Test : le boîtier Canon EOS Ra, un hybride plein format pour la photo astro

Le Canon Ra, un hybride plein format pour l’astronomie. © JL Dauvergne/C&E
Canon s’intéresse de nouveau aux astrophotographes avec la sortie de son EOS Ra. Cet appareil hybride à capteur plein format déroute par certains aspects, mais il se révèle très performant sur le ciel.

Cela n’arrive qu’une fois tous les 7 ans. Il semble que ce soit le cycle adopté par Canon pour la sortie de ses boîtiers dédiés aux astronomes amateurs. La mise sur le marché de l’EOS Ra est donc une rareté. À l’image de ses deux prédécesseurs, sa spécificité première est d’étendre la sensibilité de l’appareil photo dans le rouge afin qu’il puisse dévoiler au mieux les nuages d’hydrogène de notre galaxie.

Première approche

La lumière zodiacale photographiée depuis la Vallée de la Mort à 1600 ISO, en réglant le zoom 15-35 à 15 mm et f/2,8. © JLD/C&E

Le dernier-né de la marque japonaise est dérivé de sa nouvelle génération de boîtiers hybrides plein format, c’est-à-dire à objectifs interchangeables et à visée électronique (contrairement à la visée optique que l’on trouve sur un reflex). Les précédentes tentatives de Canon remontent à 2005 et 2012 avec les EOS 20Da et EOS 60Da, deux reflex au format APS-C. Dans les deux cas, le surcoût de la version astro par rapport au modèle grand public était assez prohibitif. Leur diffusion est restée confidentielle. L’EOS Ra semble plus intéressant, car il se démarque par le choix d’un capteur plein format (24x36 mm) bien plus grand que l’APS-C (22x15 mm). Pour autant, ce n’est pas le premier plein format dédié à l’astronomie, car Nikon a sorti son D810a en 2015. Là encore, le succès a été mitigé en raison d’un tarif de 3 699 € lors du lancement.

Chez Canon, l’EOS Ra est plus abordable : 2 769 €. Bien entendu, c’est encore très élevé. Mais si vous confiez un EOS R (la version grand public, environ 2 200 €) à un artisan pour qu’il rende l’appareil plus sensible dans le rouge en modifiant son filtre, il vous en coûtera quasiment 430 €. L’intérêt d’une modification d’usine est double : il n’y a pas de perte de garantie, et la balance des blancs tient compte de l’adaptation pour le ciel. De plus, le fabricant a ajouté quelques fonctionnalités utiles en astronomie. Notamment, en mode Live View, il est possible de zoomer dans l’image jusqu’à 30x, au lieu de 10x sur l’EOS R. C’est un détail important, car dans notre domaine on effectue toujours la mise au point à la main.

Autre atout pour les astronomes : l’introduction de la monture RF, qui vient seconder la monture EF lancée il y a plus de 30 ans. La ligne d’objectifs RF est propre aux boîtiers hybrides de Canon ; ces optiques ont l’avantage de pouvoir être placées plus près du capteur que sur un reflex. Ceci offre un plus grand degré de liberté aux ingénieurs pour maîtriser la finesse d’image dans le champ. Pour ce test, Canon a mis à notre disposition le nouveau 15-35 mm RF, ouvert à f/2,8. À 2 500 €, cette très belle optique n’est malheureusement pas à la portée de tous. Mais que l’on se rassure, via une bague d’adaptation, il reste possible d’utiliser les objectifs EF sur la monture RF, et aussi d’utiliser les marques plus abordables comme Samyang et Sigma. C’est un détail important pour ceux qui ont déjà un panel complet d’optiques en monture EF.

Une ergonomie perfectible

Du côté de l’ergonomie, il y a du bon, et du moins bon. L’écran arrière est particulièrement pratique. Il peut être orienté dans toutes les directions, ce qui change la vie lorsqu’il s’agit de pointer vers le zénith.

