Test : les objectifs Laowa 12 mm et Samyang 12 mm f/2,8, deux très grand angle pour capteur 24x36

Cette vue de l’observatoire du Cerro Tololo au Chili a été prise avec l’objectif fish-eye 12 mm de Samyang à pleine ouverture. © J.-L. Dauvergne
Difficile de trouver un grand angle adapté aux capteurs plein format sans casser la tirelire. Toutefois, de nouvelles marques commencent à proposer des objectifs manuels vendus à prix attractif. Nous avons testé sur le ciel deux d’entre eux : le Laowa 12 mm et le Samyang 12 mm

En astrophotographie, passer sur un boîtier doté d’un capteur 24x36 mm fait une grande différence. Songez qu’un tel capteur dit “plein format” a une surface 2,6 fois supérieure à celle d’un capteur APS-C et 3,8 fois pour le capteur micro 4/3 qui équipent des modèles grand public ! C’est autant de lumière en plus. Cette sensibilité est particulièrement utile pour les paysages nocturnes car il faut enregistrer l’information au plus vite avant que les étoiles n’aient tourné par rapport à l’avant-plan. Si les boîtiers plein format sont longtemps restés très coûteux, c’est moins vrai actuellement. Le Sony Alpha 7s, le Nikon D800 ou le Canon EOS 6D restent parmi les plus performants, alors qu’ils sont sortis entre 2012 et 2014. On les trouve donc à prix abordable sur le marché de l’occasion (autour de 800 €).

Seulement, le boîtier ne fait pas tout. En passant à un capteur 24x36, il faut se doter d’optiques adaptées, et c’est là que les choses se corsent. En particulier pour s’équiper d’objectifs à courte focale nécessaires en photo de paysage. Les zooms grand angle se vendent une fortune : plus de 3 000 € pour le nouveau 12-24 mm f/2,8 de Sony ; 2 500 € pour le 15-35 mm de Canon ou encore 1 650 € pour l’excellent 14-24 mm de Nikon. Les tarifs de Sigma ou Tamron, fabricants bien connus d’objectifs, restent eux aussi au-dessus de 1 000 €. Si l’on a un budget contraint, mieux vaut regarder du côté de marques émergentes. Plusieurs d’entre elles proposent des focales fixes abordables car dépourvues d’autofocus. Nous en avons testé deux sur le ciel : le Laowa 12 mm f/2,8 Zero-D et le Samyang 12 mm ED AS f/2,8.

Deux optiques complémentaires 

Le choix de ces deux optiques n’est pas un hasard. De conception très différente, elles sont complémentaires plus que concurrentes. Le 12 mm de Laowa est nommé Zero-D pour zéro distorsion : avec cette optique, une ligne droite reste droite. Il couvre un champ de 122°. Le Samyang au contraire est un fish-eye : il couvre un champ de 180°, mais avec lui, les lignes droites qui ne passent pas par le centre du champ se courbent. La courbure est vraiment forte sur une ligne d’horizon cadrée en bas du champ. Ce n’est pas à proprement parler un défaut puisque c’est lié à la conception même d’un tel objectif. C’est un sacrifice à consentir pour couvrir un angle aussi large.

Le 12 mm de Laowa est nommé Zero-D pour zéro distorsion : avec cette optique, une ligne droite reste droite.
Le Samyang au contraire est un fish-eye : les lignes droites qui ne passent pas par le centre du champ se courbent.

L’effet fish-eye est assez particulier et il déplaît à certains photographes. C’est une question de goût. De tels objectifs permettent en tout cas de couvrir de larges pans de la Voie lactée et font également des merveilles lorsqu’une aurore polaire embrase l’ensemble du ciel. Pour relativiser les distorsions d’un objectif fish-eye, il faut savoir qu’une optique rectilinéaire comme le Laowa 12 mm n’échappe pas aux effets de la perspective. Si vous êtes au pied d’un édifice, ses arêtes sont droites, mais elles convergent entre elles vers le point de fuite. Pour corriger cet effet, il faut utiliser un système de décentrement, comme le font les photographes spécialisés dans l’architecture. Un tel système existe en option pour le Laowa 12 mm lorsqu’il est monté sur un appareil photo hybride. Mais il n’a pas d’intérêt en astronomie car, lorsque l’objectif est décentré, il faut fermer le diaphragme pour conserver une bonne qualité d’image. On perd dans ce cas une partie du champ et le champ résultant va tendre vers celui d’un objectif rectilinéaire comme le Laowa 12 mm. Que ce soit l’effet de perspective d’un objectif rectilinéaire comme le Laowa, ou les déformations d’un fish-eye, les défauts peuvent se corriger dans des logiciels de retouche photo. Toutefois, cela se fait toujours en recadrant une partie du champ photographié.  

