Reportage : Les astronomes chassent la météorite dans le Lot-et-Garonne

Chasse à la météorite près du village de Nicole. © D. de Scheapmeester/C&E
Le 27 février 2021, une météorite s’écrase à l’ouest d’Agen. Le réseau de surveillance du ciel Fripon a pu déterminer le point de chute du bolide. Astronomes et bénévoles se sont mis en quête de cette roche venue de l’espace. Nous les avons suivis.

Depuis une colline surplombant les environs d’Aiguillon, dans le Lot-et-Garonne, l’astronome François Colas repère et organise la battue. Avec un panorama à 360° et un temps ensoleillé, la visibilité est optimale sur les secteurs de recherche. Les promeneurs viennent admirer la croix de 18 m qui garde le petit village de Nicole, plusieurs dizaines de mètres en contrebas. Certains regardent avec curiosité le chercheur accompagné de Clément, jeune bénévole, aller et venir en accueillant des journalistes. Si François Colas arpente ainsi ce terrain, c’est parce que quelques jours plus tôt, le samedi 27 février à 22 h 47, un bolide fendant l’atmosphère à plus de 300 km/h a été observé par les caméras du réseau de surveillance du ciel Fripon (qui vient de signaler une nouvelle chute sur le Sud-Ouest le 9 mars).

Maintenant, il faut tenter de retrouver des fragments, autrement dit, une météorite. Du haut de la colline, la zone à couvrir paraît immense : 4 km de rayon. Le tout, pour une météorite dont la taille estimée est celle d’une grosse clémentine de 150 grammes.

Fripon, traqueur de météorites

François Colas est équipé d’une carte sur laquelle figure une myriade de points bleus et rouges. Il explique que la carte répertorie les points les plus probables de chute de la météorite. Cette précision est due au réseau Fripon, composé de 100 caméras « fish eye » espacées d’environ 100 km, ainsi que de détecteurs radio basés sur le radar d’écoute de l’orbite basse Graves. Grâce à ces instruments de surveillance constante, Fripon peut détecter n’importe quel objet qui devient visible en entrant dans l’atmosphère, à 100 km d’altitude.

L’astronome François Colas et Clément, jeune bénévole, organisent les recherches. © D. de Scheapmeester/C&E
François Colas et Clément, jeune bénévole, organisent les recherches sur le terrain. L’astronome répond aussi aux journalistes avertis de l’événement. © D. de Scheapmeester/C&E

Les informations recueillies sont envoyées sur un serveur à Marseille et les images sont traitées de manière approfondie. Le projet est né en 2013, sous l’impulsion de François Colas. Financé à hauteur de 600 000 € par l’Agence nationale de la Recherche (ANR), le réseau travaille en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle et l’observatoire de Paris. Il s’est rapidement étendu dans toute l’Europe, avec des caméras implantées en Italie, en Belgique ou encore au Royaume-Uni.

La colline de Nicole s’étend en une plaine bordée d’arbres et composée de bottes d’herbe touffues. Des locaux profitent du terrain sec pour étrenner leur moto tout-terrain, ce qui ne manque pas de susciter un léger agacement chez François Colas. Il estime la probabilité de retrouver la météorite à 30 %, un chiffre assez élevé selon lui. Les ordinateurs du réseau Fripon sont capables d’effectuer des calculs précis d’astrométrie pour déterminer d’où provient la météorite (ici, de la Ceinture d’astéroïdes, comme c'est souvent le cas), mais aussi analyser l’orbite de l’objet au moment de sa chute. La combinaison de ces éléments permet de dresser une liste de points relativement précis du lieu d’impact.

Mobilisation dès le lieu de chute connu

François Colas a rapidement été prévenu de la chute de la météorite. Alors en mission à l’observatoire du Pic du Midi, dans les Hautes-Pyrénées, il s’est hâté de rejoindre le Lot-et-Garonne. Le programme participatif Vigie-Ciel, réunissant des volontaires et professionnels effectuant une veille permanente à l’aide des caméras de Fripon, a rapidement été mobilisé. Plusieurs volontaires se sont relayés par équipes de deux durant la semaine pour faire une reconnaissance des lieux. Objectif : établir une cartographie du terrain et faire du porte-à-porte afin d’obtenir l’autorisation des agriculteurs de fouiller leurs champs.

Tout en gardant l’œil rivé sur le sol, François Colas explique que c’est une tâche équivalente à chercher une aiguille dans une botte de foin. La météorite ne s’est pas réellement « écrasée ». Elle n’a pas créé un trou dans le sol. Elle a plus probablement heurté le sol et rebondit sur quelques centimètres, à l’instar d’un gros caillou lancé d’un immeuble. L’astronome en profite pour balayer quelques lieux communs : « J’ai déjà entendu des gens me raconter qu’ils s’étaient brûlés en ramassant une météorite. Vous savez alors d’office que c’est faux. Bien que l’extérieur soit noirci par la rentrée atmosphérique, l’intérieur d’une météorite est aussi froid que la température moyenne dans l’espace, soit environ –20 °C. Cela provoque un effet similaire à celui d’une omelette norvégienne. Mais en aucun cas, on ne peut se brûler en touchant une météorite. »

Clément montre un exemple de météorite. © D. de Scheapmeester/C&E
Clément montre un exemple de météorite. © D. de Scheapmeester/C&E

Le jeune Clément en profite pour montrer une véritable météorite, trouvée lors d’une mise en situation de recherche lors du Festival d’astronomie de Fleurance, dans le Gers. La pierre est plutôt lisse et son aspect brûlé la distingue de vulgaires cailloux.