En revanche, nous avons été déroutés par l’ergonomie globale de l’appareil photo. Tant dans la disposition des touches que dans la clarté des menus, Canon se démarquait des concurrents, du moins jusqu’à la sortie de l’EOS R. Ici, tout a été revu et un habitué de la marque aura bien du mal à s’y retrouver. Après un temps de familiarisation, on finit par mieux comprendre la logique sans forcément y adhérer. L’essentiel des fonctions allouées à chaque touche est paramétrable. Donc, si la configuration de base ne convient pas, elle peut être modifiée. Par ailleurs, l’évolution ergonomique a probablement été motivée par l’écran tactile. Il permet de faire de nombreux réglages beaucoup plus facilement qu’en utilisant les touches. Le problème est que, pour de la photo astronomique, on sera parfois content de pouvoir cacher l’écran afin de ne pas être gêné par sa lumière et de n’utiliser que le viseur électronique.

Autre sujet de fâcherie : en lançant l’EOS 20D il y a plus de 15 ans, Canon a placé un petit joystick sous le pouce très pratique pour naviguer dans une image ou sélectionner un collimateur. Ici, il n’y est pas ! C’est un comble surtout pour un appareil vendu aussi cher, car l’idée de ce joystick est si bonne qu’elle a été joyeusement copiée par les concurrents. Dans le même temps, Canon l’a retiré de plusieurs gammes de reflex : ceux à 2 chiffres qui ont succédé au 40D, et le 6D. L’EOS Ra fait les frais de ces choix, sans doute dictés par le marketing.

À défaut de joystick, on a un pavé tactile juste à droite du viseur. Il est aussi accessible sous le pouce et peut être paramétré comme bon nous semble. En astronomie, on jongle souvent avec la sensibilité ; nous l’avons donc paramétré en ce sens. Mais en fait, il apparaît vite que ce pavé est trop proche de la molette de sélection de mode, de sorte que l’on se retrouve à dérégler l’appareil involontairement. Plus étrange encore, pour zoomer dans une photo, il faut d’abord appuyer sur le bouton zoom, actionner une molette pour zoomer plus ou moins et utiliser le pavé arrière pour se déplacer dans l’image.

Sur le ciel : Orion voit rouge

Les points d’ergonomie restent de l’ordre du détail pour un appareil photo dédié à l’astronomie. Ce qui compte avant tout est le résultat sur le ciel. Nous avons eu l’occasion de tester l’EOS Ra dans la vallée de la Mort, aux États-Unis. La seule source de pollution lumineuse était alors le halo de Las Vegas, située à une centaine de kilomètres.

Premier point important : la fonction Live View. Elle permet de voir facilement plusieurs étoiles à f/2,8, ce qui est très bon. Comme en mode lecture d’image, lorsqu’il faut zoomer, une combinaison de plusieurs touches est requise. C’est peu pratique, surtout dans le noir. Même si les étoiles sont visibles sur cette visualisation directe, l’EOS Ra n’est pas l’appareil idéal pour la vidéo de nuit, car ses pixels sont petits. Dans ce domaine, le Sony Alpha 7S sorti en 2014 reste invaincu.

Cette vue de la constellation d’Orion prise dans la vallée de la Mort est une pose unique de 19 s à 10 000 ISO. L’objectif est calé à 27 mm de focale pour une ouverture de f/2,8. © J.-L. Dauvergne/C&E

Une photo d’Orion en 19 s à 10 000 ISO lève immédiatement tout doute : l’EOS Ra est bel et bien sensible aux faibles lueurs rouges des nébuleuses d’hydrogène. Autour de la constellation se dessine parfaitement l’immense ruban de la Boucle de Barnard, de même que LBN 865, un large nuage de 4,5° au niveau de la tête d’Orion, ou encore la nébuleuse de la Rosette, dans la constellation voisine de la Licorne. Le résultat est là. La finesse d’image avec le 15-35 mm est au rendez-vous également, même si on note un peu d’astigmatisme et de chromatisme à l’approche des coins. Mais un capteur de 30,3 millions de pixels est très exigeant, surtout sur les étoiles. Quelque 125 photos plus tard, il est temps de rentrer. Il reste 70 % de batterie : c’est une bonne surprise, car la batterie est donnée pour 320 images en théorie.

