La Terre sous surveillance extraterrestre ?

La Terre visible et audible à des années-lumières ? Crédit : DR
Paranoïaques, ne lisez pas cet article ! En s’appuyant sur les observations très précises de la sonde Gaïa, deux astrophysiciennes américaines ont estimé le nombre de planètes potentiellement habitables, à 100 parsecs à la ronde, d’où la Terre a pu être vue en train de passer devant le Soleil, et donc a pu être analysée. Résultat ? 428.

La réponse n’est pas 42, mais 428. Selon les calculs de Lisa Kaltenegger et Jacqueline Faherty, de l’université Cornell (USA), c’est le nombre de mondes potentiellement habitables pour lesquelles la Terre a pu être détectée par transit ces 5000 dernières années. Autrement dit, il existerait 428 exoplanètes d’où — si elles sont habitées par une civilisation comparable à la nôtre — nous pourrions d’ores et déjà être observés.

Pour arriver à cette conclusion, les deux astrophysiciennes se sont appuyées sur les observations du satellite européen Gaia, et plus particulièrement sur son catalogue des étoiles proches, qui recense 92 % des astres situés à moins de 100 parsecs (326 années-lumière) du Soleil. Connaissant précisément la position et la vitesse de ces étoiles, il est possible d’identifier celles qui ont été, sont ou seront à l’avenir situées dans le plan de révolution de la Terre. C’est-à-dire celles d’où notre planète peut être vue passant devant le disque solaire.

Analyser à distance l’atmosphère de la Terre

Cette « méthode du transit » est la plus efficace pour détecter des exoplanètes : la baisse périodique de l’éclat d’une étoile trahit le passage d’une planète devant elle. Surtout, c’est elle qui permet l’analyse de la composition atmosphérique des exoplanètes, et donc d’y chercher des signatures chimiques caractéristiques de la vie. Autrement dit, voir la Terre en transit devant le Soleil, c’est potentiellement découvrir qu’elle est habitée !

Lisa Kaltenegger et Jacqueline Faherty ont découvert que, sur les 5000 dernières années, 1715 étoiles à moins de 100 pc avaient été bien placées pour voir des transits de la Terre. En faisant l’hypothèse « pessimiste » que 25 % d’entre elles possèdent une planète rocheuse dans leur zone habitable (dans les estimations optimistes, il y a en moyenne plus d’une telle planète par étoile), le chiffre de 428 mondes potentiels tombe...

Les étoiles d’où la Terre peut être vue passer devant le Soleil sont dans le plan de l'orbite terrestre (vue d'artiste).
Crédit : OpenSpace/American Museum of Natural History

Observés, mais aussi écoutés

Les astrophysiciennes se sont aussi intéressées aux étoiles d’où il est non seulement possible d’observer le transit, mais aussi le rayonnement radio de la Terre — qui trahit la présence de notre civilisation technologique. Puisque notre planète n’émet dans ces longueurs d’onde que depuis un siècle environ (et les inventions de Tesla et Marconi), il s’agit de toutes les étoiles de l’échantillon initial passées à moins de 100 années-lumière du Soleil. Soit, parmi ces 1715 étoiles, 75 spécimens.

Si l’on se restreint à celles qui sont encore situées dans le plan de l’orbite terrestre, et pas seulement celles qui y sont passées il y a moins de 5000 ans, 46 étoiles demeurent. Dans l’hypothèse que 25 % possèdent une planète rocheuse dans leur zone habitable, il y aurait donc 11 mondes d’où, en ce moment même, nous pourrions « voir » la Terre passer devant le Soleil et « écouter » son chant radio… Autrement dit, si la vie sur Terre a pu être détectée depuis plus de 400 planètes idéalement placées pour abriter des observateurs, c’est aussi le cas de notre présence sur Terre en tant qu’espèce intelligente, et ce depuis une petite dizaine de ces mondes !

Ross-128, Trappist-1, et les autres

« Bien sûr, il ne s’agit que d’une statistique. Fondée sur les données du satellite Kepler », explique Lisa Kaltenegger. Avec près de 3000 découvertes au compteur, le chasseur d’exoplanètes de la Nasa a permis d’estimer la fraction de planètes par masse, taille, type d’étoiles, etc. Reste que l’immense majorité des exoplanètes, même dans notre voisinage immédiat, est encore à découvrir. Par exemple, sur onze spécimens attendus, aucune planète à moins de 100 années-lumière n’a été détectée dans la zone habitable d’une étoile idéalement placée pour voir un transit de la Terre en ce moment.

Quelques exoplanètes cependant sont dans des positions intéressantes. Ross-128 b, à 11 années-lumière de la Terre, est ainsi une planète rocheuse qui a vu la Terre transiter pendant plus de 21 siècles, entre -1036 et 1121. Si cette planète peut-être tempérée possède des habitants intéressés par l’astronomie, ils ont pu découvrir la vie sur Terre (mais pas nos émissions radio !). Idem pour les deux planètes de l’étoile de Teegarden, une naine rouge de la constellation du Bélier à un peu plus de 12 années-lumière. Elles verront la Terre passer devant le Soleil dans 29 ans, et jusqu’en 2431. Ces deux-là sont par ailleurs d’ores et déjà douchées par le rayonnement radio de notre civilisation. Quant au système de Trappist-1, avec quatre planètes dans sa zone habitable, à 40 années-lumière, il peut entendre nos émissions de 1981 mais ne verra des transits de la Terre qu’entre 3663 et 6394...

Des cibles prioritaires pour SETI

Lisa Kaltenegger et Jacqueline Faherty estiment que les 75 étoiles à moins de 100 années-lumière qui ont été ou sont encore en position de voir des transits de la Terre devraient être des cibles prioritaires pour des écoutes de signaux extraterrestres (recherche SETI). « Il est probable qu’une civilisation avancée émette un message vers une planète qui émet elle-même un rayonnement artificiel », explique Lisa Kaltenegger. Puisque nous connaissons les étoiles vers lesquelles nous émettons depuis un siècle sans en avoir eu l’intention, c’est vers elle qu’il faut d’abord tourner nos oreilles. Qui sait, peut-être certaines possèdent-elles des planètes qui abritent une vie intelligente qui nous aurait déjà détecté, et aurait décidé de nous contacter ?

Doivent-elles aussi être des cibles prioritaires pour l’émission d’un message ? Sur ce point, l’astrophysicienne est plus réservée : « Assurons-nous d'abord que tout le monde est à l'aise avec l’idée d’envoyer d'un message. Certaines personnes s’inquiètent à ce sujet. Il est important d’en parler et d'entendre leur inquiétude, car nous sommes tous dans le même bateau. Nous explorons le cosmos tous ensemble. Et puis, si nous sommes d'accord pour envoyer un message, il faudrait peut-être réfléchir à ce qui sera dit… »

 

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