Pluton : des glaciers d’azote sur des montagnes d’eau !

Suite au survol de Pluton, Richard Binzel nous a confié un premier décryptage sur les découvertes de New Horizons : « C'est un monde actif, c'est incroyable ».

Le point de vue de l'inventeur de l'échelle de Turin

Pour avoir une première réaction à chaud, nous sommes allés à la rencontre de Richard Binzel, professeur de planétologie au Massachusetts Institute of Technology, et membre de l'équipe scientifique de New Horizons.

Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez sans doute l'échelle de Turin qu'il a inventé pour évaluer les risques d'impact d'un astéroïde avec la Terre.

Comme le reste des gens ici, il a peu dormi ces derniers jours, mais il nous a néanmoins fait l'honneur et l'amabilité de nous livrer en vidéo quelques mots en français.


Une planète bien plus complexe que prévu

« Nous nous attendions à ce que Pluton soit un puzzle... mais il y a beaucoup plus de pièces que prévu ! » plaisante le chercheur.

Ce qui l’a le plus surpris, c'est l'absence totale de cratères dans la zone photographiée à haute résolution par New Horizons. Cela signifie que ce terrain est très jeune (moins de 100 millions d'années), et donc que Pluton est une planète active !

On distingue au moins quatre types de terrains différents : une plaine très plate, des vallées accidentées, des plateaux rugueux, et surtout des montagnes dont l'élévation va jusqu'à 3500 m !

Des montagnes d'eau avec des glaciers d'azote, quel paysage exotique !

On sait qu'à la surface de Pluton il y a surtout de l'azote. « Mais ces montagnes ne peuvent pas être faites de glace d'azote, car ce matériau n'est pas suffisamment rigide pour former des structures aussi grosses », explique Richard Binzel.

« En revanche, à cette température, la glace d'eau est aussi dure que de la pierre. On peut donc imaginer des montagnes faites d'eau à la base et recouverte de glace d'azote », poursuit l’astronome.

Il pourrait aussi s'agir de montagnes faites de roche, mais ce n'est pas l'hypothèse privilégiée par les chercheurs pour la roche se trouve plus en profondeur.

Si elle affleure par endroits, c'est peut-être au fond de certains cratères, mais la question est encore très discutée.

Une jeunesse à expliquer

Si cette zone est aussi jeune, c'est qu'un mécanisme a permis de renouveler la surface. « Il s'agit peut-être d'un volcanisme froid, mais il reste beaucoup de questions», avance Richard Binzel.

L'une des autres possibilités est le cycle météorologique. La faible atmosphère peut se condenser par endroits et ainsi renouveler certains terrains. Reste à expliquer, dans ce cas, pourquoi la condensation se fait à certains endroits et pas à d'autres.

Ce que l'on sait de façon certaine, c'est que l'atmosphère de Pluton s'échappe. Et si elle est encore présente, c'est qu'il existe un mécanisme pour la renouveler.

Lorsque les chercheurs auront l'ensemble des données, ils seront capables de mieux décrire ce qui se passe sur ce monde définitivement plus complexe que ce quiconque aurait pu imaginer. Mais il est assez probable que la surface de Pluton soit modelée à la fois par des mécanismes géologiques et des mécanismes météo.

Une source de chaleur à trouver

Contrairement aux satellites des planètes géantes, Pluton n'est pas soumises à des forces de marées. Il faut donc trouver une autre source d'énergie pour expliquer son activité géologique. L'hypothèse la plus privilégiée pour le moment est la radioactivité interne.

Elle doit être faible sur une planète de cette taille, mais la glace d'azote possède une particularité remarquable : elle conduit très mal la chaleur. Si elle est présente en surface en couches suffisamment épaisses, elle peut permettre d'emmagasiner la chaleur dégagée par les éléments radioactifs de son manteau.

Plus étonnant : ce mécanisme pourrait être également à l'œuvre sur le satellite Charon. Les chercheurs pensaient trouver un corps à la surface très ancienne et cratérisée, alors qu'il est lui aussi à l'évidence encore actif !

New Horizons ne laisse rien au hasard

La zone qui a été étudiée en priorité est la plus claire de Pluton. Encore surnommée « cœur » il y a quelques jours, elle a été rebaptisée « Tombaugh Regio », en l'honneur du découvreur de la planète naine en 1930. Cette annonce a été faite par le directeur de la mission Alan Stern en présence d'Annette Tombaugh, la fille de Clyde Tombaugh. Nous avions recueilli sa réaction après le survol de Pluton le 14 juillet 2015.

Alan Stern a expliqué que l'équipe a volontairement choisi la zone la plus significative de Pluton : celle qui se voit le mieux depuis la Terre.

Dans le Système solaire, des régions claires à la surface des planètes sont souvent synonyme de matériaux frais, et c'est donc également pour cette raison que les chercheurs ont choisi de viser cette zone lors du survol.

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