François Colas compte sur le lendemain, samedi, qui devrait voir arriver plus de volontaires et permettre la création de plusieurs groupes de recherche. Néanmoins, les restrictions sanitaires astreignent à limiter les groupes à 6 personnes. Le chercheur craint la cohue, entre badauds, presse et chercheurs aguerris. « Certains pensent que 100 grammes de météorite valent plus que 100 grammes d’or. C’est faux. De très rares météoroïdes atteignent un prix élevé. Mais probablement pas ici. La valeur de ce type d’objet est plus à une valeur scientifique », affirme le directeur de Fripon.

Intensification des recherches

Le samedi 6 mars, six chasseurs de météorite ont rendez-vous à 9 h 45 au Pech de Nicole. Le temps est plus froid, les traqueurs sont vêtus d’épais anoraks. François Colas espère que cela dissuadera les badauds. L’organisation se met en place. Une ligne se forme, chaque personne est séparée d’une autre de deux mètres. L’objectif est de traverser une zone quadrillée sans quitter le sol des yeux. La roche peut être posée de manière anodine entre deux branches, il faut donc garder l’œil vif. Le vent frais qui souffle sur la colline ne décourage pas les volontaires, qui se mettent en marche.

Mickaël Wilmart, référent dans le Sud-Ouest pour Vigie-Ciel et membre de l’association À ciel ouvert, coordonne la recherche avec François Colas. Il décrit la stratégie de la journée : « On a six groupes répartis sur six secteurs. Ce ne sont pas nécessairement des lieux publics, mais plus des zones agricoles privées. Pour éviter de l’affluence sur ces lieux qui agaceraient les agriculteurs, nous avons préféré garder ces lieux secrets.

Natasha, bénévole participant aux recherches sur la colline de Nicole, nous explique qu’À ciel ouvert, basée à Fleurance dans le Gers, a été le principal relais pour réunir les chasseurs de météorite. Elle désigne de la main ses collègues chasseurs, dont l’âge se situe entre 30 et 60 ans. « Nous sommes tous des bénévoles intéressés, des gens du coin qui ont déjà gravité dans le domaine de l’astronomie. » Les six chercheurs se positionnent de l’orée d’une plaine pour la traverser jusqu’à l’autre extrémité, dans un quadrillage méticuleux.

Avec le temps, la pierre peut disparaître

La battue est menée sans temps mort. De nombreux facteurs pourraient empêcher la découverte de la météorite, notamment le labourage des champs ou encore les intempéries, pouvant provoquer son enfouissement naturel. Si elle est retrouvée, elle sera enveloppée dans une feuille d’aluminium, afin d’éviter toute contamination, et envoyée dans un contenant stérile en laboratoire. Son analyse peut durer longtemps, tant les informations contenues dans ces pierres célestes sont intéressantes. La météorite d’Orgueil, trouvée en 1864 à proximité de Montauban et pesant 14 kg, fait toujours l’objet d’études et des rapports sont publiés annuellement. Une fois son examen terminé, la roche est conservée au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris.

François Colas estime à 30 % la probabilité de trouver la météorite. Et si elle était tombée  dans le Lot ? © D. de Scheapmeester/C&E
François Colas estime à 30 % la probabilité de trouver la météorite. Et si ce petit morceau d’astéroïde était tombé dans le Lot ? Espérons que non ! © D. de Scheapmeester/C&E

Malheureusement, les heures passent, l’objet reste introuvable. « Il y a une partie d’aléatoire, avec une barre d’erreur, un peu comme au casino. La météorite est peut-être posée au milieu d’un champ, comme elle pourrait avoir chuté dans le Lot ou dans des fougères », précise François Colas. « Mais avec les changements liés à l’Homme, les recherches évoluent. Au XIXe siècle, il n’était pas rare de trouver une météorite par an. Aujourd’hui, c’est en moyenne une tous les 10 ans ». Malgré tout, l’astronome reste optimiste.

La journée de dimanche ne sera pas plus fructueuse que le samedi, et les pisteurs de météorite rentreront bredouilles, mais pas défaits. Les équipes menées par François et Mickaël ont annoncé continuer les recherches en effectifs réduits dans les jours à venir.

De l’autre côté de la Manche, les Anglais se sont montrés plus chanceux. La météorite détectée le 28 février 2021 au-dessus du Royaume-Uni a été retrouvée le 9 mars dans la bourgade de Cheltenham, dans le Gloucestershire. De quoi revigorer les chasseurs de bolide français.

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