Un grand trou dans le miroir de l’E-ELT

L'Observatoire européen austral (ESO) donne le feu vert pour la construction de l'European Extremely Large Telescope, mais avec un gros trou dans le budget et dans le miroir.

En rouge la portion de miroirs dont la réalisation est suspendue au financement de l'E-ELT encore insuffisant. ©C&E

 

L’ESO a revu à la baisse la surface du miroir de son futur télescope géant. Sur les 13 couronnes de miroirs hexagonaux prévues pour l'E-ELT, les cinq couronnes centrales ne seront pas construites, à moins de réunir le financement complet. 210 des 798 miroirs de 1,4 m prévus à l'origine sont donc mis en suspens, mais aussi ceux de rechange.

Le système d'optique adaptative complet est mis en attente, lui aussi. Ce dispositif sert à compenser les turbulences atmosphériques. Il est possible de se passer de cette correction sur un petit télescope, mais elle devient d'autant plus nécessaire que le télescope est grand. Autant dire que sur un 39 mètres, elle est indispensable.

Le coup de pouce de la Pologne

Ce qui déclenche ce feu vert, c'est l'entrée récente de la Pologne dans l'Observatoire européen austral (ESO). Ou du moins la promesse d'y rentrer. Car son statut est le même que celui du Brésil. Le pays a donné son accord d'adhésion, mais celui-ci n'a pas encore été ratifié par le parlement. La participation financière d'environ 70 millions d'euros n'est donc pas encore débloquée.

Cette situation est analogue à celle du Brésil. Depuis 4 ans, le Brésil s'est engagé à rejoindre l'ESO. Mais depuis, cette promesse ne s'est pas concrétisée comme nous le détaillons dans notre enquête fouillée, publiée dans numéro d'octobre de Ciel & Espace, disponible en version numérique.

Gageons que le processus parlementaire en Pologne soit moins long qu'au Brésil, mais surtout qu'un financement complémentaire du Brésil ou d'un autre pays permette à terme d'avoir un télescope qui ne soit pas seulement le plus grand du monde, mais aussi le plus performant. Sur un budget complet de 1 milliard d'euros, la participation du Brésil représentait un quart.

Vue d'artiste du futur télescope géant européen, qui doit être construit au Chili. Dans son projet initial, l'EELT devait disposer d'un miroir principal de 39m de diamètre. © ESO.

Un feu vert donné sur un budget à 81% et non 90%

Pour démarrer le projet, l'ESO devait réunir 90% du budget. Même avec l'entrée de la Pologne, le compte n'y est pas. Du coup, l'ESO a découpé le projet en deux phases. La phase 1 représente 90% des coûts, et la phase 2, 10%. Avec l'entrée de la Pologne, le financement réuni arrive à hauteur de 90% de la phase I.

Donc en fait seulement 81% du budget total. Et encore, il s'agit d'une estimation sur la base des devis de 2012, qui sont expirés aujourd'hui. Ils seront donc probablement revus à la hausse. Bref, il manque toujours près de 200 millions d'euros pour construire l'EELT.

 

 

 

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Commentaires

Nous avons sélectionné pour vous

  • Méthane martien : Curiosity relance le débat

    La nouvelle détection de méthane dans l’atmosphère de Mars par le robot Curiosity relance le débat sur l’origine de ce gaz : celle-ci est-elle biologique ou non ? Les scientifiques cherchent toujours à comprendre quel mécanisme peut le produire, mais aussi pourquoi il « s’évapore » partiellement en fonction des saisons.

  • Jumelles Omegon 2,1x42 : des « yeux de hibou » au banc d’essai

    Un type nouveau de jumelles surnommé « yeux de hibou » — grand diamètre, faible grossissement — fait sensation pour observer la Voie lactée. Nous avons testé le récent modèle de la marque Omegon et l’avons comparé aux jumelles Kasai et Vixen, testées en mars 2017. Avec des résultats surprenants, au regard des écarts de prix …

  • Un quart de Mars pris dans la tempête

    La Nasa a annoncé que la tempête géante qui s’abat sur Mars depuis le 1er juin2018 recouvre maintenant près d’un quart de la planète rouge. Dans le nuage de poussière, Opportunity est en mode « survie ».