Qualité de fabrication

En matière d’aspect, les deux objectifs partagent beaucoup de points communs. Le métal domine et ils affichent un poids comparable sur la balance : 500 g pour le Samyang, 610 g pour le Laowa. Ils ont tous les deux un pare-soleil proéminent car leurs lentilles avant sont très bombées (surtout celle du Samyang). Tous deux adoptent une architecture à l’ancienne avec une bague pour le diaphragme et une autre pour le réglage manuel de la mise au point. 

Du côté de l’optique — car c’est avant tout cela qui nous intéresse —, l’un des points faibles des objectifs grand angle est leur vignetage, c’est-à-dire l’assombrissement de l’image en bord de champ. Sur le Laowa, la baisse de luminosité dans les angles atteint 70 % sur un capteur plein format. Le Samyang se comporte mieux malgré son champ effectif plus large. La baisse de luminosité de 43 % est assez standard pour un objectif de ce type. Dans les deux cas, le vignetage diminue dès lors que l’on diaphragme l’objectif… chose que l’on évite cependant en astronomie, afin de capter le plus de lumière possible. 

L’image de gauche montre le vignetage assez fort du Laowa 12 mm. À droite, celui du Samyang. © J.-L. Dauvergne

Autre facteur essentiel sur la voûte céleste : la finesse des images. Les étoiles au centre du champ du Samyang sont parfaitement ponctuelles — nous l’avons testé sur un Sony Alpha 7s en monture Canon avec un adaptateur. Avec le Laowa, la meilleure focalisation est obtenue en tournant la bague de mise au point jusqu’en butée à l’infini. Dans cette position, la mise au point parfaite n’est pas obtenue. L’objectif testé état en monture Nikon et il a été couplé à l’appareil photo via une bague fournie par l’importateur. Nous avons noté par ailleurs que les étoiles sont plus nettes dans un coin de l’image que dans l’autre. Un autre test sur un boîtier Nikon cette fois montre que les imperfections viennent de la bague d’adaptation. L’objectif n’est pas en cause. Le problème montre néanmoins que celui-ci n’a pas de marge sur sa bague de mise au point. Il est en général souhaitable de pouvoir focaliser légèrement au-delà de l’infini pour justement parer à toute imperfection mécanique de l’appareil photo ou de la bague d’adaptation éventuelle.

Sur le Samyang, un défaut optique sous forme d’astigmatisme apparaît dans les coins de l’image. Mais il reste assez discret surtout avec un capteur doté de gros pixels comme celui du Sony Alpha 7s. Avec le Laowa, on note plutôt un défaut de coma dans les coins ; les étoiles sont un peu moins fines qu’avec le Samyang.

Cette photo est un temps de pose de 25 s à pleine ouverture avec le Laowa 12 mm. Le zoom sur le coin gauche montre que les étoiles sont légèrement étirées. © J.-L. Dauvergne
Même cadrage avec le Samyang 12 mm. On perçoit bien l’effet fish-eye. En haut à gauche, un zoom sur le coin de l’image montre que les étoiles restent assez fines dans cette zone. © J.-L. Dauvergne

Conclusion de ce test

Pour un usage en astrophotographie, le Samyang 12 mm f/2,8 ED AS NCS est plus performant que le Laowa 12 mm f/2,8 Zero-D.  Il a moins de vignetage, des étoiles plus fines dans les coins, et il couvre un champ plus large ce qui est souvent l’effet recherché en photo de paysage. De plus, le Samyang est presque moitié moins cher que le Laowa. En contrepartie, en choisissant le Samyang il faut assumer son effet fish-eye, c’est-à-dire que les lignes droites sont courbées. Le résultat sera néanmoins toujours impressionnant lorsque la Voie lactée traversera le capteur.

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Nous avons sélectionné pour vous