Avec la Tesla de Musk, le top 10 des objets spatiaux insolites

La voiture Tesla Roadster après son placement sur orbite. © Space X
La voiture rouge d’Elon Musk n’est pas la première bizarrerie à avoir été expédiée dans l’espace. Tel un grenier rempli de souvenirs et autres étrangetés, le Système solaire recèle des objets satellisés pour des raisons parfois étonnantes.

Depuis le 6 février 2018, une voiture flotte dans l’espace. Après le lancement réussi de la fusée Falcon Heavy, la Tesla rouge d’Elon Musk qui se trouvait dans sa coiffe a été exposée au vide. Grâce à trois caméras disposées tout autour, elle a gratifié les réseaux sociaux de photos impressionnantes avec la Terre en arrière-plan. Mais elle n’est pas la seule curiosité à errer dans l’espace. Elle ne fait que s’ajouter à une petite liste d’artefacts insolites qui ont été expédiés volontairement en direction des autres planètes.

Le corps céleste qui détient la plus belle collection reste sans conteste la Lune où douze astronautes se sont rendus et où ils ont laissé toute une variété de curiosités. Pour n’en citer que quelques-unes : le retardateur de l’appareil photo de Pete Conrad et Alan Bean (Apollo 12), les deux balles de golf tapées par Alan Shepard (Apollo 14), le marteau lancé par le géologue Harrison Schmitt (Apollo 17). Plus proche de nous, en orbite autour de la Terre, on peut penser aux multiples accessoires égarés par erreur lors de sorties extravéhiculaires. Parmi lesquels, le gant d’Edward White s’échappant de la trappe du vaisseau Gemini 4, une boîte à outils et un appareil photo perdus respectivement par Heide Stefanyshyn-Piper et Sunita Williams à l’extérieur de la station spatiale internationale.

Si l’on exclut le bric-à-brac lunaire et les instruments perdus en orbite basse qui ont depuis brûlé dans l’atmosphère terrestre, de nombreux objets demeurent encore aujourd’hui quelque part entre les planètes. Opérations publicitaires, œuvres d’art, égarements ou traces laissées pour la postérité, les motivations sont variées pour aller installer cette masse supplémentaire au sommet des fusées, dans lesquelles chaque kilogramme est parfois facturé plusieurs dizaines de milliers de dollars. Listons certaines de ces curiosités spatiales, dont la voiture d’Elon Musk fait dorénavant partie.

1. Une Tesla Roaster rouge cerise

Coup de communication réussi pour Elon Musk ! À l’occasion du premier tir de la Falcon Heavy de SpaceX, fusée la plus puissante existant actuellement, le milliardaire sud-africain a choisi de placer sous la coiffe du lanceur une voiture de la marque Tesla, autre entreprise qu’il détient. La fiabilité d’un lanceur n’étant pas encore démontrée lors de ses premiers vols d’essai, les futurs clients évitent souvent d’embarquer leurs satellites commerciaux à ce stade trop précoce. C’était l’occasion pour l’entreprise de « s’amuser » un peu et surtout de mener une opération marketing de grande ampleur. Au volant de la décapotable électrique trône le mannequin astronaute surnommé Starman, habillé d’une combinaison spatiale également fabriquée par SpaceX. Des millions de spectateurs ont pu admirer les improbables images du véhicule passant devant le globe terrestre lors du second direct le plus visionné de l’histoire de YouTube (après le saut en parachute de Félix Baumgartner en 2012). Starman, qui faute de son dans l’espace ne peut entendre son autoradio jouer David Bowie, est actuellement en route vers la Ceinture d’astéroïdes. Sur une orbite elliptique d’une période de 1,57 an autour du Soleil, sa Tesla est un nouvel objet géocroiseur parmi tant d’autres. Il devrait s’approcher à moins de 30 millions de kilomètres de la Terre en 2043, 2047, 2073, 2076 et 2078.

Starman, le mannequin de SpaceX au volant de sa Tesla Roadster. © SpaceX

2. Une grosse boule à facettes

Le 21 janvier 2018, la jeune entreprise néo-zélandaise Rocket Lab a profité du deuxième tir d’essai de sa fusée Electron pour satelliser un objet pour le moins étonnant : une boule disco de 1m de diamètre. Le premier tir d’Electron ayant été mitigé (le lanceur avait atteint l’espace, mais n’avait pas réussi à se satelliser), l’entreprise a ensuite pris le risque de ne transporter que trois nanosatellites Cubesats, bénéficiant d’un vol à pris « discount ». Plein de place libre dans la coiffe pour embarquer la disco star, œuvre d’art qui se situe à l’heure actuelle en orbite entre 300 et 500km au-dessus de nos têtes.

