Ariane 5 frôle l’échec

Capture vidéo du lancement d'Ariane 5 le 25 janvier 2017. Crédit : Arianespace.
La fusée européenne a connu un incident lors de son premier lancement de l’année. Pendant de longues minutes, elle n’a plus communiqué avec le sol. Et les deux satellites qu’elle transportait ne se retrouvent pas exactement sur leur bonne orbite.

L’image a désormais un côté répétitif : à l’heure dite (23 h 20, heure légale française), ce 25 janvier 2018, la fusée Ariane 5 a allumé son puissant moteur Vulcain et s’est arrachée à l’attraction terrestre aussitôt que ses deux propulseurs à poudre ont été mis à feu. Ses flammes ont ébloui la nuit guyanaise avant qu’elles ne se perdent dans le plafond nuageux couvrant la région de Kourou.

Et pour cause : ce nouvel exemplaire du lanceur européen décollait après 82 missions d’affilée sans échec avec deux satellites dans sa coiffe, SES 14 et Al Yah 3.

Une fusée muette pendant 28 minutes

Sauf que cette fois, un incident s’est produit. Pas au décollage, mais bien plus tard, après que son premier étage eut accompli son devoir sans défaillance. La fusée avait quitté le sol depuis un peu plus de 9 minutes et était alors dans l’espace. Son étage supérieur devait s’allumer pour placer les satellites sur leur trajectoire de transfert vers l’orbite géostationnaire. Si celui-ci a bien réussi sa mise à feu, simultanément, l’envoi des données de vol en continu vers les stations de réception a cessé. Ce que les spécialistes appellent la télémétrie est ensuite restée muette pendant toute la durée de la propulsion de l’étage supérieur (autrement dit, environ 28 minutes), comme l’a indiqué un communiqué d’Arianespace, la société qui gère les lancements.

Des satellites intacts mais sur une mauvaise orbite

Toutefois, au bout du compte, les satellites sont apparus en bonne forme et se sont mis à communiquer normalement avec leurs opérateurs. La société SES, dont le satellite est l’un des deux passagers d’Ariane 5, l’a confirmé, tout en indiquant la nécessité de pousser le satellite jusqu’à la bonne orbite grâce à ses propres propulseurs. Cette manœuvre imprévue devrait prendre un mois mais ne devrait pas entamer la durée de vie escomptée du satellite.

En ce qui concerne Al Yah 3, la situation est moins claire : le satellite est en route vers son orbite finale, mais il n’indique ni sa position ni l’état de ses réserves de carburant (l’engin dispose d’un moteur à propulsion chimique, en plus de ses moteurs à propulsion électrique utiles pour conserver sa position pendant 15 ans une fois à poste).

Pas de report des prochains lancements

Douze heures après le lancement, les informations disponibles restent parcellaires. Du côté d’Arianespace, même si on se montre rassuré. Dans un communiqué publié le 26 janvier dans l'après-midi, la seule précision apportée est la suivante : "Les premières investigations montrent que cette situation résulte d'une déviation de la trajectoire". Traduction : pour une raison qui n'est pas donnée, l'étage supérieur a dévié de sa trajectoire prévue, ce qui a entraîné la perte de la liaison avec les stations de suivi au sol. La nature et l’origine du changement de cap de la fusée n’ont donc pas été communiquées. Une enquête doit être menée par l'ESA (l'agence spatiale européenne) mais aucune date, même vague, n'a été avancée pour la pour la publication de ses conclusions. En tout état de cause, le programme des prochains lancements ne sera pas modifié.

En frôlant l’échec, l’Europe spatiale s’est fait peur. Mais ce lancement peut, après quelques heures d’incertitude, être considéré comme une 83e réussite d’affilée pour Ariane 5.

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