D’autres tests ont été effectués en ville, en montant l’EOS Ra sur une petite lunette pour le comparer à l’EOS R. Nous avons visé à nouveau Orion, cette fois-ci en se focalisant sur la nébuleuse M42. Il y a vraiment un gouffre entre les photos obtenues par les deux appareils. L’EOS R peine à dévoiler les nuages d’hydrogène, alors que le Ra est très à l’aise.

La nébuleuse d’Orion photographiée avec un EOS R (à gauche), comparée à l’EOS Ra. Le gain sur les nuages d’hydrogène rouge est évident. © J.-L. Dauvergne/C&E
Ce gif animé montre la différence entre les deux appareils photo. © J.-L. Dauvergne/C&E

Les mesures de jour : peu de bruit

Pour compléter ces résultats obtenus sur le ciel, nous avons mesuré le bruit de lecture de l’EOS Ra. Lorsque l’appareil lit l’information enregistrée sur le capteur, il compte les électrons sur chaque pixel. À chaque comptage, il y a une incertitude de mesure liée à l’électronique : c’est que ce l’on appelle le bruit de lecture. Il se quantifie en électrons et doit être le plus bas possible. Actuellement, les meilleurs boîtiers tendent vers 1 électron de bruit et c’est remarquablement bas. L’EOS Ra n’est pas loin de ces performances, avec un bruit de 1,8 électron à 6 400 ISO. Il est déjà proche de 2 électrons à 3 200 ISO, si l’on souhaite garder un peu plus de dynamique dans l’image. Pour obtenir un résultat optimal, il faut donc régler cet appareil entre 3 200 et 6 400 ISO. À plus de 6 400 ISO, le bruit de lecture ne diminue plus, ces sensibilités n’apportent rien en astronomie. Au contraire, elles feront perdre en dynamique en saturant plus les hautes lumières.

Les images d‘un temps de pose de 8 s ont été développées pour leur donner une luminosité équivalente. On voit que la diminution de bruit devient optimale à 5 000 ISO. On ne gagne rien à monter plus haut.

Autre test instructif, nous avons comparé la balance des blancs du EOS R avec celle de l’EOS Ra. Sur un sujet terrestre, il s’avère que les nuances de colorimétrie entre les deux sont assez subtiles. Le rendu de la végétation diffère légèrement, les verts sont un peu plus foncés et plus denses avec l’EOS Ra, mais cette nuance est assez fine. Sur le reste du cliché, les variations sont imperceptibles en dehors de l’aspect d’une bâche sur une terrasse voisine ; elle est grise avec l’EOS R et tend nettement vers le rose avec l’EOS Ra. Ce n’est certainement pas un appareil à recommander à un photographe professionnel, mais pour un amateur, il peut être utilisé sans réserve en photo de jour.

Deux photos prises avec l’EOS Ra (à gauche) et l’EOS R. On voit que la balance des blancs de l’appareil modifié pour l’astronomie est très proche de la version grand public.

Nos conclusions

Le bilan de ce test est très positif du côté des performances : l’EOS Ra répond aux attentes et la haute définition de son capteur permet d’allier champ large et résolution. Pour les paysages nocturnes, c’est actuellement l’un des meilleurs outils disponibles. Nous n’avons pas été convaincus par l’ergonomie, mais cet aspect est plus subjectif et peut être perçu différemment par d’autres utilisateurs. Reste le tarif, certes élevé. Mais il peut être relativisé par le fait que l’EOS Ra est polyvalent, puisqu’il peut aussi servir aux photos de tous les jours avec son excellente gestion de la balance des blancs.

L'EOS Ra en train de photographier la constellation d'Orion. © J.-L. Dauvergne/C&E

 

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