Doté de ses 65 faces réfléchissantes, l’objet a été baptisé « Humanity Star » par Rocket Lab, qui le présente comme un objet visible à l’œil nu par la Terre entière. Pour son PDG Peter Beck, observer Humanity Star, c’est l’occasion de prendre du recul, « de penser à nos vies et nos actes différemment, et de mieux comprendre ce qui est important pour l’humanité ». L’annonce de ce nouveau satellite artificiel, dont la magnitude minimale est estimée à 1,6, a fait grincer les dents de nombreux astronomes. Mais ceux qui y voient un simple débris supplémentaire peuvent se consoler en sachant que l’objet ne restera en orbite que neuf mois, au terme desquels il brûlera dans l’atmosphère.

Peter Beck, CEO de Rocket Lab, pose à côté de sa Humanity Star - DR

3. Les plaques Pioneer et les disques Voyager

On ne les présente plus. Une plaque faite d’aluminium d’or, de 23 sur 15 cm, a été installée sur chacune des sondes Pioneer 10 et 11, lancées en 1972 et 1973. Poussées à l’envoi par Carl Sagan telles des bouteilles à la mer à destination d’éventuelles civilisations extraterrestres, elles sont gravées d’un message pictographique imaginé par ce dernier, sa femme et Frank Drake. On y voit un homme et une femme nus, un diagramme du Système solaire et la position de notre planète relative à 14 pulsars dans la Galaxie. On retrouve également cette position sur le couvercle des disques vidéonumériques embarqués par les sondes Voyager 1 et 2 en 1977. Toujours à l’initiative de Carl Sagan, ces disques ont été gravés de sons (vent, oiseaux, chant de baleines, musiques, vœux en 55 langues), d’images représentant la diversité de la vie sur Terre et d’un message du président américain Jimmy Carter et du secrétaire général de l’ONU de l’époque, Kurt Waldheim. Une véritable carte d’identité de l’espèce humaine adressée à qui dans l’espace pourrait un jour les intercepter.

L'une des deux plaques Pioneer (à gauche) et l'un des deux Voyager Golden Record (à droite). © Nasa 

4. Un peu de Ferrari autour de Mars

Le rouge étant la couleur emblématique de Ferrari, la marque italienne a souhaité envoyer un peu de sa peinture en orbite autour de la planète… rouge. Une petite sphère de verre de 2 cm de diamètre, remplie de peinture, a pris place sur la sonde européenne Mars Express lancée en juin 2003, puis arrivée à bon port pour recueillir actuellement des données sur l’atmosphère, la surface et le sous-sol de Mars. Une opération marketing qui paraît aujourd’hui bien timide face à l’ampleur du coup de pub de Tesla.

La peinture rouge de Ferrari en démonstration devant une maquette taille réelle de la sonde Mars Express. © ESA

5. Un centime sur Mars

Le rover Curiosity, qui lui étudie la planète rouge sur le terrain, est doté de multiples caméras, dont Mahli (Mars Hand Lens Imager). Placée au bout du bras du robot américain, Mahli fournit des prises de vue rapprochée des minéraux martiens. Afin d’analyser au mieux ces images, un étalonnage en couleur et en taille est nécessaire. C’est possible grâce à une plaque fixée au niveau de l’épaule du bras de Curiosity. Cette mire comporte des repères colorés pour la calibration des couleurs et… un centime de dollar pour la calibration des tailles. Il s’agit d’une pièce de 1909 à l’effigie d’Abraham Lincoln, d’une valeur comprise entre 800 et 1200 dollars.

La mire de calibration du rover Curiosity, assemblé dans une salle blanche. © Nasa

6. Des figurines Lego autour de Jupiter

Trois figurines Lego à l’effigie de Galilée et du couple de dieux romains Jupiter et Junon ont décollé en 2011 pour la plus grosse planète du Système solaire. Installés à bord de la sonde Juno, du même nom que la déesse, les petits Legos gravitent autour de Jupiter depuis 2016 sur une orbite très elliptique les rapprochant tous les 53 jours à seulement 4 200 km de la planète. « Nous espérons que cela augmentera l’intérêt des enfants pour le programme spatial », déclarait Scott Bolton, responsable de la mission de la Nasa.

