (qui s'intéressent à l'existence de la vie ailleurs).

8/ Il est déjà arrivé que des découvertes très médiatisées soient rétractées ensuite. Est-on bien sûr de l'existence de cette planète ?

Stéphane Udry assure qu'il n'y a « qu'une chance sur mille » pour que le signal détecté en observant Alpha Cen B soit dû au hasard, et non à une planète. En physique des particules, ce serait insuffisant pour annoncer une découverte. Mais l'astronome met en avant la longue expérience de chasseurs d'exoplanètes de son équipe. Il y a peu de chances, selon lui, pour que cette découverte soit contredite.

9/ Après cette découverte, quelle est la prochaine étape ?

Désormais, l'objectif numéro un des astronomes est de vérifier si la planète passe devant son étoile. Si c'est le cas, ce transit permettra de mesurer son rayon — donc de déterminer sa densité — et de tenter la détection d'une atmosphère (même s'il n'y en a probablement pas).

Cela serait aussi de bon augure pour la détection d'autres planètes. L'équipe suisse estime la chance d'un transit à 10%, voire plus si la planète orbite dans le même plan que le couple Alpha Cen A/ Alpha Cen B. Des télescopes suivent actuellement l'étoile. Le télescope spatial Hubble devrait aussi pointer l'astre.

Mais le temps presse : comme les deux étoiles tournent l'une autour de l'autre, elles se déplacent sur le ciel... Elles sont actuellement en train de se rapprocher (passage au plus près prévu en 2016), si bien que les mesures autour d'Alpha Cen B vont devenir de plus en plus difficiles.

Alpha Centauri A et Alpha Centauri B phtographiées depuis Saturne par la sonde Cassini, le 17 mai 2008. Crédit : Nasa/JPL

Alpha Centauri A et Alpha Centauri B phtographiées depuis Saturne par la sonde Cassini, le 17 mai 2008.

Crédit : Nasa/JPL

10/ Peut-on imaginer lancer une sonde vers le système planétaire d'Alpha du Centaure ?

Des ingénieurs y réfléchissent déjà ! C'est le projet Icare. Mais attention, ce système stellaire triple est 300 000 fois plus éloigné de la Terre que ne l'est le Soleil. Pour l'atteindre en quelques décennies, il faudrait foncer à 30 000 km/s, soit 10% de la vitesse de la lumière. L'objet le plus rapide jamais lancé par la Terre à ce jour, Pionner 10, se traîne à 37 km/s. Il lui faudrait 35 000 ans pour atteindre Alpha du Centaure...

Loading player...
Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Commentaires

Nous avons sélectionné pour vous

  • Découverte de deux trous noirs supermassifs sur le point de fusionner

    Pour la première fois, une image prise avec le télescope spatial James Webb montre deux trous noirs supermassifs très proches l’un de l’autre. La scène, qui se déroule à des milliards d’années-lumière, donne un indice sur le processus de formation des trous noirs qui occupent le centre de nombreuses galaxies.

  • Problème de propulsion pour Bepi-Colombo en route vers Mercure

    La sonde européenne en route vers Mercure fait face à un souci : ses propulseurs ioniques ne fonctionnent plus à pleine puissance. L’Agence spatiale européenne tente de déterminer l’origine du problème qui, pour l’heure, ne devrait pas menacer le prochain survol de la première planète du Système solaire.

  • Les trous noirs sont en une du Ciel & espace 595, en kiosque le 15 mai

    Au sommaire du magazine Ciel & espace de juin-juillet 2024 : les trous noirs tout proches de nous ; la bataille des géants entre l’ELT européen et le TMT américain ; l’abbé Lacaille, l’explorateur du ciel austral ; le test de la lunette Askar FRA400…