Le nouveau Commandement de l’espace déploie sa cavalerie légère à Toulouse

Décidé par Emmanuel Macron en juillet 2019, le Commandement de l’espace a vu le jour dans la foulée. Sur fond de concurrence accrue d’occupation de l’espace, ce nouveau service des armées entame son installation à Toulouse.

« Nous migrons d’une logique képlérienne vers une logique de déplacements imprévus. Après une révolution autour de la Terre, un satellite que nous surveillons ne se trouve plus forcément au même endroit. Cela demande un réseau de surveillance spatial que nous n’avons pas encore, et que nous souhaitons développer », décrit le général Michel Friedling. À la tête du Commandement de l’espace (CDE) décidé en 2019, il a présenté ce 10 septembre 2020 à quel niveau d’avancement en était ce nouvel organisme militaire qui doit s’établir à Toulouse.

Le général Michel Friedling, qui dirige le Commandement de l’espace, lors de la conférence de presse du 10 septembre 2020. DR

Michel Friedling a d’abord rappelé à quel point l’espace a changé en 10 ans : « Nous sommes passés de 17 milliards à 30 milliards d’euros dédiés au militaire spatial en France. Dans le même temps, la Chine a multiplié ses dépenses par 8. Le nombre de pays capables d’envoyer des satellites en orbite est, quant à lui, passé de 30 à 70. Parmi eux, les cubesats sont devenus à la fois commerciaux et militaires. »

Satellites espions

À cela s’ajoutent les agissements suspects de la part de satellites russes ces dernières années. Le 7 septembre 2018, la ministre des Armées Florence Parly accusait la Russie d’avoir commis en 2017 un acte d’espionnage en faisant séjourner son satellite Loutch-Olymp dans les cônes d’émission du satellite franco-italien Athena-Fidus. Loutch-Olymp serait allé rendre ensuite visite à huit autres satellites de divers pays. En juillet 2020, les États-Unis et le Royaume-Uni accusent également la Russie d’avoir testé une arme en orbite. Un projectile éjecté par l’un de ses satellites a été observé depuis le sol.

Ce contexte de compétition accrue pour le contrôle de l’espace incite les grandes puissances à créer chacune un commandement dédié à l’espace. C’est le cas des États-Unis le 20 décembre 2019 avec l’United States Space Force (moquée par la série Space Force sur Netflix). « L’Italie a également fondé la sienne et le Royaume-Uni s’apprête à le faire », précise Michel Friedling.

En France, le nouveau Commandement de l’espace s’installera à Toulouse. Une trentaine de militaires du CDE ont déjà gagné la ville rose. Quinze d’entre eux sont en cours de formation auprès du CNES, l’agence spatiale française. Régulièrement renforcé, le personnel total du CDE devrait atteindre 470  personnes en 2025. « Pas besoin de plus dans un premier temps. L’espace n’est pas un secteur pour lequel il y aura de gros bataillons, justifie Michel Friedling. Surveillance de l’espace, maintien à poste des satellites militaires, défense active, et guidage de patrouilleurs spatiaux. L’idée est de réunir tous les opérateurs capables de réaliser ses tâches sur un même site. » À Toulouse, le bâtiment du CDE fera 5 000 m².

Réseaux de télescopes et nanopatrouilleurs

Côté surveillance spatiale, un contrat de service a été passé avec l’entreprise ArianeGroup qui détient le réseau GEOtracker, constitué de sept (bientôt huit) télescopes répartis à travers le monde. L’un d’entre eux est installé sur le plateau de Calern où se trouve l’observatoire de la Côte d’Azur. Il a pour voisin le télescope à monture rapide Tarot, membre d’un réseau d’instruments également sollicité par le CDE. Un instrument radar, le successeur de GRAVES, complétera ces deux réseaux optiques à l’horizon 2030.

Le télescope Tarot du plateau de Calern sera intégré au réseau de surveillance du CDE. DR

En ce qui concerne les opérations orbitales, le général Friedling n’a donné guère plus de détails que ne l’avait fait Florence Parly lors du dévoilement de sa stratégie spatiale, le 25 juillet 2019. Des satellites nanopatrouilleurs sont toujours prévus en orbite basse dès 2023. La présence de mitraillettes à bord, reprise par la presse à l’été 2019, a en revanche été démentie par Michel Friedling. L’usage de lasers pour aveugler ou tirer sur d’éventuels satellites ennemis est, lui, bel et bien à l’étude.

Grand nombre de données

« Nous voulons pouvoir observer les objets orbitaux afin de retracer tout l’historique de leur trajectoire. Et savoir ainsi de quel site de lancement ils proviennent » a expliqué le général. Cet objectif, s’il suggère que la France n’a pas, à ce jour, suffisamment de satellites pour accéder rapidement à chaque région du globe où sont tirées des fusées, implique la collecte d’un très grand nombre de données. « C’est un problème de big data pour lequel nous devons nous munir de moyens », a-t-il ensuite confirmé, avant de conclure : « Aucune puissance n’a intérêt à un conflit dans l’espace. Personne n’en sortirait gagnant compte tenu des débris rendant les orbites inutilisables pour tous sur de très longues durées. C’est véritablement une logique de dissuasion que nous suivons, dans le respect des droits de l’espace. »

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