Yutu 2 sur la Lune : bilan de sa première journée d’exploration

Le rover Yutu 2 photographié par la sonde chinoise Chang'e 4. © CNSA
Le Soleil vient de se coucher pour Chang’e 4. L’occasion pour l’agence spatiale chinoise de livrer quelques informations sur les premières explorations de son rover lunaire, et d’évoquer les missions futures.

La nuit est maintenant tombée sur la sonde chinoise Chang’e 4 qui s’est posée le 3 janvier 2019 sur la face cachée de la Lune. Le cratère Von Karman, dans lequel l’engin a atterri en douceur et où il a libéré le petit rover Yutu 2 doit rester dans la nuit totale pendant près de deux semaines.

C’est précisément juste après le coucher du Soleil sur Chang’e 4 que la CNSA, l’agence spatiale chinoise, a décidé d’organiser une conférence de presse pour livrer quelques informations sur la mission. Il était 8 h du matin, ce 14 janvier 2019, quand plusieurs responsables du programme d’exploration lunaire chinois se sont présentés devant la presse. Pendant une heure, ils ont répondu aux questions des journalistes mais, il faut bien le dire, sans donner beaucoup de détails sur les premières opérations réalisées sur la Lune.

Un atterrissage de précision

Tout de même, en fin de conférence de presse, Wu Weiren, concepteur général du programme d’exploration lunaire chinois, a montré sa satisfaction : « Nous avons fait un atterrissage très précis, à l’endroit visé. Sur les images, vous pouvez voir qu’il y a quatre cratères d’impact et que nous avons atterri au milieu des quatre. Et nous avons atterri sur une pente vers l’ouest. »

La sonde a en effet photographié la surface lunaire grâce à des caméras situées sur sa partie inférieure et l’ordinateur de bord a choisi en temps réel où la guider afin qu’elle se pose à l’endroit le plus plat. Gérer cette phase depuis la Terre était impossible en raison du délai de communication.

Wu Yanhua, vice-administrateur de la CNSA et chef du programme d’exploration lunaire, a ajouté : « La Nasa a proposé d’utiliser sa sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) pour observer. La Chine a indiqué l’heure exacte et le lieu d’atterrissage, mais LRO a peu de carburant et ne pouvait pas ajuster son orbite. Et quand nous avons atterri, elle ne se trouvait pas en position pour effectuer une observation en temps réel. »

Rover autonome

Dans les heures qui ont suivi l’alunissage, le rover Yutu 2 est descendu à la surface et a effectué ses premiers tours de roue. Il s’est approché d’un cratère situé à une dizaine de mètres de la sonde, en direction du nord. Sun Zezhou, ingénieur en chef de la mission, a précisé : « Le rover est capable de prendre des initiatives pour éviter les obstacles. Et il recalculera une nouvelle route en cas d’obstacle. […] De la connaissance que nous avons du paysage alentour, nous pouvons dire qu’il n’y a pas d’obstacle que nous ne pouvons pas franchir. »

Quelques heures après l’atterrissage de Chang’e 4 sur la Lune, le petit rover Yutu 2 a roulé jusqu'au bord d'un cratère
avant de cesser provisoirement ses activités. © CNSA

Wu Weiren a ajouté que Chang’e 4 poursuivait trois objectifs principaux : explorer le paysage du site d’atterrissage et en obtenir une première image géographique ; révéler la composition des roches alentour, essentielle pour parler de la formation, de l’origine et de l’âge de la Lune ; et enfin étudier l’environnement spatial sur la Lune, notamment lors des éjections de masses coronales par le Soleil.

Le 7 janvier 2019, Yutu 2 a cessé ses opérations pour se ménager, car la température montait aux alentours de 200°C. L’engin s’est réveillé le 10 janvier, quand la température a baissé. Alors, il a obliqué vers l’est pour prendre des photos de Chang’e 4.

Avant la nuit lunaire, le rover Yutu 2 a photographié le module Chang'e 4 posé sur la surface de la Lune. © CNSA

Cap au nord ?

Wu Yanhuan a laissé entendre quelle direction prendrait probablement le rover lors de sa deuxième journée d’activités, à partir de fin janvier : « Le meilleur terrain pour aller explorer est vers le nord. L’atterrisseur va rester sur son site originel. » Yutu 2, qui affiche une masse de 135 kg (soit 2 kg de moins que son prédécesseur Yutu arrivé sur la face visible de la Lune fin 2013), est capable de rouler par-dessus des roches de 20 cm de haut et il peut avancer à la vitesse de 200 m par heure.

Le site d’atterrissage bien localisé

Toutefois, les informations sur l’exacte localisation du site d’atterrissage ont été fournies par la Nasa grâce à sa sonde LRO. Le satellite américain, qui a cartographié la Lune à 30 cm de résolution, avait photographié le fond du cratère Von Karman avant l’arrivée de Chang’e 4. Sur un cliché détaillé de la zone, la Nasa a pu indiquer l’endroit où le vaisseau automatique chinois s’est posé.

La sonde américaine LRO a permis de cerner précisément le lieu où Chang'e 4 s'est posée. © LROC/Nasa

La CNSA a par ailleurs publié un panorama sur 360° pris par la caméra située au sommet de Chang’e 4, dont l’astronome amateur Thomas Appéré a fait une version interactive (ci-dessous ; © CNSA/CLEP/T. Appéré). Outre le paysage entourant la sonde, on peut y voir Yutu 2, qui avait roulé quelques dizaines de mètres avant de rester immobile pour la nuit lunaire qui arrivait.

Le module de descente de Chang’e 4 comporte parmi ses expériences scientifiques une mini-biosphère avec des graines de plusieurs plantes. La CNSA a ainsi annoncé le 15 janvier qu’une graine de coton avait germé, devenant la première plante à pousser sur la Lune. Les autres graines ne s’étaient pour l’instant pas développées.

L’exploration de la Lune jusqu’à Chang’e 8

Au cours de la conférence de presse, les officiels chinois ont confirmé que la mission Chang’e 5 serait lancée avant la fin de l’année 2019 et que son objectif serait de rapporter des échantillons de roches lunaires sur Terre.

Wu Yanhua a ensuite dévoilé quelques détails sur la suite du programme. Chang’e 6 doit se poser au pôle sur de la Lune et procéder également à un retour d’échantillons. Chang’e 7 s’attachera à étudier les terrains du pôle Sud (paysage et composition).

Chang’e 8 mènera des expériences en collaboration internationale en vue de l’établissement d’une base de recherche sur la Lune. Des technologies devraient être testées. Par exemple, les impressions 3D en vue de construire des habitats. Cela, grâce à une collaboration entre chercheurs chinois et étrangers. Cette ultime mission sera donc clairement orientée vers l’établissement d’une base lunaire, dont le programme n’est pas encore établi et que Wu Yanhua a souhaité ouverte aux collaborations internationales.

De son côté, Li Guoping, secrétaire général de la CNSA, a déclaré : « Nous planifions un atterrissage sur le pôle Sud de la Lune et nous offrirons environ 10 kg de charge utile du rover et de l’atterrisseur. Et le satellite Qequiao sera opérationnel pour 3 à 5 ans et nous accueillerons la communauté internationale pour qu’elle utilise le satellite-relais pour les recherches sur la surface de la Lune. »

Tout au long de la conférence de presse, les officiels chinois ont répété à plusieurs reprises leur souhait de partager leurs explorations lunaires avec les autres pays et ont appelé à des collaborations internationales au nom de l’humanité toute entière.

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