Galilée, Junon et Jupiter en Lego sont à bord de la sonde jovienne Juno. © Nasa

7. Un fourre-tout sur New Horizons

La sonde américaine New Horizons nous a gratifiés à l’été 2015 d’images extraordinaires de Pluton. Pendant son survol, elle transportait les cendres de Clyde Tombaugh, découvreur en 1930 de la planète naine. Mais cet hommage touchant à l’astronome américain n’est pas la seule charge non scientifique à bord de la sonde de la Nasa. On y trouve aussi deux drapeaux américains, une pièce commémorative de l’État de Floride (d’où la sonde a décollé), une autre du Maryland (où elle a été construite), un composant de l’avion Spaceship One, un CD avec les noms de 434 738 personnes, un autre CD comportant les photos de l’équipe de la sonde et pour finir un timbre de 1991 montrant Pluton. Pour un total de neuf objets servant de contrepoids à des endroits stratégiques sur le module. Neuf, comme le nombre de planètes dans le Système solaire lors de son lancement en janvier 2006, avant que Pluton ne soit déclassée plus tard cette même année.

Les cendres de Clyde Tombaugh, découvreur de Pluton, fixées sur la sonde New Horizons. © Nasa

8. Un peu des tours jumelles du World Trade Center

Les jours qui ont suivi l’attaque terroriste sur les tours du World Trade Center, en 2001, les ingénieurs de l’entreprise Honeybee Robotics, à New York, n’ont pas pu participer comme ils le souhaitaient à l’hommage collectif aux victimes. Pour cause, ils devaient tenir le calendrier pour la construction des rovers martiens Spirit et Opportunity. Un collaborateur au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa leur souffla alors l’idée d’un hommage dans l’espace. Des débris en aluminium issus des deux tours furent livrés à Honeybee par la mairie de New York et façonnés pour devenir la gaine protectrice des outils destinés à l’abrasion des roches sur Mars. Gaine qu’ils estampillèrent d’un drapeau américain. Lancés le 10 juin 2003 par une fusée Delta II, les deux engins de la mission Mars Exploration Rover ont analysé la planète rouge. Si Spirit en a terminé en 2010, Opportunity lui est toujours en activité.

Imprimé du drapeau américain, l'aluminium servant de gaine protectrice à l'outil abrasif de Spirit et d’Opportunity provient des débris du World Trade Center. © Nasa

9. Un mémorial photo en orbite géostationnaire

Pour la postérité, cent photos de notre monde contemporain accompagnées de quatre années d’interviews d’artistes, scientifiques et penseurs du XXIe siècle ont été gravées sur un disque d’or et de silicium et placées en orbite géostationnaire. Le disque, support de l'oeuvre intitulée The Last Pictures, a été embarqué gratuitement sur Echostar 16 qui a été lancé en novembre 2012. À 36 000 km d’altitude, ce satellite ne subit aucune perte d’énergie due à l’atmosphère et perdurera là ou plus tard sur une orbite cimetière pour des milliards d’années. L’artiste Trevor Paglen voulait inscrire dans le temps un « monument » de notre monde contemporain « qui peut expliquer pourquoi ces satellites sont là, expliquer qui est l’espèce qui les a fabriqués et peut-être pourquoi cette espèce n’existe plus » au moment de sa découverte. Echostar 16 est positionné à la longitude 61,5° ouest, immobile dans le référentiel terrestre au-dessus de la forêt amazonienne.

Le disque support de l'œuvre photographique The Last Pictures, fixé sur le satellite Echostar 16 - DR

10. Un astéroïde nommé Ciel & Espace

Bon, d’accord : ce n’est pas un objet lancé dans l’espace par l’homme. En revanche, c’est un objet spatial qui doit son nom à l’homme ! Découvert le 12 septembre 1993 par les astronomes amateurs japonais Kazuro Watanabe et Kin Endate, l’astéroïde 7192 Cieletespace a été baptisé ainsi sur la suggestion de l’astrophotographe Akira Fujii. L’astre d’une quinzaine de kilomètres de diamètre se situe dans la Ceinture principale d’astéroïdes et boucle un tour sur lui-même en un peu plus de 6 heures.

 

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